Karim ne voulait pas y aller. Quand la police et le Samu ont sonné à sa porte pour l’emmener à la clinique de l’Espérance à Liège, il leur a rétorqué qu’il dormait et que ce n’était donc pas possible. Les visiteurs ont insisté. Karim a été contraint de les suivre. « Le lendemain, une assistante sociale est venue pour me demander où je voulais me faire soigner, se souvient le natif de Wavre, âgé de quarante ans. Quand on me parlait de l’hôpital, je pensais que c’était celui où je me trouvais et j’ai dit qu’il n’y avait pas de problème pour me soigner un petit peu. On m’a emmené à l’hôpital de Lierneux. Si j’avais compris qu’on me parlait de Lierneux, je serais rentré chez moi. »
Ce sont ses proches qui ont demandé qu’il se fasse soigner, explique Karim. Ancien ouvrier du bâtiment, il était dépressif, consommait joints et boissons alcoolisées. Assez pour inquiéter ses parents. L’hospitalisation sous contrainte semblait être la dernière solution pour soigner leur enfant en Belgique, à un moment où celui-ci souhaitait s’en aller vers le Maroc.
« Si je ne prends pas ma piqûre, je retourne à l’hôpital. »
À défaut de pouvoir rejoindre son oncle en Afrique, Karim emménage le 4 septembre 2017 au Centre Hospitalier Spécialisé l'Accueil au cœur de la Haute Ardenne. Des prés humides et des ruisseaux. C’est paisible, mais ce n’est pas le soleil marocain espéré. Il s’y fait.
Après deux ans et demi à l’hôpital, « une assistante sociale m’a proposé de déménager à l’habitation protégée (IHP) du village retrace doucement Karim. Je préférais rentrer chez moi, ou rester à l’hôpital en attendant qu’un de mes frères libère une chambre chez mes parents. Plus tard, un infirmier m’a expliqué que mes parents ne voulaient pas me reprendre, et qu’il fallait envisager l’habitation protégée. »
« Soyons honnêtes, lance le Dr Gaule, médecin responsable de l’IHP de Lierneux, la moitié des résidents vient en habitation protégée pour quitter l’hôpital. C’est seulement plus tard que certains se rendent comptent de l’utilité de leur séjour dans ce type d’institution et envisagent de rester plus longtemps. » Karim, lui, a suivi les conseils du corps médical et emménagé dans la villa de deux personnes de l’IHP, où une place se libérait. « Je préfère vivre ici qu’à l’hôpital, concède-t-il. On m’aide pour atteindre mes objectifs : le permis voiture et un appartement près de chez mes parents. En attendant, je leur téléphone deux ou trois fois par jours et je retourne chez eux dès que possible le week-end. »
En janvier 2021, Karim est passé devant un juge de paix. La loi de juin 1990 relative à la « protection de la personne des malades mentaux » place les soins contraints sous le contrôle d’une autorité judiciaire. C’est donc un juge de paix qui devait décider de la prolongation ou non de sa mise sous maintien (période durant laquelle Karim doit respecter des conditions précises).
« En gros, si je reconsomme quoi que ce soit et que la police m’attrape, je retourne à l’hôpital. Si je ne réponds pas aux convocations médicales, je retourne à l’hôpital. Si je ne prends pas ma piqûre, je retourne à l’hôpital », résume-t-il.
Après avoir entendu Karim, son avocat et les médecins, la justice a finalement décidé de prolonger sa mise sous maintien d’un an. « Je suis un peu déçu, mais avec le maintien, je suis sûr de ne pas déconner. Je me prépare à ma nouvelle vie et j’ai encore un peu peur de l’affronter tout seul. En attendant, je me tiens à carreaux. Je pense que je gère pour le moment. »