Julien Penders, 32 ans,
co-fondateur et CEO de Bloomlife

Julien Penders, que nous retrouvons autour d'un plat de sushis au centre de San Francisco, peut être qualifié de «grosse tête». En juin 2014, quand il débarque à San Francisco, il a déjà derrière lui un parcours brillant. Sorti de l'Université de Liège en 2004 avec un diplôme d'ingénieur civil, il traverse une première fois l'Atlantique pour s'installer à Boston, où il décroche un "master" en ingénierie biomédicale. De retour en Belgique, Julien Penders rejoint l'Imec, à Louvain, centre interuniversitaire de recherche et développement en micro-électronique et nano-technologies. Il y restera jusqu'à son départ pour la Silicon Valley. «En 2008, j'ai créé, au sein de l'Imec, un groupe de recherche sur les technologies des wearables, c'est-à-dire des objets connectés portables, dans le domaine de la santé et du bien-être. L'équipe a rassemblé jusqu'à 35 personnes».

C'est à cette époque qu'il fait la connaissance d'Eric Dy, qui travaille comme "business developer" pour le compte de l'Imec sur la côté Ouest des Etats-Unis. «Pendant 3 ans, on a travaillé en tandem: Eric à San Francisco et moi en Belgique". Le déclic de leur collaboration surviendra lorsque la femme de Julien tombe enceinte de son premier enfant. «Je me posais plein de questions sur le suivi de sa grossesse. Les sources d'information, en fait, étaient assez limitées. L'idée a alors germé de donner aux femmes enceintes des outils leur permettant de suivre elles-mêmes l'évolution de leur grossesse»..


Bloomlife Inc. verra le jour en janvier 2014. Le premier "wearable" développé par Bloomlife, «Belli», se compose d'un capteur et d'un patch. Il permet de détecter les contractions et d'en communiquer les caractéristiques via une application mobile.

Belli est manifestement né sous une bonne étoile: en 2015, le projet fut sélectionné parmi 2000 autres pour participer à l'Extreme Tech Challenge organisé par le milliardaire britannique Richard Branson. «Nous étions dix à avoir été retenus pour 'pitcher' (présenter une start-up, NdlR) à Las Vegas et, ensuite, seulement trois à Necker Island (île privée de Branson située dans les Caraïbes, NdlR), raconte Julien. Je m'en souviens très bien car le pitch final se déroulait en février 2016, un mercredi. La veille, ma femme a accouché de notre première fille! Eric s'est donc rendu à Necker Island seul pour pitcher. Et on a gagné le concours!».

«On a environ 1300 clientes. Cela peut paraître peu mais nous sommes sur un marché nouveau où il faut bâtir une confiance avant de pouvoir grandir.»

C'est à cette époque-là que Bloomlife effectue les premiers tests de "Belli" auprès de 500 utilisatrices, ainsi qu'une levée de fonds de 4 millions de dollars. Au total, Bloomlife a déjà levé 6 millions de dollars, avec quelques noms prestigieux dans le tour de table, comme Marc Benioff, le fondateur de Salesforce, et plusieurs fonds de capital à risque américains (LanzaTech Ventures, The Chernin Group, Kapor Capital et Act One Ventures). Meusinvest et LeanSquare figurent aussi parmi les premiers investisseurs de la start-up belgo-américaine. Bloomlife a en effet un pied de chaque côté de l'Atlantique. «Nous sommes 7 à San Francisco, dont Eric et moi, ainsi que cinq collaborateurs en charge du marketing, de la logistique, du support, de l'analyse de données. Et il y a huit personnes en Belgique qui s'occupent de la recherche et développement, de même que des tests cliniques».

La commercialisation a débuté aux Etats-Unis au printemps dernier. «On a environ 1300 clientes. Cela peut paraître peu mais nous sommes sur un marché nouveau où il faut bâtir une confiance avant de pouvoir grandir». La plus grande fierté de Julien Penders et Eric Dy, à ce jour, est d'avoir eu un impact concret sur la santé de plusieurs clientes. «La semaine dernière, nous confie le Liégeois, l'application a signalé à une utilisatrice un changement brutal de paramètres. Elle s'est rendue aux urgences où on a détecté une rupture utérine, ce qui peut avoir des conséquences catastrophiques pour la mère et son enfant. Grâce à cette alerte, elle a pu être prise en charge directement». Bloomlife espère aussi pouvoir se développer en Europe. Grâce à des subsides de 2,3 millions d'euros qu'elle vient d'obtenir, la start-up va pouvoir entamer, en 2018, des essais cliniques (notamment au CHU de Liège et à Hasselt). «Si on parvient à démontrer que notre capteur permet de prolonger la vie prénatale, il pourra être considéré comme un "medical device", ce qui est essentiel pour sa reconnaissance en Europe comme aux Etats-Unis et, au-delà, pour l'impact de son utilisation sur les dépenses dans le domaine des soins prénataux».

©LaLibre.be 2017 - Reportage Silicon Valley By LaLibre.be