Athénée Royal Jean Absil

Par Marie Rigot

“Café au lait ! Les Belges et les Sénégalais, on se mélange”

"Attendez, est-ce que je ne vous l'avais pas dit ? On l'a fait !", se réjouit Rayhane, 17 ans, à la sortie de l'avion qui l'a conduit avec ses camarades au Sénégal. La joie est palpable au sein du groupe composé de 12 élèves et de trois enseignants de l'école bruxelloise Jean Absil. La petite troupe, encadrée par Elodie Rouvroy de l'ASBL Asmae, a connu quelques péripéties dans la préparation de son voyage. Censés s'envoler en mars dernier, les jeunes ont dû se résoudre à repousser leur départ en raison des échauffourées qui ont éclaté dans la région après le scrutin présidentiel. Mais, en ce 21 octobre, toutes ces préoccupations semblent à présent bien lointaines. Leur voyage peut enfin commencer.

Après un bref arrêt à Thiès, le groupe prend la direction de la ferme école de N'doumbout. C'est là que les attendent 13 jeunes Sénégalais avec qui ils vont vivre, échanger, travailler, jouer... tout au long des deux prochaines semaines. Et l'accueil au rythme des tam-tam donne le ton de la suite du séjour. Tandis que les Belges sortent du bus, leurs homologues chantent et dansent. Tout le monde se retrouvent d'ailleurs en cercle, un peu plus loin, pour poursuivre les festivités. Ensemble.

Le mot est important car il illustre l'objectif de ce séjour, à savoir de mélanger Belges et Sénégalais pour que chacun apprenne de l'autre. Evidemment, la mayonnaise ne prend pas immédiatement. Il faut un petit temps d'adaptation. Mais il n'est pas très long. Les jeunes se regroupent dans les chambres. On s'interroge timidement. "Et toi, tu t'appelles comment ?"

Un jeu est organisé pour détendre l'atmosphère, pour apprendre à se connaître. Les jeunes sont de plus en plus à l'aise. L'apothéose ? Le moment où tout le monde se retrouve autour du feu après le repas. On danse, on chante. Encore. Mais cette fois, c'est différent. L'appréhension des débuts a laissé place à un vrai plaisir de se découvrir. L'expérience a commencé.

Les journées qui suivent sont rythmées par des ateliers organisés par l'ASBL Asmae en coopération avec les animateurs de la ferme. Tantôt on en apprend plus sur l'agro-écologie, tantôt on échange sur ses rêves, ses doutes ou ses plus beaux souvenirs. Ces séquences donnent l'occasion aux jeunes de réaliser à quel point, malgré les kilomètres qui les séparent, ils ont plus en commun qu'ils ne le pensent. Quand vient le moment de parler de leur famille, leurs propos sont souvent similaires. Tout comme pour leurs hobbies, leurs vocations. Le groupe a même l'occasion de partir assister à un match de l'équipe de football locale. Belges et Sénégalais donnent de la voix pour supporter "leur" équipe.

Mais ces échanges quotidiens soulignent également des différences culturelles. Si elles se révèlent tout aussi enrichissantes, elles interpellent parfois au premier abord. Ainsi, à l'occasion de la soirée que doivent organiser leurs camarades belges, les Sénégalais découvrent des scènes typiques de leur quotidien européen. Des parents divorcés, l'homosexualité, la laïcité... Ces réalités, presque banales dans nos contrées, leur paraissent insensées. Un malaise s'installe. Il faudra plusieurs heures avant que les jeunes osent en parler. Après tout, ils sont là pour ça et cela fait partie du jeu. Au fil du séjour, les jeunes expriment plusieurs fois leur incompréhension face à un comportement ou à une opinion. Mais, à présent, ils en discutent plus facilement. "Je ne pensais pas être capable de m'ouvrir aux autres comme ça", confie François, 19 ans, originaire de Thiès, pour qui le projet a été une véritable révélation. "Contrairement ce que j'imaginais, ce qui me plaît le plus c'est d'échanger avec mes nouveaux amis. Quand on se retrouve tous autour de la table pour manger, ce sont vraiment mes moments préférés."

Parce que, oui, l'expérience ne s'arrête à aucun moment. Même pour les repas, l'animatrice d' ASMAE, Elodie Rouvroy, est susceptible de crier: "Café au lait". Ce qui signifie que les jeunes doivent se mélanger.

Plus les jours passent, plus le mélange se fait naturellement. A un point tel qu'au moment des adieux, les larmes coulent à flot. Les Belges et les Sénégalais s'enlacent. Les adieux sont compliqués. Chacun promet de s'écrire, de rester en contact. Un groupe Whatsapp est créé, l'expérience est terminée mais une belle amitié est née.