De fortes suspicions
Comme son époux lui-même avant son décès, elle se demande s’il n’y a pas un lien entre cet usage des pesticides et la maladie de son mari, qui s’est déclarée il y a trois ans. “Le myélome, c’est connu comme la maladie des agriculteurs. Le père du fermier est d’ailleurs également décédé d’un myélome, souligne-t-elle. Nous avions posé la question à l’hématologue de mon mari, qui a répondu :'la pollution est partout'”. D’après les données de la littérature scientifique internationale publiées au cours des trente dernières années et analysées par des experts de l’Inserm en France, il semble en tous cas exister une association positive entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte comme les myélomes multiples. Mais il est difficile pour les scientifiques de se montrer plus fermes. (lire par ailleurs)
A présent, c’est pour ses petits-enfants que Louise a peur. “Je n’aurais pas envie qu’ils respirent n’importe quoi quand ils viennent chez moi... Est-ce qu’on peut même manger les framboises et les groseilles du jardin ?” Autrefois, lorsque Louise et son mari sont arrivés ici, leur maison était flanquée de pâturages. Pas question donc de pesticides, jusqu’à ce que les cultures fassent leur apparition. Depuis de longues années maintenant, betteraves, céréales, pommes de terre, alternent, sur des dizaines d’hectares, juste collés derrière les jardins de cette rue résidentielle.
Habitant juste à côté, depuis plusieurs décennies, Jean-Claude, se pose lui aussi des questions. “Nous avions aménagé un potager suspendu contre la clôture - contre les pesticides, si on peut dire - je l’ai arrêté ! Il y a trois ans, à peu près au même moment que le voisin, ma compagne a eu un cancer du sein à 59 ans. Elle a une vie très saine, elle est infirmière, elle sait ce qui est mauvais pour la santé ou non. On a parlé au médecin des pesticides d’un possible lien de cause à effet, il nous a répondu : ‘Tout est possible’... On n’ a rien pour accuser, hein. On ne souhaite pas faire d’accusation. Mais personnellement, j’ai de sérieuses suspicions... ”
D’autant que deux maisons plus loin, ajoute-t-il, une petite fille a souffert de leucémie. C’est celle de Xavier et Patricia, qui comme leurs voisins, avouent aussi avoir de nombreuses interrogations. Au fond de leur jardin, ils montrent les branchages qu’ils ont placés contre la clôture, qu’ils espèrent faire écran aux pesticides, sans vraiment trop d’illusions.
Patricia désigne les framboisiers, plantés sur les côtés. “Petits, les enfants avaient une cabane, là, ils mangeait les framboises sans les laver... Comme tous les enfants, quoi !” La famille habite ici depuis un quart de siècle. Leur fille, qui a présent 20 ans, a survécu à sa leucémie, qui l’a touchée à 6 ans. “C’était il y a 14 ans, mais il y avait déjà des épandages derrière chez nous”, indique le papa.
Les fenêtres fermées
Désormais en cas de pulvérisation, les fenêtres sont immédiatement fermées. “On aimerait savoir quels sont les produits répandus, avoir des informations honnêtes : qu’est-ce qu’il y a dedans ? Et puis avoir des analyses de sol, savoir quel est l’impact sur le potager, ajoute le couple. On a parfois l’impression que l’intérêt économique prime sur l’intérêt de leur population.”
Comme leur voisins, ils relèvent le nombre de cancers dans la rue : “Avec un monsieur qui a eu le cancer du foie, juste en face, et qui est décédé il y a environ deux ans - mais il souffrait déjà d’un excès de fer et devait subir des dialyses - il y en a eu tout de même 4 en 15 ans, signalent Xavier et Patricia. Statistiquement, est-ce que cela signifie quelque chose ? Bien sûr, après dans le bas de la rue il n’y en a peut-être aucun ! Un relevé des cancers, où l’on pourrait aussi étudier les causes extérieures, ce serait tout de même intéressant...”
Face à cette inquiétude soulevée par l’usage des pesticides, le couple se rassure en évoquant une faune (insectes, oiseaux...) malgré tout encore très vivace dans le coin. “C’est tout de même un signe positif....” Les habitants attendent aussi avec impatience les résultats des relevés réalisés dans deux de ces jardins dans le cadre de l’étude Propulppp, afin de relever la quantité et le type de pesticides utilisés.