La Comté · Quatre Quartiers

Entre qui veut

La Comté

Il n'y a pas de mot de passe ici. Il n'y en a jamais eu.

C'est le seul endroit de ce site où l'on entre sans rien prouver. Aucune porte, aucune énigme, aucun Anneau à porter. Tolkien a passé cinquante ans à écrire des royaumes qui tombent, des serments brisés et des rois qui meurent, et il a placé au centre un pays où il ne se passe rien, où l'on mange bien, et où le plus grand souci de l'année est de savoir qui aura le plus beau potager.

C'est ce pays-là qu'il faut sauver. Pas les tours, pas les couronnes.

Six repas par jour, quand ils peuvent

Ce qu'ils font de leurs journées

Ils n'ont pas d'armée, pas de roi depuis mille ans, et une police de douze hommes dont le travail consiste essentiellement à récupérer des bêtes égarées. Le reste de leur temps est réparti avec un soin remarquable.

Un mot qu'il faut connaître

Les mathoms

Un mathom est un objet dont on n'a pas l'usage mais dont on ne veut pas se séparer. Les hobbits en accumulent des maisons entières, et Grand'Cave en a fait un musée. Le mot vient du vieil anglais máðm, qui voulait dire trésor, don précieux. Il a dérivé jusqu'à désigner un bibelot dont personne ne veut.

C'est une plaisanterie de philologue, et c'est aussi le sujet du livre. Un anneau d'or qui ne sert à rien qu'à disparaître, resté quarante ans dans un tiroir de Cul-de-Sac, était un mathom. Le plus dangereux objet du monde a passé la moitié d'un siècle rangé avec les vieux boutons.

Les anniversaires

Chez les hobbits, celui dont c'est l'anniversaire offre des cadeaux au lieu d'en recevoir. Et il offre souvent des mathoms. C'est une manière élégante de faire circuler ce dont on ne veut plus tout en ayant l'air généreux, et Tolkien en était parfaitement conscient.

Deux inventions dont ils sont fiers

La bière et l'herbe à pipe

La bière du Dragon Vert, à Lézeau, a une réputation qui dépasse les frontières. Le Poney Fringant à Bree en sert aussi, et c'est là que Frodo commet sa seule vraie bêtise du livre : il chante sur une table, il tombe, et l'Anneau lui glisse au doigt devant toute la salle.

Quant à l'herbe à pipe, les hobbits en revendiquent l'invention avec un aplomb total. Merry consacre un passage entier à cette fierté dans les Herbes de la Comté. Saroumane, le plus grand esprit de son âge, en fumait en secret, et Merry le découvre en fouillant les ruines d'Isengard.

Le personnage le plus important du livre

Sam est jardinier

Il ne l'oublie jamais, et le livre non plus. Il porte l'Anneau, il tue une araignée géante, il traverse le Mordor, et la seule chose qu'il emporte de Lothlórien est une boîte de terre et une graine. Galadriel la lui donne en sachant exactement ce qu'elle fait.

Quand ils rentrent, la Comté a été saccagée. Les arbres sont abattus, les moulins crachent une fumée noire, et l'Arbre de la Fête est à terre. Sam ouvre la boîte, replante, et sème la graine à la place de l'Arbre. L'année suivante est la plus belle que la Comté ait jamais connue.

Ce que personne ne dit

La Comté est le seul lieu du livre qui soit abîmé puis réparé. Tout le reste ne guérit pas : les Elfes s'en vont, la Moria reste vide, Fendeval se dissout. Et Frodo, qui a rendu cette réparation possible, n'en profite pas. Il est trop blessé pour vivre là où il a gagné. Il repart, et Sam reste.

Le dernier mot du livre est de Sam. Il rentre chez lui, il s'assoit, sa fille grimpe sur ses genoux, et il dit : « Eh bien, me voilà de retour. » C'est tout. Trois volumes pour en arriver là, et c'est exactement ce qu'il fallait.

Comme toujours

D'où vient tout ceci

Les mathoms et leur étymologie, la coutume des anniversaires, le Dragon Vert, l'herbe à pipe et la revendication de Merry, la boîte de Galadriel, le Nettoyage de la Comté et la dernière phrase de Sam sont tous attestés : le Prologue du Seigneur des Anneaux, les livres I et VI, et les Appendices.

Les collines, la pipe et les jardins de cette page sont des dessins, pas des relevés. Noms selon la traduction de Daniel Lauzon.