Les terrifiants tunnels de la guerre du Vietnam

Introduction

Des centaines de kilomètres sous terre dans des boyaux humides et obscurs de 60 centimètres de haut sur 50 centimètres de large. Des bambous empoisonnés, des scorpions jaillissant des pièges, le souffle de l’ennemi, des grenades dégoupillées, des serpents qui surgissent. Vous n’êtes pas claustrophobe et vous aimez l’histoire ? Direction l’Asie, le Vietnam et les tunnels de Cu chi.

Durant cette guerre qui mit aux prises la République démocratique du Vietnam (au nord et communiste) alliée au Front national pour la libération du Vietnam ou FLN (force armée communiste du sud du pays) face au sud non-communiste (soutenu par les Américains), un réseau de galeries sans précédent fut construit pour désarçonner la plus puissante armée du monde. Jamais les Américains n’arrivèrent à détruire ces tunnels malgré les bombardements, le napalm et les défoliants.

Le témoignage d’un sergent de l’armée américaine relaté par les auteurs du livre «Les tunnels de Cu Chi» en dit long sur les difficultés qu’ont rencontrées les GI’s face à ces milliers d’hommes cachés.

«Il avait brillé dans toutes les courses d’entraînement qu’il avait effectuées dans la jungle. Il était très musclé, très fort, il tolérait la chaleur, l’humidité sans se jamais se plaindre. A Hawaï lui et ses collègues s’étaient entraînés pour le type de conflit que les Gi’s avaient connu en Corée. Personne ne lui avait rien dit concernant les tunnels. Il prétendait être le chasseur mais en réalité il savait qu’il était chassé.»

LaLibre.be s’est rendue au Vietnam et propose de vous faire visiter ces tunnels qui inspirent aujourd’hui les membres du Hezbollah, du Hamas et autres groupes armés. Le temps d’une lecture mettez-vous dans la tête des Tunnels Rats: ces soldats américains lancés à la poursuite de 16.000 « taupes humaines ».

La guerre du Vietnam pour les nuls

Aucune guerre ne marqua autant profondément les Américains que celle du Vietnam. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: environ 50.000 soldats morts et 300.000 blessés du côté américain, entre 500 000 et 1.200.000 vietnamiens décédés au nord et au sud du pays. Un carnage. Sans oublier les soldats suicidés, les récoltes ruinées et les victimes handicapées de l’agent orange. Pour quoi ? La pire déroute militaire du pays de l’Oncle Sam. Chronologie.

Chapitre 1.

Les tunnels Cu Chi, un réseau stratégique majeur

Face à la supériorité technologique et logistique américaine, le Vietcong (nom péjoratif donné au FLN) a très vite compris l’utilité d’utiliser la vie souterraine. Ce n’était d’ailleurs pas la première fois que les Vietnamiens utilisaient cette technique dans la mesure où de telles artères furent déjà construites et empruntées par le Vietminh, la milice qui combattait les Français durant la guerre d’Indochine. Les journalistes Tom Mangold et John Penycate dans leur ouvrage consacré au sujet et intitulé «Les tunnels de Cu Chi » évoquent ainsi l’exemple d’un combattant du FLN habitué dès son plus jeune âge à errer dans ces artères. «Thuan n’avait jamais connu son pays en paix. Son père avait combattu les Français dans des tunnels similaires à ceux de Cu Chi quand il était enfant. Thuan eut le droit lors de sorties occasionnelles de jouer au soldat avec ses camarades».

Habitués des tunnels, les Vietnamiens avaient, en outre, une morphologie qui leur permettait de déambuler facilement dans ces tunnels très bas (0,60 à 1,10 m de hauteur) et très étroits (0,50 à 0,70 m de large). Plus, en tout cas que les imposants GI’s surentraînés (Voir chapitre 2). Un avantage de taille.

Triangle de fer

Les tunnels de la guerre d’Indochine ne sont en fait que les prémices du réseau énorme qui s’est développé durant la guerre contre les Américains et dont Cu Chi et le Triangle de Fer sont les meilleurs exemples. Cette région située à environ 70 kilomètres au nord de Saigon (devenue Ho Chi Minh City) et bordée par la rivière Saigon fut choisie pour sa proximité avec la capitale du sud et pour la qualité de son sol. « Le sol est limoneux facile à creuser mais résistant », explique à ce propos Jérôme Triolet, spécialiste du monde souterrain. Les Vietcong ont réussi à creuser ces galeries avec des outils agricoles comme des houes (pioches). La roche était ensuite évacuée à l’aide de paniers en osier, et reversée dans des trous d’obus ou dans la rivière. Pour les construire, ils faisaient deux puits à environ 10 mètres d’intervalle, deux équipes creusaient pour s’y rejoindre à la moitié. Ils se guidaient grâce au bruit des pioches. Il y avait deux équipes par puits. Chaque équipe pouvait creuser 7 mètres de tunnel en une nuit. Une récompense était prévue pour les meilleurs: un drapeau rouge pour l’équipe qui avait le plus creusé ».

Au total, la zone abrita entre 200 et 300 kilomètres de souterrains par lesquels 16.000 « soldats-taupes » transitèrent. Les tunnels de Cu Chi ont bien évidemment eu un rôle militaire très important durant le conflit. Grâce à ces entrailles, les combattants purent circuler à travers le Sud-Vietnam en toute discrétion à différents points stratégiques sans pratiquement jamais se faire voir. Les entrées, de petites trappes camouflées, étaient très compliquées à trouver. Comme en témoigne cette photo, il ne fallait pas être bien épais pour s’y engouffrer.


Photo d’une trappe d'entrée camouflée.


Armes, nourriture et … accouchements

Des armes, des hommes, du matériel, de la nourriture ont transité par ces entrailles avec comme point d’orgue l’offensive du Têt en janvier 1968. Cu Chi servit de base de départ à cette une opération durant laquelle des milliers de soldats attaquèrent plusieurs villes stratégiques du sud. Initiative qui sapa le moral des troupes américaines.



Dans ces tunnels, tout un petit monde s’organisait, comme dans un immeuble à différents niveaux. Sur leur site, Jérôme et Laurent Triolet, deux frères spécialisés du monde souterrain, décrivent bien la complexité et la richesse de ce « terrier géant ». «Ce réseau de tunnels rejoignait à l’extérieur des tranchées et des postes de tir. Les longues et étroites galeries donnaient également accès à des salles semi-enterrées dans lesquelles les vietcong séjournaient. Elles servaient de cuisines, de dortoirs, de salles de réunion, d’infirmeries ou de salles d’opération. Au niveau le plus bas, les couloirs conduisaient à des salles totalement souterraines. Ces salles, plus petites et plus résistantes, étaient utilisées comme abris contre les bombardements ; les maquisards y entreposaient également nourriture, armes et munitions».


organisation typique d’un tunnel vietcong entre 1960 - 1970

Les tunnels ont ainsi servi aux maquisards mais également à tous les civils qui se protégeaient des bombardements et des différentes tentatives américaines visant à éradiquer ces galeries. L’ouvrage «Les tunnels of Cuchi », relate la vie du docteur Vo Hoang Le, qui dirigeait un hôpital de fortune souterrain dans lequel il réalisa des amputations sans anesthésie, des accouchements , des transfusions sanguines ou une chirurgie du cerveau… à la perceuse électrique.

La vie dans les tunnels était qui plus est loin d’être facile. La claustrophobie, les maladies (notamment la malaria), le manque de nourriture et d’air rendait la vie très compliquée. D’autant que certains maquisards passaient parfois deux semaines sous terre dans les pires moments du conflit. «Ils devaient être dans un état physique épouvantable en sortant, assure Jérôme Triolet. Il y avait tout un système d’aération composé de tuyaux reliés à la surface. Ces tuyaux étaient vraiment petits pour ne pas dégager de chaleur, pour éviter que les systèmes infra-rouge américains ne les repèrent».

A lecture du chapitre 2, force est de constater que l’opération fut plus que réussie…

Un hélicoptère américain épand de l'agent orange dans les champs

Chapitre 2.

L'armée US, un géant aux pieds d'argile

«Personne n’a démontré plus d’habilité pour cacher ses installations que les Vietcong, ce sont des taupes humaines.» Les propos du Général Wiliam Westemoreland qui commandait les forces américaines au Vietnam de 1964 à 1968 résument parfaitement le caractère redoutable de l’ennemi. Rien ne sera épargné aux Yankees. Pour preuve, le principal camp de base US de cette région surnommée « Triangle de fer » fut installé… au-dessus du réseau de galeries vietnamiennes à Ben Cat. Pendant plusieurs mois, des membres d’une division d’infanterie se firent attaquer durant la nuit dans l’incompréhension et la stupeur générale.

Si l’histoire sanglante et son épilogue douloureux pour les Américains sont connus, les secrets de l’enfer sous-terrain renferment des anecdotes évoquant un purgatoire innommable.

De l’agent orange à la zone overkill

Les Américains usèrent de toutes les armes chimiques envisageables pour littéralement raser cette région stratégique. Mais ni les défoliants (via « l’agent orange » destiné à détruire les rizières et à priver les Vietcong de ressources), ni l’arrosage massif d’essence et de napalm, ni le largage de B-52 ne suffirent à anéantir l’ennemi retranché dans son terrier.

Photo soldat dans les tunnels

L’État-major dut alors se résoudre à solliciter des groupes d’élites nommés « Tunnel rats », chargés d’aller faire le ménage à l’intérieur des entrailles de Cu Chi. « La majorité des Tunnel Rats étaient des Sud-Américains de petite taille qui étaient exclusivement volontaires», assure Jérôme Triolet. Il n’était pas facile de trouver des Gi’s assez petits, fins et surtout prêts à descendre six pieds sous terre.

Alors qu’ils étaient censés être chasseurs, ces combattants vont se révéler être les chassés. « Presque rien n’était à leur avantage dans ces tunnels. Chaud le jour, froid et humide la nuit. Ces tunnels entraînaient des crises de claustrophobie, de la peur, de la fatigue physique », relatent John Penycate et Tom Mangold dans leur livre.

Armées d’un arsenal minimal (une lampe, un couteau, un Colt 45…), les taupes de l’Oncle Sam tombèrent sur un os. Les Vietcong aménagèrent, en effet, de nombreux pièges qui font froid dans le dos: boîtes remplies de scorpions, bambous empoisonnés, fils reliés à des grenades, rats énormes, frelons, serpents… Tout jouait contre eux sans compter l’éboulement des tunnels.


Présentation d'un « Booty trap »

Aucune des opérations, dont la plus connue l’opération Cedar Falls mobilisa 30.000 hommes le 8 janvier 1967, n’arrivèrent à bout des tunnels, de la région et de sa population.

Une brigade canine fut même appelée à la rescousse : des bergers-allemands furent dressés pour débusquer les Vietcong. Une nouvelle fois, ces derniers trouvèrent la parade en dispersant du poivre ou en se lavant avec du savon américain pour leurrer les cabots.

Excédés par tous ces échecs, les Américains passèrent en mode « Overkill ». Les GI’s étaient ainsi autorisés à faire usage de leurs armes sans sommation au moindre mouvement suspect. Sans succès…

Comme le rappelle l’ouvrage de Penycate et Mangold, « la bataille de Cu Chi incarne l’horreur, la bravoure mais aussi l’endurance de la lutte vietnamienne ». Confronté à tous ces assauts, de nombreux guerriers (au moins 10.000 sur 16.000) périrent dans ces tunnels. Un courage qui valut aux villages et aux combattants de Cu Chi d’être officiellement anoblis de la mention « héroïque » par le gouvernement.




Les "tunnel rats" au cinéma

La souffrance de ces commandos a été adaptée au cinéma. Notamment dans Platoon d’Oliver Stone (1986) ou dans Tunnel Rats d’Uwe Boll (2008), qui illustrent à leur manière l’horreur endurée par ceux qui osèrent s’aventurer dans ces tunnels.

Des soldats américains durant une opération.

Chapitre 3.

Cu Chi : lieu historique reconverti en parc d'attraction

Les jambes brûlantes, les cerveaux en ébullition, le souffle court. Avec un groupe comptant une vingtaine de touristes, nous venons de nous extraire d’une section d’à peine quelques dizaines de mètres de ces terrifiants tunnels. Ici, pas de pitié pour les « claustros » malgré le fait que ces tunnels aient été remodelés pour faciliter la mobilité des touristes « format XL » (1,20 m de haut sur 0,80 m de large). A voir notre fébrilité et notre joie de ressortir de ce sous-sol après seulement 2 minutes de spéléo, on imagine trop bien l’angoisse des hommes qui ont passé des heures, des jours voire des semaines dans ces boyaux. «A l’époque, la hauteur était réduite de moitié et ils rampaient sur le ventre», rappelle d’ailleurs à ce sujet notre guide du jour.

Certains écarquillent les yeux, d’autres ne pensent qu’à se ravitailler. Le clou de la visite du site de Cu Chi marque les corps autant que les esprits mais ne révèle qu’un ersatz de l’inimaginable quotidien des combattants de l’époque.


Visite des tunnels par des touristes.

Les vestiges de cette zone que d’aucuns considèrent comme « la plus bombardée, gazée ou encore dévastée de tous les temps par la guerre » se situent à quelques dizaines de kilomètres de la plus grande métropole du pays : Ho Chi Minh. Deux heures de bus mais un saut de plusieurs années dans l’horreur de l’histoire du pays. Le district de Cu Chi est reculé mais ses routes sont bondées de touristes et beaucoup d’Américains… Evidemment.

Arrivés sur le site de Ben Duoc, un mot traverse l’esprit. Lourdeur. Par le poids historique et l’inqualifiable massacre qui s’y est joué déjà, même les plus bruyants y déambulent à pas feutrés, mais aussi par la chaleur qui s’y dégage. Enclavé dans la campagne, le lieu dévoile un temps très sec où le mercure oscille avec les 30 degrés presque toute l’année.

Au programme de la visite : les cicatrices laissées par les B-52, les reconstitutions en carton-pâte des habitats d’époque (cuisines, dortoirs ou encore des infirmeries) mais aussi une pléiade plutôt exhaustive des stratagèmes de camouflages et pièges de toutes sortes élaborés par les Vietcong. Pics métalliques, mines cachées, trappes anti-gaz lacrymogènes rappellent le bourbier dans lequel s’étaient engouffrés les Américains.

L’expérience fait également ressurgir des comportements enfantins chez certains qui n’hésitent pas à grimper sur un tank d’époque. Pour d’autres, la promenade réveille des instincts guerriers car les organisateurs ont pensé à tout : un stand AK-47/mitrailleuse à bavette est mis à disposition (1 dollar par munition).



On vous rassure, les cibles ne sont que de pauvres épouvantails mais l’attraction a de quoi laisser un goût amer au moment de rejoindre la banquette du car. Pour relativiser, rien de tel qu’un proverbe vietnamien : « il n’y a pas de situation désespérée, il n’y que des hommes qui désespèrent des situations. »

Interview

«Un réseau considérable sans équivalent»

Jérôme et Laurent Triolet sont spécialistes du monde souterrain depuis leur adolescence. Sur leur temps de loisir, ils ont écrit des dizaines d’ouvrages dont le dernier «La guerre souterraine » qui accorde une belle place à Cu Chi. L’occasion de comparer ce lieu aux autres univers qui se sont érigés sous terre dans le passé et encore aujourd’hui. Entretien avec Jérôme l’aîné des deux frères.


Photo d'un G.I dans les tunnels

Vous avez étudié les mondes souterrains dans plusieurs endroits du globe. D’où vous vient cette passion ?

Nous sommes de Touraine, une région qui a été traditionnellement creusée par l’homme.  Très jeunes, lorsque nous étions collégiens, lycéens nous sommes allés explorer ce monde fascinant, prendre des photos, étudier la topographie. En 1987, nous avons sorti notre premier livre puis progressivement élargi notre recherche.

Dans quels endroits du globe en trouve-t-on ?

Les hommes ont toujours creusé des mondes souterrains pour se protéger. On emploie d’ailleurs le mot « se terrer », un verbe qui est assez universel. Nous pensons que ce n’est pas anodin. Cela a été un moyen efficace de se protéger que ce soit au Moyen Âge ou même encore aujourd’hui au Mali, en Syrie ou à Gaza. On peut parler des cinq espaces les plus importants où le phénomène s’est particulièrement développé.

Photo d'un G.I dans les tunnels

La Cappadoce en Turquie entre le 8e et le 14/15e siècle qui faisait à l’époque la jonction entre le monde arabe et les Byzantins. Des villes et des villages souterrains protégés par des portes en pierre se sont érigés durant cette période.

Il y a ensuite des souterrains plus petits à l’ ouest et dans le sud-ouest de la France. Cette fois-ci à l’échelle du hameau avec des pièges, des portes, des meurtrières. Ces souterrains datent de la période des guerres féodales, notamment celles entre les maisons anglaises et françaises et qui débouchèrent sur la guerre de cent ans au 14-15e siècle.

On peut aussi observer des souterrains en Picardie dont l’origine remonte à la fin du Moyen Âge mais surtout creusés lors de la guerre de Trente ans puis de la guerre de succession au trône d’Espagne. Ces tunnels sont construits à l’échelle du village et sont très différents des souterrains-refuges médiévaux de l’ouest de la France.

De nombreuses galeries souterraines ont également été construites durant la Première Guerre mondiale . Des hôpitaux et des abris pour les troupes ont été creusés ou établis dans des carrières souterraines préexistantes à proximité du front. Lors de la Bataille du Chemin des Dames, les Allemands s’étaient abrités dans des vieilles carrières souterraines. Les Français passèrent au-dessus, leur artillerie n’eut aucun effet. Les Allemands en ressortant par surprise brisèrent l’offensive.

Lors de la Guerre d’Algérie , il y eut une utilisation massive des grottes par les combattants. Les Français mobilisèrent des unités, de véritables combattants de grotte pour les déloger notamment avec du gaz. Cela donna lieu à des batailles épouvantables. Ces grottes ont été depuis réutilisées par les islamistes qui s’y sont cachés.

Enfin, on a donc les tunnels de la Guerre du Vietnam qui sont inspirés apparemment de ce qu’avaient développés les Chinois en 1942 dans leur lutte contre les Japonais. Les Vietnamiens les ont construits en 1945 sous l'occupation japonaise, un peu durant celle des Français et considérablement durant la présence américaine.

Quelles sont les caractéristiques de ce monde souterrain ?

Ce monde est caché, il est difficile d’imaginer ce qu’il se passe en dessous. Il est étroit et sombre et réveille la claustrophobie. C’est une première protection car la plupart des armées n’y sont pas préparées. Le monde souterrain est également robuste dans la mesure où il résiste bien aux moyens de destruction modernes et même à des charges considérables.

Quelles sont les particularités des tunnels de Cu Chi ?

Ces grands réseaux se sont développés à partir de petits réseaux qu’ils ont ensuite reliés entre eux. Au départ, ce n’était que des villages, quelques caves. Le réseau s’est ensuite étendu de façon tentaculaire. A l’échelon d’une région, c’est très compliqué à chiffrer mais une chose est sûre, Cu Chi n’a pas d’équivalent.

Ces tunnels ont rendu fous les soldats américains ?

Ces tunnels ont joué un rôle stratégique majeur. La force de ces installations souterraines, c’était le temps gagné par les Vietcong. Les Américains attaquaient une zone, ils esquivaient, se déplaçaient puis contre-attaquaient. Cu Chi a joué un rôle très important dans la communication et notamment dans l'organisation l’offensive du Têt. C'est grâce à ce réseau que les Vietcong ont été capables de lancer cette opération majeure. Les Américains ne trouvaient que rarement les combattants. Pour preuve, en 1965, ils ont installé une base à Ben Cat sur des tunnels. Ils ne comprenaient pas comment ils pouvaient se faire attaquer sur leur propre base.

Les tunnels de Cu Chi ont inspiré le Hezbollah au Liban comme vous l’évoquez dans votre ouvrage. D’autres groupes armés utilisent les tunnels pour se cacher ?

Ils ont été et ils sont nombreux. En Afghanistan ou en Algérie (GIA) par exemple des milices ont utilisé les sous-sols. Au Liban, les soldats du Hezbollah ont fait subir des pertes considérables à Israël en 2006. Ces tunnels ont contribué à cet échec. Les blindés israéliens ont vu sortir de terre des combattants équipés d’armes antichars ultra-modernes alors qu'il ne s’y attendaient pas. A Gaza, également, des tunnels se sont développés pour contourner le blocus israélien. Le Hamas a construit ses propres tunnels, ce qui lui a permis de faire des incursions et notamment d'enlever le caporal franco-israélien Gilad Shalit.

En Syrie, on peut imaginer que des tunnels sont probablement utilisés aussi par les deux camps. L'usage des sous-sols est pratiquement obligatoire. Quand il y a un conflit asymétrique, qu’il dure longtemps, quand les guérillas ne peuvent pas faire face à la force des pays occidentaux, il est de bon usage pour eux de se réfugier de cette façon.

Dossier réalisé par

Journaliste :

Jacques Besnard

Pierre Vangrootloon

Margot Delevaux

Webdesigner :

Raphaël Stadnik

Chef de projet :

Pauline Oger

Rédacteur en chef :

Dorian de Meeûs

Crédits/Sources

Sources :

  • Livres:
  • "Les Tunnels de Cu Chi" - Tom Mangold et John Penycate.
  • "La guerre du Vietnam et l'opinion publique américaine" - Jean-Michel Lacroix et Jean Cazemajou.
  • "Les Etats-Unis et la guerre du Vietnam" - Jacques Portes.
  • Sites:
  • laguerreduvietnam.com
  • mondesouterrain.fr
  • Documentaire:
  • "Vietnam, au coeur de l'enfer" - Série de six documentaires réalisée par Sammy Jackson.

Crédits photos :

  • Jacques Besnard
  • Stéphane Lebreton
  • Fotolia
  • Reporters

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