Se découvrir, à la fois différent et semblable
Collège Don Bosco | Woluwé-Saint-Lambert (Bruxelles)
Association : Africapsud
Journaliste : Raphaël Meulders -Reportage
Onze élèves bruxellois, âgés de 15 à 17 ans, ont vécu une expérience d’immersion dans un Bénin traditionnel.
Le marchandage dure depuis plusieurs minutes. “Ces patates douces pour 500 francs CFA ?”, demande Nathan. “Non, répond la vendeuse avec un sourire. Ce sera 1000 francs”. Nous sommes en plein cœur du marché de Comé, petite ville du sud-Ouest du Bénin, située à 60 km de la capitale Cotonou. Sous une chaleur étouffante Nathan, Louison, Coraline et Charles ont un budget plutôt serré pour acheter les ingrédients nécessaires à la préparation du repas. Le quatuor est au Bénin depuis quatre jours, tout comme les sept autres élèves de cinquièmes et sixièmes humanités du Collège Don Bosco de Bruxelles, à savoir Pauline, Zoé, Romane, Marine, Logan, Maxime, Sophia. Un groupe qui est encadré par les éducateurs Baptiste et Louis, ainsi que Pierre et Israël de l’association Africapsud. Les Belges sont ici pour deux semaines, avec pour objectif de découvrir une autre façon de vivre et d’échanger un maximum avec leurs correspondants béninois, du même âge qu’eux.
Loin des téléphones portables
Malgré le stress lié à un vol initial annulé en toute dernière minute, le groupe a trouvé ses marques en terres bernoises. “J’avais quelques appréhensions par rapport à la rencontre avec nos correspondants, mais au final ils sont très accueillants, explique Logan. Même les plus réservés d’entre eux sont très sociables. Pour l’instant, je donne un dix sur dix à ce voyage le seul point négatif est cette chaleur accablante”. Loin des téléphones portables, les jeunes ont enchaîné les jeux avec leurs correspondants. “Être déconnectée, c’est la meilleure des expériences, explique Marine. On vit à fond en faisant pleins de choses qu’on n’aurait jamais faites en voyageant avec un téléphone. Cela nous permet d’aller plus facilement vers les autres. Je partirai désormais sans téléphone pendant les vacances !, promet l’ado qui parle d’un voyage qu’elle retiendra toute sa vie.
Des débats et un apprentissage mutuel
Le choc culturel est là. Il se marque, notamment au cours de débats entre Béninois et Belges sur l’homosexualité, le mariage pluriel (“les filles du groupe ont demandé pourquoi elles ne pouvaient pas avoir plusieurs maris”, explique l’éducateur Louis) ou la place de la femme. “Mais on a aussi beaucoup de choses en commun, insiste Zoé. On écoute la même musique et on adore jouer au foot”. L’adolescente explique avoir reçu une leçon de vie en côtoyant les Béninois. “Ils ont toujours le sourire, alors que leurs conditions de vie ne sont pas toujours faciles. Nous, on a tendance à se plaindre pour un rien… Cela fait réfléchir sur nos comportements.” Guilbert, natif de Comé, a été surpris par la chaleur de ses nouveaux amis belges. “Ils m’ont aussi expliqué qu’en Belgique, on ne distribuait plus de sachets plastiques. J’essaie de faire attention ici aussi en sensibilisant les gens à ne plus les jeter en pleine rue.”
Être déconnectée, c’est la meilleure des expériences. On vit à fond en faisant fait pleins de choses qu’on n’aurait jamais faites en voyageant avec un téléphone.” Marine
élève du Collège Don Bosco de Bruxelles
Retour au marché de Comé. Les jeunes Belges ont finalement trouvé un terrain d’entente avec la vendeuse. Ils traversent la place où jonchent des statuettes et des carcasses d’animaux destinées aux cérémonies vaudou. La région est réputée pour la pratique de ce culte ancestrale. On sent l’endroit imprégné de traditions. Les Bruxellois auront ainsi l’occasion d’assister à une cérémonie vaudoue et de visiter la capitale mondiale de ce culte, Ouidah, à une vingtaine de kilomètres de leur lieu de résidence temporaire. Autre moment mystique : celui de la visite d’une forêt sacrée, remplie de singes. “Nos jeunes se sont posé pas mal de questions par rapport à ce côté magique du vaudou, explique Louis. “On a découvert la richesse culturelle de l’Afrique, que peu connaissent en Europe.”
Des frites pour les Béninois
Autre découverte : celle de différents métiers locaux. Coraline s’essayera à la soudure, Nathan et Maxime à la menuiserie, tandis que Louison s’improvisera cuistot dans un restaurant local et Logan deviendra à la fois coiffeur et couturier d’un jour. On retrouve plusieurs de ces formations au Carrefour jeunesse Afrique (CJA) de Comé, lieu incontournable pour une bonne partie des jeunes de la ville. “Cela a été une belle découverte dans nos différences et dans nos ressemblances”, résume Louis à la fin du voyage. Selon lui, “trois ou quatre élèves” auront été transformés par cette expérience. “Pour les autres, on sait qu’une petite graine a été germée dans le cerveau et qu’elle ne demande qu’à éclore. Les élèves ne savaient pas à quoi s’attendre. ils sont revenus avec pleins d’histoire dans la tête, dans les yeux. Ils sont encore en train de le digérer”. Une bonne digestion, c’est aussi ce que Logan promet à certains des correspondants béninois qui viendront rendre visite à leurs amis belges en août prochain. “J’ai très envie de leur faire goûter un paquet de frites avec des fricadelles”, s’exclame l’élève de Don Bosco.