Centre Alfa

Interview : Isabelle Lemaire

"Liège a servi de modèle à la Wallonie dans l'aide aux toxicomanes" 

Le professeur Christian Figiel est le premier professionnel de la santé à Liège à avoir compris que la politique du tout répressif envers les toxicomanes ne marchait pas. C'était dans les années 80, une époque où la justice envoyait des gens en prison pour avoir fumé un joint de cannabis. "C'était un échec. Il y avait uniquement quelques lits de prise en charge en milieu hospitalier psychiatrique pour les toxicomanes, sans distinction avec les autres types de patients. Les toxicomanes ne se reconnaissaient pas comme malades mentaux et avaient moins tendance à respecter les règles", raconte Christian Figiel.

Ils étaient les marginaux des marginaux, rejetés de partout, sauf de quelques communautés thérapeutiques pas forcément fréquentables.

Le psychiatre connaît mal ce milieu des usagers chroniques de drogues dures. "Même dans la psychiatrie, ils étaient les marginaux des marginaux, rejetés de partout, sauf de quelques communautés thérapeutiques pas forcément fréquentables." En 1984, il décide alors de se lancer seul dans une expérience peu banale : l'immersion dans ce monde des toxicomanes, via un travail de rue ou à leur domicile, "pour me renseigner, être un pont entre le monde normal et leur petite communauté. Le secret médical était hermétique donc j'étais une personne de confiance. Mais j'avais peu de moyens pour les aider". Cela va durer quatre ans.

Au terme de cet apprentissage, Christian Figiel propose au centre Alfa, qui s'occupait des alcooliques, d'intégrer à sa structure les toxicomanes. Et il lance le programme Boule de neige. "Pour la première fois, on recrute des usagers de drogues pratiquants pour leur apprendre comment se protéger et protéger leurs pairs du sida, des hépatites", explique-t-il.

Une première en Belgique et un modèle

En 1992, le psychiatre a l'idée de créer un centre d'accueil à bas seuil pour les consommateurs de drogues dures. Mais les pouvoirs publics sont frileux ; l'opinion publique aussi. La Ville lève finalement son veto et le projet se concrétise en 1995, avec l'inauguration de Start Mass. "Une première en Belgique et qui a servi de modèle. Johan Vande Lanotte, le ministre de l'Intérieur de l'époque qui assistait à l'inauguration, a en effet décidé qu'on ouvrirait un centre du même genre dans chaque province belge et cela a été fait deux ans plus tard", évoque Christian Figiel.

La méthadone a été autorisée comme traitement de substitution en 1994. Christian Figiel n'y est pas étranger. "On a voulu lancer ça, en impliquant le système. Grâce à la grande ouverture de la Commission médicale provinciale, on a mis en place les traitements de substitution, qui visaient une large disponibilité, sans liste d'attente, vu l'urgence avec le sida, en impliquant les médecins traitants et les pharmaciens. C'est la particularité du système liégeois car, à Bruxelles, il existait de petits réseaux où il fallait un traitement psychologique et social en plus. Il y avait des listes d'attente. La mise en œuvre de la délivrance de méthadone a conduit, au début des années 90, à une stabilisation du nombre d'usagers."

"Une ville moteur"

Pour le psychiatre, il ne fait aucun doute que Liège a été proactive dans sa gestion du phénomène de la toxicomanie. "Liège a été un moteur dans la prise en charge, a servi de modèle à la Wallonie pour la délivrance de méthadone comme traitement de référence, pionnière dans l'échange de seringues. Elle a exporté le modèle Boule de neige, importé le travail de rue hollandais, ouvert des structures de prise en charge résidentielle qui ont offert une possibilité d'accueil et de soins", déclare-t-il.







Article suivant

Start Mass

Reportage dans le centre qui maintient les heroïnomanes en vie

Lire l'article

©La Libre.be 2018 - Immersion dans le Liège des toxicomanes By La Libre.be