“Je suis passé sur NRJ en janvier pour parler des résolutions. On ne comprenait rien à ce que je disais.” Deux heures avant de passer à la radio, Kyrian, alias “Kyky” d’Ottignies, 16 ans, n’est pas super serein. “Tu dois penser à articuler”, conseille Nicolas Voets, éducateur à La Chaloupe, avant de gentiment plaisanter, entre deux gorgées de café soluble. “Au pire, tu feras le buzz sur les réseaux sociaux.”
Dans le studio climatisé de Mono FM, “Kyky” et les autres jeunes participants à l’émission (dont des Béninois) ont assuré en répondant en direct aux questions d’Hippolyte Houessou, journaliste, animateur et directeur de cette radio locale de Comé, la commune où les Belges ont séjourné deux semaines.
Il faut dire qu’en Belgique, les 12 jeunes avaient pris part à un atelier radio en amont. “lls ont fait ça assez bien et ils sont tous sortis en disant : on en veut encore. Le premier projet, c’est cette émission. Le second, c’est de produire des podcasts avec les interviews qu’ils vont réaliser sur place”, raconte Nicolas Voets, coordinateur du projet Africapsud. Son collègue Nicolas Piret embraye : “Nous, on a toujours cherché un moyen de donner la parole aux jeunes. On s’est rendus compte que cet outil radio était très fort. On l’utilise beaucoup avec les jeunes dans tous nos projets. Ils se l’approprient très très vite. Cela délie les langues.”
Pendant une heure, les jeunes Belges et leurs correspondants béninois ont, en effet, raconté Africapsud, ce projet de rencontre interculturelle organisé par le service d’Action en milieu ouvert La Chaloupe (Ottignies-Louvain-la-Neuve) en partenariat avec l’ONG béninoise Carrefour Jeunesse Afrique (CJA). Depuis 2011, plusieurs fois dans l’année, des jeunes Belges ont l’opportunité de découvrir le Bénin et sa culture. Une expérience évidemment enrichissante. “Ce projet m’a apporté beaucoup de choses. Inconsciemment, on avait un peu des préjugés et là on les a déconstruits”, assure Camille, 17 ans, qui se destine, plus tard, au journalisme. “Souvent, dans les films, on nous montre une image hyper réductrice. Je vais garder de ce séjour plein de bons souvenirs et le côté communautaire du Bénin. Je pense qu’on est plus individualistes en Belgique. L’activité qui m’a le plus marquée c’est le “Vis ma vie”. Je vais souvent y repenser.”
Les jeunes Wallons ont, en effet, eu la chance de passer une journée dans le foyer d’un de leur correspondant béninois. Mais pas que. Ils ont, entre autres, assisté à une explication vaudou, découvert l’esclavage à Ouidah, participé à des débats avec les jeunes correspondants, dont ils ont découvert la chaleur humaine. “La joie de vivre, l’hospitalité, leur douceur, vont me manquer”, assure Amy, 16 ans, de Mont-Saint-Guibert.
Au retour, les jeunes Belges vont participer à divers ateliers pour débriefer leur séjour et poursuivre leur réflexion. “Notre but, dans le futur, c’est de développer encore plus l’après et de mettre en place régulièrement des activités pour vraiment garder les jeunes dans cette dynamique de s’investir et de réfléchir aux inégalités, à ce qu’ils ont vécu, de partager leur expérience et même de monter des projets”, liste Nicolas Voets.
Nicolas Piret, dont c’était la cinquième fois au Bénin, se souvient : “Certains jeunes qui sont partis ont eu un flash. Je pense que c’est l’avantage de ce projet-là : tu peux devenir quelqu’un d’autre. Tant les Béninois que les Belges qui viennent ici : je pense que ça marque et ça fait évoluer les choses. Le monde est grand, mais on est tous ensemble.”
“Hâte” de découvrir la Belgique
Chaque année, désormais, des jeunes Béninois se rendent, ainsi, en Belgique. “La principale motivation pour construire ce projet, c’était la déconstruction des préjugés. Beaucoup de choses se disent sur le Nord et également sur le Sud, qui ne sont pas forcément justes. A travers ce projet, nous donnons l’opportunité à chaque jeune de se faire sa propre idée sur le sujet mais pas à travers la télé... De montrer que l’Europe, ce n’est pas forcément l’Eldorado”, explique Israël Degnon, responsable de projet chez Carrefour Jeunesse Afrique.
Levis, habitant Comé, est venu pour la première fois de sa vie en Belgique l’été passé. “L’expérience s’est très bien passée. J’ai retrouvé nos correspondants. Nous avons appris beaucoup sur la culture belge. Le climat est totalement différent. Le soleil se couche très tard. C’est incroyable, je n’avais jamais vu ça. Il y a une diversité de boissons, de bières...”, rigole-t-il.
A ses côtés, Emmanuel, 18 ans, boit ses paroles. En août, celui qui a accueilli de nombreux groupes belges, aura, enfin l’opportunité de découvrir l’Europe. “Franchement, j’ai hâte.” L’occasion à son tour de passer au micro de NRJ, Fun Radio ou de la RTBF ?

