“En déclaré, ça coûte au moins deux fois plus cher au client”

Fred, l’élagueur

Frédéric est arboriste. L’âme d’un grimpeur, ce grand gaillard affûté s’est fait une spécialité dans l’élagage. Un travail qui ne demande pas que de savoir monter dans un arbre, prévient-il après une introduction détaillée sur son métier. Il faut savoir gérer les chutes de branches, parfois d’arbres entiers, ainsi que tout ce qui touche à la sécurité du grimpeur et de ce(ux) qui l’entoure(nt). Et là, on parle de la routine, du travail déclaré. Lors de “chantiers au noir”, comme le dit Fred, il faut “s’assurer” plutôt deux fois qu’une et être encore plus vigilant.

Tout accident pourrait être dramatique. Se casser le dos ou détruire une toiture peut changer le cours d’une vie. “Si je me blesse, je suis foutu. Donc je visite toujours le chantier avec le client avant de le faire et j’évalue le risque. Si je vois qu’il y a une probabilité d’accident, je ne le fais pas”, précise-t-il.

Il faut également savoir repérer les arbres qui sont considérés comme “remarquables”. Des arbres à préserver recensés par la Région. En cas de coupe malencontreuse, le grimpeur responsable risque de lourdes sanctions. Et ça, peu de gens le savent, affirme Frédéric.

“Ils volent les chantiers, en black ou non”

“Il y a beaucoup d’arboristes mais ils travaillent mal, ils détruisent les arbres”, s’insurge-t-il lorsqu’on parle de ses concurrents. “On voit plein de piquets, de ‘porte-manteaux’, des arbres coupés n’importe comment par des mecs qui prennent des chantiers pour pas cher. Ils volent les chantiers, en black ou non”, dit-il, pointant du doigt des sociétés de sa région qui sont, selon lui, en permanence à cheval entre le déclaré et l’illégal.

A ce niveau, même s’il profite aussi du travail au noir, il déplore le manque de contrôle. Ne serait-ce que pour l’impact environnemental dont il dit se soucier particulièrement. Dans sa zone, qui recouvre plusieurs communes, une seule personne en est en charge. Pourtant, les chantiers sont relativement nombreux.

“En ville, il y a beaucoup de gens qui, pour diverses raisons, ont besoin d’arboristes qui grimpent. C’est mon chef de service qui me fait de la publicité, discrètement, d’ailleurs. Comme j’ai besoin d’argent, je le fais et ça me permet de continuer de me former”, avoue Fred. “Mon chef le faisait aussi, ce genre de petites missions au black chez les gens. Mais lui, il ne peut plus grimper car il commence à avoir de l’âge, du coup il me refile ses plans”, ajoute-t-il.

Beaucoup moins cher

“Pour faire simple, si on grimpe, on fait payer entre 200 et 250 euros la journée. C’est correct”, avance Fred. “En déclaré, ça coûte au moins deux fois plus cher. Il faut aussi prendre en compte le prix du matériel pour la grimpe”, assure-t-il. L’élagueur a également une autre théorie : lorsque les gens travaillent au noir, ils mettent leur réputation personnelle en jeu. Donc ils travailleraient mieux.

“J’ai un ami qui fait autrement : il fait son devis, avec tout qui est déclaré. Ensuite, il propose aux gens, seulement s’il est en confiance, de faire la même chose au noir mais en enlevant la TVA de la facture. C’est un concept intéressant”, sourit-il.

Détournement de matériel communal

Fred n’a pas froid aux yeux puisqu’il va jusqu’à emprunter le matériel communal pour ses chantiers, même s’il relativise : “À part la tronçonneuse qui appartient à la commune, le reste, c’est le matériel que j’ai acheté lors de ma formation. Ils pourraient le voir, oui… Mais il faut savoir que ça arrive fréquemment que les ouvriers communaux prennent du matériel pour travailler chez eux. En plus, mon élagueuse, personne n’y a accès, c’est “mon” matériel personnel et personne n’y touche, histoire de ne pas la dérégler”, dit-il, confiant.

Convaincu par le travail au noir depuis la formation

Si Fred ne semble pas craindre les contrôles, c’est qu’on lui a inculqué que le travail au noir est presque indispensable, incontournable, et ce même en formation.

“Dans toutes les formations que j’ai suivies, ils me l’ont dit. ‘Si vous voulez avoir une situation confortable, essayez de faire un tiers de black’. Partout, c’est ce qu’on me disait”, avance-t-il, persuadé qu’une réduction des taxes pour les petits indépendants et une augmentation pour les plus grosses entreprises serait la meilleure solution pour freiner le travail au noir.