Pas un bruit. On entendait voler les moustiques sous l’apatam à Kpalimé, au bout de l’aventure togolaise des onze élèves de Saint-Joseph de Chimay. Ils sont assis en cercle, à côté de ceux de Lomé qui, en dix jours à peine sont devenus de vrais amis, sous cette sorte de préau caractéristique en Afrique de l’Ouest.
Le moment est solennel – presque grave. L’un après l’autre, dans un silence profond, attentif et bienveillant, ils lisent leur Kasàlà, un texte d’éloge poétique issu des traditions d’Afrique centrale. Le principe ? On se met par deux : on s’écoute, on accueille l’autre qui se raconte et on compose un texte qui parle de l’autre, à la première personne. Comme les griots le faisaient, les élèves expriment ce qu’ils ont perçu de beau en l’autre.
“Moi, Yvette, je suis la muette qui ai pris le micro”
Dans la nuit qui se pose et l’ombre éclairée par un feu de bois qui fait jaillir des étincelles, les résultats sont magnifiques. “Moi, Yvette, je suis la muette qui ai pris le micro pour parler au monde. Je suis celle que l’on ne remarque pas forcément mais qui peux pourtant décider de prendre les aventures de la vie pour en tirer avantage”.
Quand Louis, 16 ans, prend la parole, le silence se fait encore plus dense. L’amuseur de la bande se dévoile autant qu’il parle de la jeune fille qu’il ne connaissait pas deux semaines plus tôt. “Je n’avais même pas fait attention mais je me suis rendu compte qu’au fur et mesure que le temps passait, je n’avais plus aucune difficulté à aller vers les autres”, poursuit le garçon.
En écho, la jeune Togolaise a parfaitement cerné le jeune Belge derrière son image de rigolo de la classe. “Moi, Louis, je suis celui qui aime les balades dans le calme du soir. Je suis spécial comme les pierres que je chasse. Je suis celui-là en qui habitait le doute mais qui avançais avec un cœur rempli de peur. J’avais peur du changement climatique, alimentaire et environnemental. […] Ici, j’ai pris du temps pour moi et j’ai découvert le Louis en moi. J’ai une vision un peu plus positive de moi et des autres.”
De ces onze binômes sont sortis vingt-deux textes puissants, aussi beaux les uns que les autres, qui ont permis aux jeunes Belges de se glisser dans les baskets, l’âme et le cœur de leurs correspondants togolais.
“Moi, Inès”, par Nell. “Moi, Ely”, par Alice. “Moi, Elisabeth”, par Manon. “Moi, Titi”, par Analou. “Moi, Afiwa”, par Juliette. “Moi, Enoch”, par Victor. “Moi, Kabirou”, par Elikya. “Moi, Clémence”, par Johanna. “Moi, Shela”, par Clémence. “Moi, Edmond”, par Emilien.
On laisse le mot de la fin à Kabirou, qui a particulièrement touché les jeunes Belges : “La taquinerie que je découvre avec vous a agrandi le sourire que je porte quotidiennement. Je ne trouve pas une mais plusieurs qualités chez chacun d’entre vous.”

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