Chapitre 1


L'amour est-il sociétal ?

(amour et mariage, ça va ensemble ? )

Il est vrai qu'il n'est pas logique,
André Rauch est sociologue. Pour lui, l’amour ne serait pas “la grande peur” d’une génération : “Avant la fin du XVIIIe siècle, le droit des familles l’emportait sur tout autre. L’intégrité familiale était préservée au-delà du bien-être de l’individu. C’est d’ailleurs la base de tous les grands drames romantiques. Car l’amour est un obstacle à l’ordre et à l’obéissance aux parents, à Dieu, aux convenances. Avec le siècle des Lumières, l’amour est devenu le pilier du mariage, ce qui était nouveau et important du point de vue sociétal”.


Quand aimer comme on veut rendait hors-la-loi

« Avec le siècle des Lumières, l’amour est devenu le pilier du mariage, c’était nouveau du point de vue sociétal ». André Rauch
Sociologue

Car jusque-là, quand on voulait s’aimer hors des normes, il fallait s’enfuir et se cacher. Progressivement, le regard de la société a évolué, et le sentiment s’est confondu avec son acception charnelle. S’aimer comme on le veut est devenu liberté (à peu près) acquise. “Mais désormais, lorsque le désir s’éteint, on se quitte. Et ça, c’est nouveau dans l’histoire du couple et de la famille. La violence de la séparation est proportionnelle à la violence de l’effondrement du désir.”

De la tolérance à l’hyperconsommation

La “solution” jusqu’à il y a peu était de tolérer l’adultère pour préserver la stabilité de la famille. Mais la pilule passe beaucoup moins bien à l’ère des réseaux sociaux. “Love Me, Tinder ?” Pour André Rauch, la cause du célibat dans les grandes villes serait à chercher du côté de la valorisation de l’individualisme : “Aimer un autre implique de s’aimer un peu moins soi-même.”
D’ailleurs, la mise à distance d’un sentiment “compromettant” ne serait pas si nouveau que ça, selon Charlotte Ledent, psychothérapeute et sexologue : “on est passé de ‘on devra rester ensemble toute notre vie parce qu’on est mariés’, au zapping intempestif. De la résignation dont les valeurs poussaient au moins à travailler la relation, à l’hyperconsommation sans efforts.”

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