Un mélange d’histoire et d’entraide
Institut Saint-Joseph de Carlsbourg | Paliseul & Centre d’Enseignement Saint-Quirin | Huy
Rwanda -Huye
Association : Entraide et Fraternité
Journaliste Ennio Cameriere Reportage
Deux mois avant le départ, les sentiments sont partagés parmi les écoles du sud du pays, aussi bien chez les enseignants que chez les élèves.
Entre peur et excitation, ils sont encadrés par leurs accompagnateurs de l’ONG Entraide et Fraternité. C’est dans les locaux de Fedasil à Sugny, au cœur de la campagne namuroise, que les jeunes de l’école ISJ Carlsbourg et de Saint Quirin de Huy travaillent main dans la main pour accomplir leurs devoirs. Au total, 26 jeunes participeront au voyage vers l’Afrique centrale.
Kigali sous les lumières de la ville
Il est 20 heures et il fait 28 degrés sur les mille collines. La ville brille sur une perspective vallonnée. Comment ne pas entrer directement dans le vif du sujet ? La tension est retombée et laisse place à la curiosité. Les premiers mots qui émergent viennent de Lucien “Il fait chaud ici, je ne m’attendais pas à ça,” dit-il, son chapeau vissé sur la tête.
Tandis que les autres se hâtent de faire leur rituel quotidien, le fameux “Be real” avant qu’il ne soit trop tard. Au milieu du tarmac, sans connexion, la première photo souvenir du groupe est prise. Les Belges sont accueillis par le partenaire local et directeur d’Aprojumap, Cyprien, connu des encadrants, qui rappelle les consignes de sécurité en raison des tensions actuelles aux frontières. Une bonne nuit de repos est essentielle. Mais il faudra patienter : les routes rwandaises sont différentes de celles du plat pays dont ils sont originaires.
Il est temps de comprendre
À l’auberge où séjournent les élèves belges, le réveil sonne. Le Rwanda et la Belgique partagent une histoire commune et sombre. Les élèves découvriront cette période au mémorial des dix paras belges assassinés au début du génocide perpétré contre les Tutsi, il y a 30 ans. Le départ se fait dans le van assigné, où les deux écoles commencent à se mélanger et créer des liens.
Le calme règne, les élèves sont attentifs et touchés par la visite faite en français. La sensibilisation est particulièrement marquée par le fait qu’ils soient eux aussi belges. “Je trouve ça choquant qu’on voit autant les impacts de balles, il y en a eu énormément, ça a dû être horrible pour eux,” explique Hugo. Kigali derrière eux, c’est vers Huye, anciennement Butare, que l’aventure se poursuit. Demain, une rencontre avec les familles paysannes du district est au programme.
Une immersion face aux défis des inégalités mondiales
Sur les routes sinueuses, le Gunners (nom du van) excelle, encouragé par les chants des élèves : “JC, si t’es champion, appuie sur le champignon.” Un travail intense les attend, à la campagne, où les habitants munis de houes, et râteaux, s’activent déjà. Mais aussi, les élèves de l’école de Mutunda : avec eux ils travailleront afin d’apprendre ensemble les différentes méthodes de travail utilisées par les habitants du district.
“Aprojumap à été créée sur base d’un esprit scout.”
Eugène, Ex-responsable de Aprojumap.
“Aujourd’hui, vous apprendrez à travailler en binôme. Les habitants vont vous montrer comment utiliser les outils, essayez de ne pas vous faire mal,” explique Cyprien, le sourire aux lèvres, Le but est de creuser des tranchées afin de permettre à l’eau d’arriver jusqu’au village.” Avec un anglais approximatif, Belges et Rwandais échangent des conseils pour travailler efficacement, sous les yeux ébahis des dizaines d’enfants du village, curieux de voir s’ils exécutent correctement les tâches demandées.” Ça me fait bizarre de me faire comprendre avec des gestes, mais bon, ça a l’air de fonctionner”, explique Claire, les mains pleines de terre.
“Tu vois, c’est à partir de là que le véritable travail de compréhension peut débuter pour eux : collaborer avec des élèves de leur âge venant d’un autre pays, malgré la barrière de la langue”, ajoute Dolores, responsable de l’ONG Belge.
La musique et le foot pour décompresser
”C’est “ouf “comment ils dansent ici, je ne vais pas aller avec eux, je vais me ridiculiser.” C’est en musique que les habitants du village font leurs adieux aux groupes. Un message de force et de courage émane de leurs danses. Fiers de leurs journées, le “be real” n’est plus un impératif quotidien. Tout en tapant des mains, les Belges rechargent les batteries en pensant au lendemain. “Attends, mais la terre qu’on a utilisée pour faire les briques, ça va vraiment tenir, sérieux ?” finira par demander Igor. C’est en terrain hostile que la cohésion bat son plein à “l’extérieur”, dans le jargon du ballon rond. “J’espère qu’on ne va pas se faire exterminer,” lâche Eliott au milieu d’un terrain de terre, quelques minutes avant le match. Belgique-ES Mutunda. La partie se déroule sous les cris de cent cinquante supporters présents. “C’est un évènement qu’on aime beaucoup et qu’on organise chaque année entre Belges et Rwandais. Il y a quand même cette cohésion dans la rivalité. On espère continuer ce genre de rencontre chaque année”, explique Cyprien. Nos Diablotins sortent victorieux, les Rwandais reviendront prendre leur revanche avec une équipe plus expérimentée.
“C’était incroyable de jouer devant autant de monde et dans un cadre magnifique. On était hyper soudés, le groupe était solidaire” nous explique Pierre Alexandre, professeur d’éducation physique de Huy.