On a pu retirer nos lunettes d’Européens

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Institut Sainte-Ursule | Namur

Association : Asmae

Togo - Kougnohou

Journaliste : Raphaël Meulders





Six filles de l’Institut Sainte-Ursule de Namur ont vécu un véritable choc culturel dans la région des plateaux au Togo

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Girls power. Les sœurs jumelles Gaëlle et Louise, Laura, Lola, Valentine et Amandine sont les six élèves de l’Institut Sainte-Ursule de Namur à être parties, en avril dernier, au Togo avec l’association Asmae. “Nous avons eu deux désistements de dernière minute pour des raisons de santé et administratif, explique Virginie, l’une des professeures ayant accompagné le groupe. Mais sur place, il n’y a eu aucun pépin. L’expérience a été extraordinaire”. Arrivées à Lomé, la capitale du Togo, les Namuroises auront rapidement vécu un choc culturel, en découvrant le travail de l’association Alafia Jeunes qui lutte pour les droits des femmes dans le pays. “Les mariages forcés et les excisions existent toujours au Togo, explique Yolande d’Asmae. Dans les régions plus reculées du Nord, il n’est pas rare que des filles de douze ans soient obligées de se marier avec des personnes âgées”.

Pratique de veuvage

Il existe aussi encore des pratiques de veuvage. “Lorsqu’une femme perd son mari, elle subit toute une série d’épreuves afin de déterminer si elle est coupable ou non de la mort de son époux. La plupart du temps, elle doit se marier avec le plus jeune frère de son défunt mari”. Berthe Tatey, qui dirige Alafia, tente ainsi avec ses équipes de convaincre les chefs traditionnels de village de changer ces pratiques. Autour d’un feu, les jeunes Belges auront, elles, eu des débats enrichissants avec leurs homologues togolais sur les questions du mariage, du consentement ou encore de la répartition du ménage entre homme et femme.

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“L’impression d’être Philippe et Mathilde”

Après deux jours à Lomé, les Namuroises partent encore un peu plus à l’aventure. Direction Kougnohou, dans la région des plateaux, au centre du Togo. Le groupe est éreinté après six heures de route. Mais l’accueil incroyable reçu par les habitants est le meilleur des remontants. “On avait l’impression d’être le roi Philippe et la reine Mathilde”, sourit Yolande. Comme le veut la coutume, les élèves se présentent aux autorités locales, la police mais aussi aux chefs traditionnels de village, avant leur installation dans le centre de formation construit par Asmae et Alafia. Ici, on forme à des métiers de couture ou de coiffure. On sensibilise aussi à la citoyenneté. Sur place, les conditions de vie sont spartiates. Pas d’eau courante, les filles dorment dans un dortoir. Elles vivent 24h sur 24 avec leurs correspondants togolais. “Il y a beaucoup de choses qui se passent dans ces moments informels, poursuit la responsable d’Asmae. Pas de téléphone non plus, mais une page Facebook est régulièrement alimentée pour rassurer les parents.

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“Elles ont vaincu leurs peurs, en prenant notamment la parole en public”
Virginie

Professeure à l’Institut Sainte-Ursule

Un vidéaste bénévole suit aussi le groupe qui participe à différents chantiers de peinture et de maraîchage, “une porte d’entrée vers l’essentiel” : la rencontre avec l’autre. Les différences culturelles sont nombreuses avec les Togolais. “Nous avons été bousculés”, relate Yolande. Mais les formations préalables à ce voyage ont aidé les étudiantes à bien réagir durant ces moments où elles ont parfois été choquées. Comme par rapport à la place de la femme, lors de discussions avec certaines personnes rencontrées, ou le traitement des animaux par exemple. “On a pu retirer nos lunettes d’Européens, poursuit Virginie. Les filles n’ont pas jugé tout directement. Elles ont absorbé les informations en essayant de comprendre le contexte, très différent de la Belgique. Puis le soir, on en discutait entre nous. Chacun exposait son ressenti, ses impressions”.

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Séances de météo des émotions

Ces séances régulières de “météo” des émotions auront aussi permis de désamorcer très vite les petites tensions qu’il y aurait pu avoir au sein du groupe. “Certaines élèves ont mis un peu plus de temps à lâcher prise, à comprendre qu’il ne servait à rien de s’énerver et qu’on devait parfois attendre trois heures au bord de la route si on crevait un pneu de voiture, relate Mélissa, une autre professeure ayant accompagné les élèves. Mais une fois ce lâcher-prise acquis, elles ont profité à 200 % de cette expérience”.

C’est notamment le cas de la jeune Laura, plutôt introvertie et craintive au début du voyage, qui s’est complètement transformée au point d’être la première à se présenter pour danser ou chanter devant tout le monde. “Elle ne voulait plus quitter le Togo”, insiste Mélissa. De manière générale, tout le monde a changé positivement.. Je vois les filles, elles ont la banane, le sourire tout le temps. Je suis fière d’elles. Elles ont été courageuses. Elles ont vaincu leurs peurs, en prenant notamment la parole en public. Cette confiance acquise va les aider dans leurs futures vies professionnelles”. Mélissa est bien placée pour savoir que ce genre d’expérience peut changer le cours d’une vie. “C’est après un voyage de ce type au Burkina Faso, quand j’avais 17 ans, que j’ai eu envie d’être professeure. Aujourd’hui, cela me motive plus que jamais à continuer cette expérience Move With Africa au sein de l’Institut Saint-Ursule”.