(Article paru dans La Libre le 14 novembre 2015)
Excelsior. Le nom se présente encore aux portes du Canonnier, comme pour rappeler aux visiteurs le passé glorieux d'un club historique. A l'intérieur du stade, il en est de même. Les lettres du Royal Excelsior Mouscron se forment encore et toujours sur le fond rouge des sièges vides. Ceux-ci font face à la devise des désormais rouges et bleus : « si tu es Mouscronnois, frappe dans les mains. » Car aujourd'hui l'Excelsior est mort, le RMP est né.
Après la dissolution du club hennuyer fin 2009, et grâce à neuf investisseurs locaux, le phoenix renaît de ses cendres par le matricule 216 de Péruwelz, sous le nom Royal Mouscron-Péruwelz. Repartis de promotion en 2010, les « Hurlus » -anciens bandits, détrousseurs de grands chemins- vont retrousser leurs manches pour remonter les marches une à une et finir par retrouver la division 1 en 2014. Vermeersch
Le Canonnier, avec son vieux pourtour à l'arrière des goals, se pose fièrement, tel un poste-frontière, devant la France qui ne se trouve qu'à quelques mètres de là. Et c'est justement grâce à l'aide des Français, que les cendres de Mouscron se sont retransformées en flammes.
Un partenariat flandrien avec le Losc (Lille Olympique Sporting Club) voisin -qui évolue en Ligue 1- s'est créé en 2011 dès l'accession du RMP en division 3. Le club français s'est même retrouvé jusqu'à actionnaire majoritaire en 2012, développant alors des synergies qui ont permis d'effectuer le saut vers le plus haut échelon du football belge.
Tout se passe pour le mieux jusqu'à un bouleversement, fin de la saison 2015. Il se dit dans les travées du stade Pierre-Mauroy que le président du Losc, Michel Seydoux, souhaite retirer son club du capital du RMP. Ce qu'il fera finalement. Car, on le saura plus tard, les Nordistes veulent s'associer à Marc Coucke, le président d'Ostende, qui a placé quelques billes dans le capital lillois.
Lille laisse donc tomber le RMP et accepte un deal avec les neuf repreneurs initiaux, qui avaient refondé le club en 2010 sur les braises encore chaudes de l'Excelsior. Revoilà donc nos investisseurs détroussés de leur partenaire principal, avec le capital d'un club de D1 à gérer. Pour la saison 2015-2016, le RMP n'a plus le choix. Pour éviter la banqueroute, il doit défendre un budget minimaliste de quatre millions d'euros lors du début de championnat. Malgré des transferts intelligents et peu coûteux, il n'y aura pas de miracle. Ce sera même rapidement la bérézina : 2 sur 18, la dernière semaine d'août 2015. C'est cuit. Sauf qu'en football, tout va très vite. Quelques jours plus tard, le club annonce avoir trouvé un fond d'investissement maltais. Avec un budget doublé, il transfère sept joueurs en toute fin de mercato. Avec ses sept vies Moucron est passé du phoenix au chat. Lui qui est très apprécié à Malte.
Edward Van Daele n'est plus le président de Mouscron
« Small is beautiful », c'est par cette périphrase anglaise que le président du RMP décrit son club (ce qui est petit est joli). « Nous sommes capables de titiller les grands ; d'autre part, grâce à notre réservoir de talents, nous représentons le premier marché des grands du championnat. Sans des clubs comme le nôtre, je crois que le championnat perdrait de sa valeur et de sa crédibilité. »
Cet avocat de formation, spécialisé dans le droit des affaires, a partagé sa vie entre ses deux passions : le barreau et le football. Il n'est néanmoins pas devenu l'homme fort du RMP du jour au lendemain. « Je suis entré au club comme avocat en 1996, par le président de l'Excelsior et bourgmestre de Mouscron, Jean-Pierre Detremmerie. J'étais chargé de défendre les intérêts du club. »
Il est devenu une première fois président de l'Excelsior, « suite à la demande personnelle du bourgmestre Detremmerie qui a démissionné pour raisons de santé » en juin 2005. Mais fin 2006, l'affaire Rakhat Aliev s'abat sur le club. « Jean-Pierre Detremerie n'était plus rien dans le club et revient sur la table avec un repreneur Kazakh, sans qu'on lui ait demandé quoi que ce soit. » Une bataille de chefs se déroule et Edward Van Daele, qui avait, depuis sa prise en fonction, réussit à faire diminuer la dette du club de moitié, perd de son influence et finit par jeter l'éponge. « Ce n'était plus possible de continuer. »
Après avoir vécu de l'extérieur la mort de l'Excelsior, l'avocat revient sur le devant de la scène en 2010. « Un petit groupe d'amis est venu me rechercher. Chacun des neuf nouveaux investisseurs a mis 2000 euros de sa poche et nous avons créé le RMP. » Début 2012, il devient président du RMP, en remplacement de Claude Vermeersh. Aujourd'hui (interview publiée le 15/11/15), il fait partie des sept membres du Conseil d'administration du club, composé de quatre des neuf investisseurs de départ, associés à trois représentants d'un fond d'investissement maltais. Ce nouveau partenariat place le RMP sous des cieux plus cléments. « Avec des moyens financiers qui nous permettent d'atteindre un équilibre budgétaire, nous voyons l'avenir très sereinement. »
2016