BXYZ, collectif de jeunes de l’asbl Asmae Schaerbeek

Par Martin Kisiigha

Ndoumboudj, Belges et Sénégalais ont choisi l'amitié comme terreau pour un monde meilleur.

Sénégal - Un groupe de six jeunes se sont rendus en rencontre interculturelle dans la ferme-école de Ndoumboudj au Sénégal. Récit.

Un accueil qui bouscule et rassure

Partis il y a quelques heures de la ville de Thiès, les jeunes descendent du minibus, entre joie et hésitation. Ce sont leurs premiers pas dans cette ferme mais aussi leurs premiers pas dans cette rencontre que chacun a imaginée et préparée depuis des mois. “ On y est ! L’accueil des Sénégalais était juste incroyable ! Tout de suite, les chants et les danses ont brisé la glace.” partage Chelsea.

“Danser et chanter, ça ne me fait pas peur mais en général, il y a une fête, un mariage, … qui le justifie. Ici, les Sénégalais nous ont expliqué que tous les événements de la journée sont des prétextes pour sortir les djembés et entonner des chants. Chaque jour on a pris un peu plus d'assurance et de plaisir après qu’Ansou et Malick, nous aient appris les paroles en wolof.” relate Maimouna. 

Vivre et faire ensemble

Le défi est de former un groupe uni au sein de la ferme-école. À cet égard, plusieurs jeunes ont exprimé cette crainte ultime de ne pas parvenir à consolider les deux groupes. “ Et si nos centres d’intérêt n’étaient pas du tout les mêmes ?” s’inquiète Charlotte. Pourtant dès le deuxième jour, une telle complicité régnait au sein du groupe que “j’avais l’impression de retrouver des potes de toujours.” confie Antoine.

Cette cohabitation inédite entre deux groupes de jeunes d’horizons différents s’est mise en place dès les premiers moments de présentations orchestrés par le trio de volontaires sénégalais animant la rencontre. Ceux-ci ont été formés par Action Jeunesse Environnement, le partenaire d’Asmae. “Pour nous ce qui est important, c’est de pouvoir partager et faire vivre notre culture aux Belges. Nous voulons qu’ils se sentent à l’aise.” explique Malick. Entre moments planifiés et échanges spontanés, les animateurs font tout ce qui est en leur pouvoir pour que la rencontre soit inoubliable. Autour d’un bon thiéboudiène, dans les allées du marché de Passi, lors de la préparation du petit-déjeuner, sur une natte en attendant la dégustation du thé ataya, lors de la veillée, … autant d’occasions d’apprendre et de tisser du lien.

Interculturalité du genre

Le collectif BXYZ porte une attention particulière aux inégalités de genre et aux outils numériques. Les journées ont donc été rythmées par de nombreuses discussions informelles autour de ces enjeux tant en Belgique qu’au Sénégal. Les échanges ont permis d'aborder tour à tour le parcours scolaire, le marché de l’emploi, la répartition des tâches domestiques, … “Bêtement, on se dit qu’en Belgique, les inégalités sont moindres mais en fait c'est catastrophique partout”, rappelle Emeline, volontaire BXYZ.

Mylia, formatrice AJE en genre et Daphné, volontaire BXYZ ont concocté différentes animations qui ont permis d’approfondir les discussions et déconstruire certaines croyances. L’une de ces activités a d'ailleurs permis au groupe de revenir sur la répartition genrée des rôles et des tâches au sein d’un foyer avant de réaliser leur propre tableau des tâches. “Les rencontres interculturelles sont des moments privilégiés pour aborder les enjeux des inégalités de genre avec les jeunes. Ces dynamiques genrées ont un impact sur les relations, c’est intéressant de le faire remarquer. L’espoir ensuite c’est de voir ces jeunes en parler voire incarner ce qu’ils ont appris, en dehors de la ferme.” partage Mylia.

S’émerveiller et s’engager

AJE dans le cadre de son projet de ferme-école en agroécologie forme des jeunes sénégalais pour qu’ils puissent retrouver une autonomie alimentaire et en faire, à terme, une activité génératrice de revenu.

Les semis, les récoltes, le compost et la transformation des fruits et légumes rythment les matinées et permettent de se rendre compte de tous les défis relevés par la ferme depuis dix ans. “Quand je vois le sol et les autres terrains autour de la ferme, c’est dingue. Rien que les tomates qu’on a récoltées alors qu’on était au mois d’avril, en pleine saison sèche. C’est bluffant.” partage Charlotte. S’émerveiller fait complètement partie du programme du séjour.

 

Outre la beauté et les réussites de la ferme, la découverte des joyaux de la région a marqué les esprits : l’île de Sipo, les mangroves de Bamboung, le fromager de Missirah, … Ces moments renforcent la conscience écologique des jeunes et la nécessité de se mobiliser pour préserver cet environnement.

À l’issue de ces douze jours d’échanges intenses, de rires, de larmes et d’histoires à partager les Belges quittent la ferme. Les chants résonnent couvrant les sanglots. Ansou entonne un dernier chant, les jeunes s’enlacent, échangent un dernier regard puis s’en vont le cœur plein de souvenirs inoubliables.