Chapitre 03 — Politique & Régulation

La majorité des déchets électroniques
passe sous les radars des institutions.

Malgré la volonté affichée par les autorités ghanéennes, la multiplication des lois et des acteurs complexifie la possibilité d'une réelle avancée dans le secteur.

© Seth Moses Ellerman

En 2016, le gouvernement ghanéen adoptait l'Acte 917, première pierre à l'édifice de la régulation du traitement illégal des déchets électroniques dans le pays. Cette loi oblige les importateurs et fabricants locaux à s'enregistrer auprès de l'Autorité de la protection environnementale (EPA), ainsi qu'à payer une taxe, reversée dans un fonds dédié aux infrastructures de recyclage.

En 2018, l'ex-président ghanéen Akufo-Addo a ensuite lancé un programme national de gestion des déchets électroniques. Celui-ci avait pour objectif de renforcer l'emploi dans le secteur, tout en réduisant la pollution sanitaire et environnementale, et en augmentant les possibilités de réparation et de recyclage du matériel. Ce programme prévoit la création de centres de collecte, où les ferrailleurs enregistrés auprès de l'EPA peuvent apporter des matériaux en échange d'un incitant financier, dont le montant est supérieur à la valeur du marché.

Les déchets, une ressource

« Nous organisons aussi des formations, parce que la connaissance liée aux déchets électroniques reste limitée à Accra. Notre plus grand challenge consiste à collecter les matériaux, parce qu'encore aujourd'hui, les ferrailleurs se concentrent davantage sur les pièces qui les intéressent, que sur l'entièreté du produit », reconnaît Vincent Kyere, responsable du ministère ghanéen de l'Environnement, de la Science, de la Technologie et de l'Innovation (MESTI).

Michael Osei Asibey, spécialiste des déchets électroniques et de l'économie circulaire au sein de l'Université Science et Technologie de Kwame Nkrumah (KNUST), explique pour sa part que le nombre important d'acteurs et de lois qui ont vu le jour en la matière complexifie la gestion de la fin de vie des produits électroniques.

En conséquence, la grande majorité des déchets passe sous les radars des institutions officielles.

Michael Osei Asibey, KNUST · spécialiste des déchets électroniques

…finissant donc brûlés en plein air ou revendus sur le marché informel.

Une catégorie « produits reconditionnés »

Au rayon des solutions, le chercheur évoque la mise en place d'une « stratégie de compromis », qui sous-tend la réutilisation des infrastructures du secteur informel pour la filière formelle.

Les déchets sont juste une ressource qui se trouve au mauvais endroit.

…estime Michael Osei Asibey.

Minimise et refurbed rappellent de leur côté que des changements doivent aussi intervenir au niveau des pays qui envoient leurs déchets électroniques au Ghana.

Les lois de l'Union européenne datent d'une époque où les appareils reconditionnés n'existaient pas. Il faut remettre la réutilisation au centre du jeu, en parallèle du recyclage.

Kilian Kaminski, cofondateur de refurbed

On pourrait par exemple envisager de créer une catégorie de produits pour le reconditionné, entre le déchet électronique et le recyclage.

Stefan De Linde, fondateur de Minimise

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