Quiconque a participé au projet Move with Africa vous le dira : “Move, ce sont avant tout des rencontres.” La plupart du temps marquantes. Et ça, les élèves du Collège Jean XVIII de Woluwe-Saint-Pierre l’ont découvert bien avant leur voyage au Rwanda. D’abord au contact des résidents du centre Fedasil de leur commune, qui accueille les jeunes demandeurs d’asile en Belgique. Puis, avec Pauline Kayitare. Un coup du destin, vous diraient certains… Survivante du génocide des Tutsis, qui a déchiré le pays aux mille collines en 1994, c’est à un arrêt de bus qu’elle a fait la rencontre, fortuite, de Francesca, l’une des élèves participant au projet Move with Africa.
Heureux hasard qui l’a menée à venir témoigner de son histoire dans une petite salle de classe, quelques semaines plus tard, face à l’ensemble du groupe. Une rencontre qui a marqué les esprits bien au-delà des mots.
Une enfance brisée
Pauline a 13 ans lorsque le génocide éclate, en avril 1994. Elle est tutsie et vit alors dans la préfecture de Karongi, ex-Kibuye, l’une des régions les plus touchées par les violences. La barbarie s’abat brutalement sur son monde. Sa famille, comme tant d’autres, tente de fuir en se dispersant pour augmenter ses chances de survie. Pauline revoit encore, trente ans plus tard, les rires au bord du lac Kivu avec ses frères et sœurs : Innocent, 15 ans ; Joseph, 11 ans ; Joséphine, 9 ans ; Séraphine, 7 ans ; et le petit Patric, à peine 3 ans. Se remémore les scènes joyeuses aux côtés de sa maman Félicité, sa grand-mère Pursikira, son oncle maternel Naphtal, son grand-père Ruhago, sa famille, ses amis, et ses voisins… Aucun d’eux n’a survécu.
Elle non plus n’aurait pas dû y échapper. Mais, par une série de miracles et grâce à une force intérieure hors du commun, elle a survécu. Et se souvient de tout. Y compris de tous ses êtres chers qui ont été tués, comme plus d’un million de Tutsis, exterminés par un gouvernement extrémiste hutu ayant planifié ce génocide pendant des décennies.
La force de la résilience
Quand elle prend la parole, Pauline ne lit pas un texte, elle raconte. Elle raconte avec son cœur, avec sa voix calme, sa dignité intacte, ses silences pleins. Les élèves, eux, sont sidérés. “On ne pensait pas qu’on recevrait autant d’émotions. En entendant son histoire, nous ne pouvions avoir qu’une seule réaction : rester bouche bée et être admiratif d’autant de courage.” Benjamin résume : “C’était un témoignage sincère et véritable.”
Ce qui frappe surtout, c’est la puissance morale de Pauline, sa force de résilience. “Sa détermination à avancer, sa force morale à toute épreuve, sa volonté de pardonner et cette soif de réussir, de vivre et de rebondir : elle dégage quelque chose d’incroyable”, admire le groupe. Malgré l’horreur vécue, Pauline rayonne, sourit, transmet l’espoir avant tout. Et livre une version sans fards de l’histoire du Rwanda, ce magnifique pays aux mille collines qui panse toujours ses plaies aujourd’hui. Que les élèves découvriront bientôt…

