Tadam

Par Annick Hovine

Après l'arrêt du projet Tadam,
ses usagers ont repris le train Liège-Maastricht

Pendant deux ans, Liège a essayé de gérer autrement les héroïnomanes. Un projet-pilote visait les toxicomanes dépendants à l’ héroïne depuis de longues années sans avoir jamais réussi à décrocher. Pour cette fraction d’accros, résistants à tout traitement, on a appliqué, de janvier 2011 à janvier 2013, un traitement assisté par diacétylmorphine  (Tadam). Autrement dit: l’administration, ultra-contrôlée, de la forme pharmaceutique de l’ héroïne.

Que va-t-il se passer ensuite  ? On va me retaper dans la rue et je devrai me débrouiller comme avant  ?

Les expériences menées au préalable dans plusieurs pays européens avaient conclu à l’efficacité supérieure de ce traitement par rapport à l’administration de méthadone, produit de substitution à l’ héroïne utilisé depuis le début des années 90 : amélioration de l’état de santé, baisse des comportements à risques, diminution de la criminalité. L’objectif n’est pas de “donner du plaisir” à des toxicomanes mais de stabiliser des gens malades.




Héroïne sur ordonnance

Au total, 74 patients ont été inclus dans le programme Tadam, supervisé par l’Université de Liège, pour un traitement limité à 12 mois.

Le centre Tadam était implanté dans le cœur historique de Liège, quartier Cathédrale nord (celui des toxicomanes), juste à côté du commissariat de police Wallonie-Centre. Deux fois par jour, les héroïnomanes venaient consommer sur place leur substance délivrée sur ordonnance. Les médecins de Tadam (trois généralistes se relayaient dans les locaux) rédigeaient les prescriptions. Les patients devaient s’engager à un suivi psychosocial en parallèle.

Dans la salle de traitement, une pièce, comportant trois cabines avec extracteurs de fumée était réservée aux inhaleurs et un autre local prévu pour les injecteurs. Au centre, un comptoir de délivrance où les patients venaient retirer leur produit, préparé par une infirmière, et le matériel nécessaire : briquet, feuille d’aluminium prédécoupée et paille pour les uns; champ stérile, garrot et seringue pour les autres.

A la Ville de Liège, on n’avait enregistré aucune pétition contre l’implantation du projet, ni de plaintes des riverains ou des commerçants. La police s’attendait à voir zoner des “clients” autour de Tadam; il n’en fut rien.

Se débrouiller comme “avant Tadam”

Cette expérimentation thérapeutique a-t-elle été concluante? En mars 2011, Philippe, 42 ans, nous avait confié son impression de “remonter la pente”, après deux semaines de traitement à l’ héroïne pharmaceutique. A l’époque, il exprimait déjà son angoisse par rapport à la durée limitée du programme Tadam : “que va-t-il se passer ensuite  ? On va me retaper dans la rue et je devrai me débrouiller comme avant ?”. Limiter à un an le programme de traitement, c’est beaucoup trop court pour voir une véritable évolution dans le parcours d’un toxicomane, critiquait aussi la Fédération wallonne des institutions pour toxicomanes (Fedito).

Marc (prénom d'emprunt) a été un patient de Tadam. L'expérience lui avait été bénéfique. Son arrêt a signé le retour à la toxicomanie de rue.

Voici ce qu'un autre ex-patient de Tadam nous disait cet été à propos de ce programme.

Un an après la fin du projet-pilote, nous avions repris contact avec quelques patients ex-Tadam. Tous avaient repris le train Liège-Maastricht pour s’approvisionner chez des “fournisseurs privés”, le réseau forcément criminel. Leur vie restait rythmée par l’ héroïne. Ni par envie. Ni par plaisir. Le flottement, l’euphorie, l’intense sensation de bien-être  ? Ils avaient disparu depuis longtemps. “On prend le produit juste pour ne pas être mal. Le manque, c’est insupportable”, nous disait Sylvie. Où est-elle aujourd’hui ? Nous ne l’avons pas retrouvée.

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