LES TEMOINS

A Juprelle,
l’inquiétude et des interrogations

Reportage Sophie Devillers





La route macadamisée qui mène à ce quartier résidentiel de la commune de Juprelle longe des champs qui s’étendent quasi à perte de vue. En cette journée de milieu de printemps ensoleillé, la variété des verts de la campagne liégeoise créée par les cultures à divers stades de maturité forme un spectacle des plus bucoliques. Mais debout dans son salon, Louisa (prénom d’emprunt), l’observe, elle, avec beaucoup d’amertume. Elle suit des yeux le tracteur qui, armé de ses deux longs bras, est en train de pulvériser les cultures aménagées juste derrière son jardin et qui s’étendent, en en léger vallon, sur des centaines de mètres. “On dit qu’on ne voudrait jamais vivre en ville, mais on n’est pas plus en sécurité à la campagne...”, soupire-t-elle. En mars, son époux, retraité, est décédé d’un cancer, le myélome multiple des os. “Sa passion, c’était le jardin, il y était tout le temps. Il faisait aussi le potager. On mangeait les légumes...”, explique-t-elle, désignant le potager soigné au bout du jardin.



PESTICIDES-WALLONIE-VILLES

Mais à côté des rangées de feuilles vert tendre qui commencent à apparaître, une large bande brune du potager est laissé en l’état, le long du grand champ de betteraves. “Maintenant, à cet endroit, je ne plante plus rien, explique-t-elle. C’était trop près du champ. Quand le fermier y pulvérise, c’est arrosé aussi ! Une fois, j’ai eu ma couche complètement brûlée. Je lui ai demandé de laisser une bande vierge, de ne pas passer avec les pesticides le long de la clôture, mais il m’a répondu : alors, il faut m’indemniser ! Il ne veut pas dire non plus quelle quantité il emploie, et quels produits exactement... Parfois, quand il y a du vent, même à l’avant de la maison, on sent cette odeur de pesticides. Ici, on est à tout vent, il n’y a pas de haie.”

De fortes suspicions

Comme son époux lui-même avant son décès, elle se demande s’il n’y a pas un lien entre cet usage des pesticides et la maladie de son mari, qui s’est déclarée il y a trois ans. “Le myélome, c’est connu comme la maladie des agriculteurs. Le père du fermier est d’ailleurs également décédé d’un myélome, souligne-t-elle. Nous avions posé la question à l’hématologue de mon mari, qui a répondu :'la pollution est partout'”. D’après les données de la littérature scientifique internationale publiées au cours des trente dernières années et analysées par des experts de l’Inserm en France, il semble en tous cas exister une association positive entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte comme les myélomes multiples. Mais il est difficile pour les scientifiques de se montrer plus fermes. (lire par ailleurs)

A présent, c’est pour ses petits-enfants que Louise a peur. “Je n’aurais pas envie qu’ils respirent n’importe quoi quand ils viennent chez moi... Est-ce qu’on peut même manger les framboises et les groseilles du jardin ?” Autrefois, lorsque Louise et son mari sont arrivés ici, leur maison était flanquée de pâturages. Pas question donc de pesticides, jusqu’à ce que les cultures fassent leur apparition. Depuis de longues années maintenant, betteraves, céréales, pommes de terre, alternent, sur des dizaines d’hectares, juste collés derrière les jardins de cette rue résidentielle.

Habitant juste à côté, depuis plusieurs décennies, Jean-Claude, se pose lui aussi des questions. “Nous avions aménagé un potager suspendu contre la clôture - contre les pesticides, si on peut dire - je l’ai arrêté ! Il y a trois ans, à peu près au même moment que le voisin, ma compagne a eu un cancer du sein à 59 ans. Elle a une vie très saine, elle est infirmière, elle sait ce qui est mauvais pour la santé ou non. On a parlé au médecin des pesticides d’un possible lien de cause à effet, il nous a répondu : ‘Tout est possible’... On n’ a rien pour accuser, hein. On ne souhaite pas faire d’accusation. Mais personnellement, j’ai de sérieuses suspicions... ”

D’autant que deux maisons plus loin, ajoute-t-il, une petite fille a souffert de leucémie. C’est celle de Xavier et Patricia, qui comme leurs voisins, avouent aussi avoir de nombreuses interrogations. Au fond de leur jardin, ils montrent les branchages qu’ils ont placés contre la clôture, qu’ils espèrent faire écran aux pesticides, sans vraiment trop d’illusions.

Patricia désigne les framboisiers, plantés sur les côtés. “Petits, les enfants avaient une cabane, là, ils mangeait les framboises sans les laver... Comme tous les enfants, quoi !” La famille habite ici depuis un quart de siècle. Leur fille, qui a présent 20 ans, a survécu à sa leucémie, qui l’a touchée à 6 ans. “C’était il y a 14 ans, mais il y avait déjà des épandages derrière chez nous”, indique le papa.

Les fenêtres fermées

Désormais en cas de pulvérisation, les fenêtres sont immédiatement fermées. “On aimerait savoir quels sont les produits répandus, avoir des informations honnêtes : qu’est-ce qu’il y a dedans ? Et puis avoir des analyses de sol, savoir quel est l’impact sur le potager, ajoute le couple. On a parfois l’impression que l’intérêt économique prime sur l’intérêt de leur population.”

Comme leur voisins, ils relèvent le nombre de cancers dans la rue : “Avec un monsieur qui a eu le cancer du foie, juste en face, et qui est décédé il y a environ deux ans - mais il souffrait déjà d’un excès de fer et devait subir des dialyses - il y en a eu tout de même 4 en 15 ans, signalent Xavier et Patricia. Statistiquement, est-ce que cela signifie quelque chose ? Bien sûr, après dans le bas de la rue il n’y en a peut-être aucun ! Un relevé des cancers, où l’on pourrait aussi étudier les causes extérieures, ce serait tout de même intéressant...”

Face à cette inquiétude soulevée par l’usage des pesticides, le couple se rassure en évoquant une faune (insectes, oiseaux...) malgré tout encore très vivace dans le coin. “C’est tout de même un signe positif....” Les habitants attendent aussi avec impatience les résultats des relevés réalisés dans deux de ces jardins dans le cadre de l’étude Propulppp, afin de relever la quantité et le type de pesticides utilisés.

Santé et pesticides ? “En Belgique, on n’est nulle part”

Sophie Devillers





Les inquiétudes et questions des riverains face aux pesticides sont-elles justifiées ? Le débat fait rage. Pour Inter-Environnement, ces interrogations sont totalement légitimes. “Parce qu’il y a un manque de données, de suivi au niveau épidémiologique, accuse Valérie Xhonneux. Il n’y a rien qui est fait pour le moment par les autorités, pour pouvoir dire : on fait un suivi d’évolution de la santé des personnes pour s’assurer qu’on repère les problèmes suffisamment en amont.”

Certes, admet-elle, ces derniers temps, des études ont été lancées par la Région wallonne. L’étude Expopesten vient de déterminer les endroits de Wallonie où les concentrations de pesticides dans l’air sont les plus élevées : Gembloux, Louvain-la-Neuve... “Mais on n’a pas lié cette exposition à des problèmes de santé”, reproche Valérie Xhonneux. Du côté du ministre de l’Environnement, on reconnaît qu’une évaluation plus précise de l’exposition est aujourd’hui nécessaire “pour mieux comprendre le lien entre l’exposition aux pesticides et les effets potentiels sur la santé humaine”.

L'étude Propulppp, qui vient de débuter, va vérifier comment se dispersent les pesticides après pulvérisation, en plaçant des capteurs dans des lieux publics ou chez des riverains, indique le ministre. “Mais ce n’est pas encore une étude épidémiologique, regrette Valérie Xhonneux. On n’est pas sur un suivi à long terme de la santé des riverains.” L’idée serait plutôt, précise-t-elle, d’étudier et de comparer des populations, soumis à des facteurs d’exposition complètement différent et de voir si on observe des différences au niveau des maladies ou pas. “Et le suivi de la santé des agriculteurs devrait aussi être fait. En France, c’est le cas. En Belgique, on n’est nulle part par rapport à cela.”

Les études épidémiologiques demandent des moyens conséquents, admet-elle. “On sait qu’il existe des maladies multifactorielles. Pouvoir dire à un moment de la vie d’une personne, cette maladie est liée à tel facteur, c’est déjà intrinsèquement compliqué, mais si vu qu’ici, on ne collecte pas les données, c’est impossible à faire.” Ces études, précise-t-elle, permettraient de collecter des données qui n’apporteraient pas forcément des certitudes, mais donneraient des indications, des signaux d’alerte.

Objectiver les choses

“C’est très difficile de faire le lien entre l’exposition - prétendue ou vraie - aux pesticides, et les maladies chroniques qu’on observe, confirme Bruno Schiffers, chef du laboratoire de phytopharmacie de Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège), qui travaille à de nombreux relevés. Mais je pense qu’il faut s’intéresser à des phénomènes locaux, où il pourrait y avoir des expositions plus importantes des riverains, vu les circonstances topographiques et agronomiques particulières : vents dominants, cuvettes, près de certaines cultures, comme des vergers. Il faut creuser plus loin et regarder quels sont les types de cancers. Sont-ils lié à certains produits chimiques? On connaît les propriétés de chaque molécules. Les fabricants sont obligés de les décrire. En outre, la traçabilité des applications phyto est obligatoire au moins depuis 10 ans chez les agriculteurs. On pourrait aller chercher les données, voir s’il y a une exposition et voir si certains sont plus exposés que d’autres. Cela n’a pas été fait. En France, ils ont reçu des plainte de riverains, et ils ont décidé de créer de créer un comité de phyto-pharmaco-vigilance, qui centralise les plaintes et le fait traiter par un comité d’experts. Est-ce que du fantasme, un conflit de voisinage, ou un réel un problème ? Là, on traite le risque, et la perception du risque. C’est important aussi.”

“On se remet en question
tous les jours”

Rencontre Isabelle Lemaire

Alain Boigelot, 51 ans, est agriculteur et prestataire de services agricoles à Gesves depuis 1985. Il cultive sur une cinquantaine d'hectares du blé, de l'orge et du maïs pour le bétail, du colza, des pois de conserve et des pommes de terre. Il se définit comme un agriculteur conventionnel, “qui veille à ne pas faire de traitements inutiles. Depuis des années, on se remet en question tous les jours car on se rend compte que nos pratiques agricoles ne sont pas durables sur le long terme, pour l'environnement, le sol, la santé, la mienne et celle des autres”, témoigne-t-il.



PESTICIDES-WALLONIE-VILLES

Si Alain Boigelot utilise des désherbants et des fongicides, toujours en curatif, jamais préventivement, il a banni les insecticides il y a cinq ans “car je suis attaché aux abeilles. Il y a des ruches dans mes champs de colza”. Quitte à y perdre une partie de ses récoltes. “L'an dernier, j'ai eu une forte attaque de pucerons dans mes féveroles mais je n'ai pas traité.” Résultat : seulement 1500 kilos de rendement au lieu de trois ou quatre mille.

Des méthodes de travail de plus en plus précises

L'agriculteur a investi dans du matériel de précision pour limiter sa consommation de produits phyto. “Je travaille avec un pulvérisateur ultramoderne équipé de jets spéciaux. Je calcule au préalable la dose de produit à épandre et je ne reviens jamais avec du superflu, des résidus. Le pulvérisateur est rincé trois fois à l'eau claire sur champ après la pulvérisation”, explique-t-il.

Mais Alain Boigelot va encore beaucoup plus loin dans les précautions. “Mes parcelles sont entourées de maisons. Alors, je pulvérise de nuit ou à 6 heures du matin quand il n'y a pas de vent pour éviter les dérives des produits. J'adapte mes litrages de produits en fonction de l'hygrométrie. Cela me permet de réduire les doses d'un tiers. Et quand je pulvérise, deux fois sur trois, c'est avec des matières naturelles. J'épands 95 % de mes engrais avec le pulvérisateur et non avec un tourniquet qui envoie ça n'importe où.” Il s'indigne en évoquant les pratiques de certains agriculteurs. “Ceux qui traitent leurs parcelles à côté des écoles sont complètement fous ! Il faudrait des contrôles plus drastiques pour certains gros exploitants et entreprises qui pulvérisent par n'importe quel temps, n'importe quel vent. Et j'en connais !”





Tester de nouvelles pratiques

Son conseiller phyto, le même depuis 25 ans, a un profil rare. “C'est un indépendant, qui n'est donc pas lié aux firmes phytopharmaceutiques, et il ne me pousse pas du tout à la consommation.” Au contraire même, puisque avec cet homme qui est aussi agriculteur, nous sommes un groupe d'une dizaine de cultivateurs qui faisons de nombreux essais d'agriculture de conservation. “Cela consiste à trouver des plantes compagnes, des auxiliaires qui s'attaquent aux insectes ravageurs. Par exemple la féverole, le fenugrec ou les lentilles pour déboussoler les insectes. Je fais aussi mes semences moi-même. Je mélange 5 % de semences ultra hâtives de colza qui seront mangées pas les insectes. Le bon colza ne sera donc pas attaqué.” Ces pratiques apportent un surcroît de travail “mais pas énorme. Le surcoût n'est pas calculable. C'est un choix et un pari aussi : cette année, on sait déjà qu'on récoltera peu en colza. Mais pas question de revenir aux insecticides.”

Alain Boigelot affirme que l'idée de faire la conversion au bio le traverse “tout le temps”. “Si c'est possible, je le ferai mais il faut les débouchés, être sûr de mon coup et avoir une rentabilité.” Et il conclut avec ces mots : “J'espère qu'un jour, l'agriculture pourra se passer de la chimie. Cela fait 50 ans qu'on met tout et n'importe quoi sur les champs. On va y revenir, à l'agriculture paysanne car si on continue comme ça, il n'y aura plus rien, plus d'abeilles.”

Les particuliers aiment le glyphosate...

Alain Boigelot possède une phytolicence, ce qui lui donne le droit de vendre des produits phyto. “Mais je ne veux pas !”, lance-t-il. Et il raconte que depuis que le glyphosate (le principe actif du Roundup) est interdit à la vente dans les magasins, il est très sollicité. “Je reçois des dizaines de coup de fil de particuliers qui veulent m'acheter quelques litres, y compris des gens qui se disent écologistes. Je leur réponds : 'Mais vous vous rendez compte : je mets 0,8 litre à l'hectare avec un absorbant pour diminuer les doses et vous voulez quatre ou cinq litres ?!' Ils veulent l'utiliser dans leur jardin, sur leur terrasse, des chemins. Ou, pire, sur le gravier : automatiquement, le produit va percoler à 99 %. Nous, quand on l'applique dans une végétation dense, il est consommé à 99 % immédiatement.”



"Au moins, les choses
sont entre mes mains"

Rencontre Gilles Toussaint

Fièrement dressée au milieu des campagnes de Rebecq, la Ferme Quenestine a belle allure. Dans la foulée de son grand-père et de son père, Robert a repris l'exploitation en 2004. Un schéma “classique”: une septantaine d'hectares sur lesquels ils cultivaient des céréales et des betteraves, en suivant les modes de production conventionnels. “J'ai d'abord poursuivi l'activité en suivant l'évolution des produits phyto, comme l'avait fait mon père”, explique-t-il. En 2012, il a toutefois choisi d'entamer un virage radical en passant en bio. Une décision mûrement réfléchie. “Un des raisons pour lesquelles je suis passé en bio, c'est qu'à la fin de sa vie, papa me disait : 'Je pense qu'on est allé trop loin avec ces produits'. D'une certaine manière, ça a facilité ma décision car, même s'il était déjà décédé, je n'ai pas eu l'impression de le trahir et de remettre en question tout ce qu'il avait fait”, confie-t-il. Dans le monde agricole, le poids familial, tout comme le regard des collègues, constituent un réel frein au changement : “Je connais plusieurs personnes qui sont tentées, mais elles sont découragées par leur père qui crie à la catastrophe”.



PESTICIDES-WALLONIE-VILLES

OLIVIER PAPEGNIES / COLLECTIF HUMA



Un marché biaisé

“Aujourd'hui, je suis un peu dans l'état d'esprit du fumeur qui a arrêté et qui ne supporte plus la fumée de cigarette. Je me dis : 'Comment ne se rendent-ils pas compte ?'”

Les motivations qui l'ont amené à cette profonde remise en question de sa façon de travailler sont de plusieurs ordres. Financières tout d'abord. “Aujourd'hui, ce sont les spéculateurs qui font les prix des produits agricoles. Des prix qui ne correspondent à aucune logique. J'ai eu le sentiment que le marché était biaisé et que nous étions toujours perdants”, argumente-t-il. “En bio, l'offre et la demande sont liées. Quand on a une bonne année, les prix baissent, ce qui est normal. Et ils montent quand les récoltes sont moins bonnes. De cette manière, on s'y retrouve.” La question de la santé a également joué un rôle dans son choix, suite à des épisodes d'empoisonnement, “léger, mais tout de même”, que son père a connu après avoir utilisé des fongicides.

Se réapproprier son métier

Le passage en bio n'est pourtant pas une sinécure, poursuit Robert Lisart. Il faut en quelque sorte réapprendre son métier. Le premier souci, avance-t-il, c'est de s'assurer un débouché. “En conventionnel, on ne se pose pas de question. On fait ce que le marché demande. Toute la filière est intégrée. On achète les semences, les engrais et les produits à un négociant, qui écoule ensuite la production. On doit juste produire un maximum de kilos sans savoir ce que cela va nous rapporter. En bio, la démarche n'est pas la même. Il faut sentir le marché. Savoir ce que l'on va produire, pour qui, comment le valoriser et à quel prix… On doit se réapproprier les choses. Sur ce point, on peut heureusement s'appuyer sur le travail de fond de l'Union nationale des agrobiologistes belges.”

“La personne qui réalisait mes pulvérisations auparavant me dit que, quand elle passe dans un champ avec sa machine, les gens ferment leurs portes, rentrent leurs enfants ou le regardent en se pinçant le nez. On ne voyait pas cela avant.”

La population semble également demandeuse de ce changement, observe Robert Lisart

Sur le plan agronomique, l'agriculteur a aussi pu compter sur l'appui d'un groupement de producteurs bio de Hesbaye et des conseillers de BioWallonie. “En gros, résume-t-il, on travaille sur des rotations relativement longues. On revient moins vite sur la même parcelle avec la même culture, ce qui permet de réduire la pression parasitaire. J'utilise des légumineuses comme des haricots ou des pois qui favorisent l'enrichissement des sols et leur structure. Elles captent l'azote et le fixent dans le sol, ce qui donne une bonne base pour le froment. Et c'est aussi un moyen de lutte contre les vivaces. Aujourd'hui, je cultive des céréales (épeautre, avoine, seigle et froment), des légumes (haricots, petits pois, pommes de terre, chicorées) et j'ai une prairie temporaire qui me permet de faire un genre de break dans ma rotation : c'est nettoyant et cela permet au sol de récupérer.”





Il faut anticiper beaucoup plus les choses, explique-t-il. Les dates de semis sont importantes et il faut être beaucoup plus présent dans les champs pour observer ce qui s'y passe et intervenir le cas échéant avant de se laisser dépasser par la nature qui a horreur du vide. Il y a bien sûr des échecs suite à des mauvais choix, reconnaît-il. “Mais quand on commet une erreur, on ne la refait pas l'année suivante. Ce sentiment d'apprendre est aussi gratifiant.”

Un moindre rendement, une meilleure rentabilité

Robert ne le cache pas, ses rendements sont inférieurs à ce qu'ils seraient en production conventionnelle. Environ de moitié pour les céréales et de 20 % pour les légumes. Mais en contrepartie, il ne faut plus acheter ces produits et il obtient des prix bien plus corrects pour ce qu'il cultive. “Globalement, le bilan économique de mon exploitation est meilleur aujourd'hui qu'en conventionnel.” Et puis, il a aussi “cette satisfaction d'avoir fait quelque chose de demandé par le consommateur. On me sollicite pour faire telle ou telle culture, alors qu'à la fin de sa carrière mon père se demandait ce qu'il allait planter parce que cela ne rapportait rien.” De son côté, il ne regrette aucunement d'avoir franchi le pas. Le bio est exigeant et demande parfois plus de travail, “mais il redonne à l'agronomie ses lettres de noblesse. Je vis mieux qu'avant. Au moins, les choses sont entre mes mains.”