Cecs La Garenne

Par François Garitte

D’une fausse prise d’otage à des réflexions enrichissantes

Un groupe de jeunes de Charleroi ont rencontré des jeunes Béninois pour partager leur vision du monde. Tout a basculé en une seconde. La vingtaine de jeunes Belges, à peine installés dans la ville d’Abomey au Bénin, s’est retrouvée encerclée par un groupe de silhouettes cagoulées. Bandanas sur le visage et téléphones braqués comme des armes, les assaillants n’ont pas dit un mot. Un silence tendu, des regards figés puis un éclat de rire a fusé : c’était une mise en scène.

Une fausse prise d’otage, imaginée par les jeunes Béninois pour briser la glace. Les présentations pouvaient commencer. “On ne s’y attendait vraiment pas, se remémore Marwann, l’un des jeunes Belges qui participait à cet échange interculturel au Bénin. Certains ont eu peur en croyant qu’il s’agissait d’une vraie prise d’otage. C’était une bonne manière de faire tomber les barrières car il y avait un peu d’appréhension…”

C’est de Charleroi, et plus particulièrement du CECS La Garenne, que la vingtaine de Belges est partie pour se retrouver dans cette ville du sud du Bénin. Avec comme objectif principal de partir à la rencontre de jeunes de leur âge ayant la particularité d’habiter à environ 5000 kilomètres du Pays Noir. “Nous étions tous intrigués par la découverte de l’inconnu et voulions sortir de notre zone de confort, continue Marwann. C’est intéressant de voir comment des jeunes de notre âge vivent de l’autre côté du globe. Cela m’a choqué de voir des gens heureux avec peu. En Belgique, nous sommes trop habitués à notre confort, ils nous ont montré qu’une vie joyeuse ne dépend pas des biens matériels.” Echange et réflexion

Pendant une semaine, les deux groupes se sont mélangés et ont appris à se connaître via différentes activités : visites de maisons traditionnelles, cours de cuisine ou de coiffure mais aussi sorties sportives et autres ateliers de réflexion. “Nous sommes en plein atelier de discussion avec des groupes mixtes, lance un autre jeune Belge, Waniss, quand on le croise dans la cour de l’école sous une chaleur insoutenable. Entre Belges et Béninois, nous parlons de racisme mais aussi de questions de genre ou d’égalité homme-femme. Nous avons parfois des visions totalement différentes et c’est enrichissant de confronter nos points de vue. L’objectif est d’avoir un échange pour mieux apprendre la façon de voir de l’autre. Cela peut parfois être perturbant mais cela fait avancer notre réflexion.”

Avant d’atterrir au Bénin, les jeunes Carolos en section animation ont été formés durant près d’un an par l’organisation Défi Belgique Afrique. Une association mettant en avant l’éducation à la citoyenneté et qui ont permis de mieux faire face au légitime choc culturel. Un choc culturel qui a aussi été présent chez les jeunes Béninois sélectionnés au sein du CFPA (Centre de Formation Professionnelle et d’Apprentissage) d’Abomey. “L’échange a été nourrissant des deux côtés, explique Ericsson qui était le ‘master’du groupe béninois. Nos jeunes sont sortis avec beaucoup de talents révélés et avec une plus grande ouverture au monde. Nous avons été surpris de voir les véritables liens noués entre Belges et Béninois, c’est une grande fierté pour nous.”

Des liens si forts que les adieux en ont été déchirants. “On se dit qu’une trace indélébile a été laissée quand on voit tout le monde pleurer d’un côté comme de l’autre”, lance Joël, l’un des membres du staff béninois. Si des retrouvailles ne sont pas encore à l’horizon, les liens tissés n’ont pas été rompus : les réseaux sociaux prolongent le contact au-delà des frontières.

En quelques jours, les jeunes Belges sont en tout cas repartis avec une richesse humaine et une maturité qu’il est parfois difficile d’acquérir en un an. Et avec des souvenirs gravés dans leurs mémoires à commencer par cette fausse prise d’otage, ce moment unique qui a scellé leur échange.