Des découvertes surprenantes qui vous font changer
Collège Technique Saint-Henri | Mouscron
Association : DBA (Défi Belgique Afrique)
Bénin - Abomey
Journaliste : Simon Legros -Reportage
Quinze élèves du Collège Saint-Henri de Mouscron sont partis au Bénin, et plus précisément à Abomey, pour vivre le projet Move With Africa.
« On a deux groupes formidables. Il y a toujours cette crainte qu’ils ne se mélangent pas tout de suite. Mais dès la première rencontre avec le jeu de découverte, on a tout de suite senti qu’il y avait quelque chose qui collait entre les jeunes. Ils ont échangé naturellement et sans devoir se forcer”.
C’est particulièrement ravi que Jérôme, responsable de l’ONG ALDIPE au Bénin, nous décrit le début de cette aventure “Move” entre correspondants belges et béninois. Six futures aides familiales, trois aides-soignantes, deux menuisiers et quatre électriciens du Collège Saint-Henri de Mouscron ont en effet entrepris le grand voyage vers le Bénin afin de partir à la rencontre de l’autre.
“Peur de ne pas arriver à m’adapter”
Aïcha, représentante de l’ONG DBA (Défi Belgique Afrique) en Belgique, est comme son homologue Jérôme très confiante : “Nos 15 jeunes ont été formés tout au long de l’année à travers des ateliers portant sur diverses thématiques telles que l’environnement ou la migration. Avec ce séjour d’immersion de deux semaines, ils peuvent réellement prendre conscience des réalités que l’on a évoquées durant les formations.” Un voyage pas facile pour autant. “J’avais peur de ne pas arriver à m’adapter”, confie ainsi Maxence, l’aîné du groupe belge du haut de ses 23 ans. “Ce fut dur les premiers jours de par le manque de communication (les jeunes étaient privés de leur GSM durant le séjour, NdlR), la distance, le dépaysement. Mais maintenant ça va mieux”. Lolita (20 ans) indique pour sa part avoir été marquée par la pollution : “Il y a des déchets partout. Cela m’a choqué en arrivant. Mais en en parlant autour de moi, je commence à comprendre certaines choses et à éviter de tomber dans le jugement.”
Une immersion métiers et des réalités différentes
À Abomey, dans le sud du pays, les jeunes Belges ont la chance d’avoir des correspondants de leur âge qui, eux aussi, ont opté pour l’enseignement professionnel, au sein du CFPA (Centre de formation professionnelle d’Abomey, NdlR). Cela va permettre de confronter les réalités des différents métiers. Pour Nicolas, Kylian et leur professeur de menuiserie Jonathan qui les accompagne, c’est une aubaine. L’espace d’une matinée, ils ont en effet pu aller visiter une menuiserie en ville.
“C’est incroyable ce qu’ils arrivent à faire à mains nues, alors que nous, on le fait avec des machines très précises”
Maxence, élève du collège Saint-Henri de Mouscron
Et le choc fut direct. “Ils ne portent même pas de chaussure ni des gants de protection lorsqu’ils utilisent la scie circulaire”, témoigne Kylian. “Outre la sécurité, en Belgique, on insiste aussi beaucoup sur le côté rangement et propreté du lieu de travail, ce qui n’est pas la priorité ici”, ajoute Nicolas. Loin de dénigrer le travail local, les trois Belges s’accordent néanmoins sur une chose : “Avec le matériel qui est à leur disposition, franchement, ils font un très beau travail.” Du côté des quatre électriciens, on a pu assister à des cours pratiques au sein du centre de formation. Et même son de cloche que pour les menuisiers en herbe, la sécurité les a marqués. “Ils font des choses qui ne sont pas dans les normes chez nous”, explique Jonathan. “Pour faire tourner un moteur, ils vont utiliser trois éléments là où chez nous on en aura qu’un seul avec tout dedans.” Maxence a également été marqué par le matériel à disposition : “Pour eux, ce sont sûrement des outils récents mais chez nous, ils sont dépassés. En Belgique, tout est plus automatisé.” Le jeune homme se dit par contre impressionné par le résultat final : “C’est incroyable ce qu’ils arrivent à faire à mains nues, alors que nous, on le fait avec des machines très précises”.
Comprendre avant de juger
À l’image de cette immersion métiers, et de ce constat que les Béninois s’en sortent finalement très bien avec ce qui est à leur disposition, tout le séjour a été utile au niveau de la déconstruction des préjugés. Un cas a par exemple marqué plusieurs élèves belges : celui d’un professeur local qui a menacé de frapper un enfant pendant son cours. Lors du débriefing de fin de journée, le fait a été débattu en groupe. “Le professeur ne gifle pas, c’est une façon en Afrique de menacer”, explique ainsi Joël, un bénévole béninois. “Mais on peut trouver cela choquant, un peu comme quelqu’un de chez nous trouverait choquant le manque d’autorité de certains parents en Belgique sur leur enfant”. Au final, ce voyage aura été un bel accomplissement. Comme le résume Sarah, “il est important de s’ouvrir sur le monde” et cela “peut vous faire évoluer dans la vie”. C’est le cas d’Ilona, qui confie qu’elle pouvait avant s’emporter pour un rien mais qui, à présent, est beaucoup plus calme.