Malala


La militante pour la scolarité devenue Nobel
de la Paix à 17 ans

Introduction

Malala Yousafzaï est devenue en quelques années un véritable symbole du combat pour la scolarisation des filles du Pakistan. En raison de ses prises de position, cette jeune pakistanaise a été victime d’une tentative d’assassinat en 2012. Ce triste événement l’a fait connaître et lui a permis de continuer son combat à l’échelle internationale et d’obtenir des prix prestigieux. Mais son ascension fulgurante laisse comme un goût amer de doute.

Une passion pour l’école

Malala Yousafzaï a grandi à Mingora, capitale du district du Swat, dans le Nord-Ouest du Pakistan, région touristique paisible sous l’influence des talibans.

La jeune fille a été éduquée par son père, Ziauddin Yousafzaï, poète, propriétaire d’une école, et militant éducatif. Dès son plus jeune âge, Malala est baignée dans un milieu intellectuel. Elle veut étudier la médecine. Son père l’encourage plutôt à embrasser une carrière politicienne.

Malheureusement, l’influence croissante des islamistes au Pakistan a engendré l’exclusion de nombreuses jeunes filles qui n’ont plus accès à la scolarisation, et cette situation s’aggrave encore dans la région du Swat, sous domination de talibans plus conservateurs.

Dans ce contexte, Malala, influencée par son père, se positionne en militante et prêche l’accès à la scolarité des jeunes pakistanaises. En 2008, à seulement onze ans, elle milite pour changer les choses. En 2009, Malala écrit un blog pour la BBC sous le pseudonyme de Gul Makai, dans lequel elle décrit le climat de peur qui règne dans sa vallée et les problèmes rencontrés par les jeunes de son âge.


Des prises de positions qui dérangent

On entend parler de Malala à travers la région. Malheureusement les talibans ont vent de son blog. Ses histoires se répandent et elle finit par être connue dans tout le pays. Sa famille commence à recevoir des menaces mais, en pleine conscience du danger, elle est déterminée à continuer son combat pour la scolarisation.

Le 9 octobre 2012, un soldat taliban fait irruption dans son bus scolaire à la sortie des classes de Mingora et lui tire une balle dans la tête. Heureusement, la balle ricoche sur le coin gauche du crâne de la jeune fille qui gardera pour séquelle une paralysie partielle de la bouche.

Les talibans islamistes souhaitaient éliminer celle « qui propage la pensée occidentale ». Mais cet événement aura l'effet inverse: il choque non seulement le Pakistan, mais encore plus les nations étrangères. Malala devient une personnalité reconnue en Occident.

Du Swat au micro de l’ONU

Malala vit aujourd'hui à Birmingham avec sa famille. Elle a repris son combat et a aussi brillamment terminé sa scolarité en Angleterre.

Elle répond avec sang-froid à ses détracteurs en affirmant: « la plume est plus forte que l'épée ». Elle a d’ailleurs rédigé son autobiographie « Moi, Malala, je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans ».

Elle rêve de participer un jour aux projets politiques du Pakistan.

En 2013, cet engagement incessant est récompensé du prix Sakharov de l’Union européenne pour les droits de l’Homme. Elle est ensuite accueillie au siège de l’Onu à New York et y reçoit le Prix Nobel de la Paix. A titre anecdotique, lors de son discours à l’ONU, elle portait un châle ayant appartenu à Benazir Bhutto, la seule femme a avoir été Premier ministre du Pakistan (assassinée en 2007 après son retour d’exil).

Depuis 2013, Malala continue son combat, elle participe régulièrement à des conférences où elle plaide pour l’éducation des enfants et demande aux dirigeants mondiaux "d'envoyer des livres, pas des armes!" dans les pays pauvres. Elle est même intervenue auprès du président nigérien en faveur des lycéennes enlevées par le groupe islamiste Boko Haram.


Une médiatisation qui pose question

Portrait exposé à la National Gallery de Londres, tee-shirt à son effigie, conférences et rencontres avec les chefs d’Etat les plus influents, articles de presse, reportages, plateaux télévisés, création d’un fonds pour l’éducation pakistanaise, biographie et enfin, un film sorti en 2015.

Mais la médiatisation de Malala ne plaît pas à tout le monde, notamment dans sa vallée du Swat où les injustices et violences n’ont pas disparu. « Nous avons des millions de Malala ici, nous ne dépendons pas d’une seule Malala », a déclaré ce haut-fonctionnaire de Peshawar à des journalistes, agacé par l’évocation de la jeune Pakistanaise alors qu’il faisait le point sur les projets éducatifs à mener dans la région.

Au Pakistan, des voix s’insurgent contre ce trop beau symbole. Selon eux, « la jeune fille la plus courageuse du monde », comme la présentait à l’ONU Gordon Brown, l’ancien Premier ministre britannique, relève de la manipulation.

Ce haut-fonctionnaire pakistanais considère que Malala a été instrumentalisée à dessein, « comme l’ont été Saddam Hussein ou Ben Laden. Il y a des gentils et il y a des méchants ».

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Même au sein des institutions scolaires pakistanaises, Malala rencontre des détracteurs. L’institutrice d’une école publique de Peshawar émet des doutes quant à sa médiatisation. « Je me demande si c’est la vraie Malala qui a été présentée dans les médias, si c’est la même personne que celle qui a été attaquée. Je n’avais jamais entendu parler d’elle et tout à coup elle se retrouve sous le feu des projecteurs ».

Impossible de déterminer l’origine de ces thèses conspirationnistes, mais il est certain qu’elles ont été amplifiées par Internet, où elles ont trouvé leur caisse de résonance. Des photos mettent en doute la gravité des blessures de Malala et d’aucuns prétendent même qu’elle n’est pas l’auteur de son blog de la BBC.

Les cercles islamistes voient en elle un "agent des Etats-Unis" ou "de l'Occident", créé pour corrompre la jeunesse et propager une culture anti-islamique. Les plus sceptiques parlent même d’une propagande utilisée par l’armée pakistanaise, principale puissance du pays, pour justifier son pouvoir et son devoir de protection de la population.

Malala Yousafzaï, si elle est devenue un symbole de l’éducation dans le monde, le plus jeune Prix Nobel de la Paix, la star d’un livre et d’un nouveau film, peine à être reconnue comme tel au Pakistan. Nul n’est prophète en son pays.


SOURCES

Nouvel Obs/Rue89: « Théorie du complot au Pakistan : Malala, créature de la CIA ? »

Wikipédia

Libération: « Malala, une rescapée des talibans Nobel de la paix »

Autobiographie: « Moi, Malala, je lutte pour l’éducation et je résiste aux talibans » Hachette Editions, 2013.

BBC