Institut des Sœurs de Notre-Dame

Par Ennio Cameriere

De Anderlecht à Cotonou : la trajectoire d’un lien fort

Fiers de représenter leur commune d’Anderlecht, les huit élèves de l’ISND (Institut des Sœurs de Notre-Dame) ont traversé les continents pour rejoindre l’Afrique de l’Ouest.

Six heures de vol et 25 degrés de plus séparent Cotonou de la capitale belge. C’est ce choc thermique que les huit élèves de l’école bruxelloise ont ressenti dès leur arrivée, accompagnés de leurs trois professeurs et de Nora, encadrante pour l’ONG Via Don Bosco, spécialisée dans l’éducation. Fatigués mais impatients, ils s’apprêtent à vivre deux semaines intenses. Les valises sont pleines à craquer, par peur d’avoir oublié quelque chose. Une d’elles est même remplie de nourriture, “au cas où”. La peur de l’inconnu se fait sentir. “Imagine, j’aime pas la nourriture ? Au moins, là, on a de quoi grignoter”, ricanent les élèves.

Pas le temps de souffler : le programme est chargé. Rencontres avec les familles, découverte de la culture locale, échanges belgo-béninois… Les élèves nous racontent cette immersion hors du commun.

Ahlam, âgée de 20 ans, n’avait encore jamais mis les pieds en Afrique de l’Ouest. Une première qui ne laisse pas indifférente.



Comment se sont passés tes premiers instants / premiers jours là-bas ?

Au début, j’ai surtout ressenti cette chaleur étouffante et je me demandais comment j’allais tenir. Puis, quand on est arrivés à l’école pour rencontrer les autres, c’était un peu bizarre, on était gênés, surtout parce qu’on se sentait différents, que ce soit dans notre style ou notre façon d’être. Ça nous a fait réfléchir à des choses qu’on vit aussi en Europe.

Mais ensuite, on est allés chez eux, dans leurs familles, et là, ça a tout changé. Cette expérience nous a vraiment libérés. Au début, c’était surtout des activités traditionnelles, assez cadrées, mais en partageant un vrai moment chez eux, tout le monde s’est rapproché. C’était pile ce qu’il fallait.

On a comparé nos façons de vivre, et on a été super bien accueillis. Franchement, on s’est sentis à notre place. Moi, je serais carrément pour faire que ce genre d’activités, même si le théorique est important aussi… ahah.

Le soleil n’effraie pas Yasmine et ses 20 ans. Toujours coquette, elle a glissé sa trousse de maquillage dans ses bagages, prête à toute éventualité.



Quelle a été l’activité qui vous a le plus marqué ?

L’activité qui m’a le plus touchée, c’est le centre d’Art Therapy. Ils accueillent des personnes handicapées, souvent rejetées par leur famille, car au Bénin, c’est encore mal vu. C’est le seul centre qui fait de la thérapie par l’art, et j’ai trouvé ça vraiment incroyable et émouvant. Ça m’a parlé aussi pour mes études, vu qu’on bosse beaucoup avec le handicap. J’ai bien vu la différence avec la Belgique, surtout au niveau des moyens.

Avec le groupe, on a lancé une cagnotte depuis la Belgique pour soutenir leur projet. Je pense que partir loin pour bosser, ce serait dur pour moi, mais avec notre diplôme, on peut s’investir dans des projets comme ça. Ça donne vraiment du sens, et c’est très fort émotionnellement. Pas triste, juste beau, plein d’émotions.

À 16 ans, Emma connaît les valises et les terres lointaines, mais plutôt la version vacances en famille. Ici, le décor et le contexte sont tout autres.



Qu’est-ce qui t’a surpris durant le voyage ?

Comme tout le monde, je dirais… la chaleur ! Mais plus sérieusement, c’est surtout l’intégration qui m’a marquée. Les activités brise-glace, c’était vraiment cool. On avait un super groupe, avec des profs au top qui étaient toujours là quand ça allait moins bien.

Ce qui m’a un peu traumatisée, c’est leur système scolaire : ils doivent bosser même pendant les vacances ! Franchement, si c’était comme ça en Belgique, je serais déprimée… Et puis, le cadre familial est super différent. Eux, ils vivent souvent avec toute la famille, grands-parents, oncles, etc., alors que moi, je suis toute seule chez moi, haha.

Oceanne, l’ancienne Scout de 17 ans et habituée des mouvements de jeunesse, s’est intégrée sans le moindre souci et a rapidement noué des liens avec ses homologues béninois



Qu’est-ce que tu retiens de ce voyage ?

Ce que je retiens surtout, c’est l’échange culturel, j’ai tellement appris. En fait, c’est en apprenant à connaître les gens qu’on peut créer un vrai lien. Et ce qui m’a marquée, c’est que même eux, pendant certaines activités, ils découvraient des choses aussi, même de leur propre pays.

Au final, on a vraiment formé un seul groupe, pas un groupe belge d’un côté et béninois de l’autre. Je pense que tout le monde devrait vivre au moins une fois un voyage comme ça dans sa vie. Ça fait du bien, et surtout, on en apprend énormément sur les autres… mais aussi sur soi. Et plus le temps passait, plus j’avais l’impression de ne plus être au Bénin, mais juste… à la maison.