Ces films qui ont fait scandale



Sorti en 1940, « Le dictateur » de Charlie Chaplin est l’un des films les plus marquants du XXe siècle. A l'époque, les Etats-Unis ne sont pas encore entrés dans une guerre qui s'étend progressivement au monde entier. Dans ce contexte, le comique Charlie Chaplin prend le risque de critiquer le régime nazi avec une production indépendante qui fera date. Il faut être aveugle pour ne pas voir dans Adenoïd Hynkel, leader d’un pays imaginaire nommé Tomenia, la parodie du Führer et de son pouvoir totalitaire.

Le gouvernement allemand proteste officiellement et demande l’arrêt du projet. Mais Chaplin résistera à toutes les pressions. Comment oublier des scènes aussi mythiques que le discours où les micros reculent devant les éructations de Hynkel ? Ou ce moment où le dictateur joue avec le globe terrestre juste après avoir littéralement grimpé aux rideaux ?



Une neuvième symphonie de Beethoven envoûtante, un personnage central (Alex DeLarge joué par Malcolm McDowell) obsédé par le sexe, des scènes d’une violence extrême… C’est « Orange mécanique », le film de Stanley Kubrick sorti en 1971. Satire de la société moderne ou film d’anticipation, ce long métrage a fait polémique à sa sortie. Mais, contrairement à certaines idées reçues, il n’a pas été censuré en Grande-Bretagne. C’est Kubrick lui-même qui demandera à Warner Bros de retirer « Orange mécanique » des salles britanniques après une série de menaces de mort contre sa famille. La boîte de production accèdera à sa demande après 61 semaines d’exploitation.

Il faudra attendre la mort de Kubrick, en l’an 2000, pour que le film soit à nouveau projeté dans les salles de Grande-Bretagne avec une interdiction aux moins de 18 ans. L’œuvre figure aujourd’hui dans les collections de la Bibliothèque du Congrès aux Etats-Unis en raison de « son importance culturelle et esthétique ».



Voici un scandale dont le Festival de Cannes a le secret. En 1973, le réalisateur italien Marco Ferreri y présente « La Grande Bouffe ». Dans ce film orgiaque et rabelaisien, quatre hommes plein d’ennuis mettent en œuvre leur grand projet macabre : un suicide collectif. L’arme choisie n’est autre que… la nourriture. Au cours de ce que les personnages appellent un « séminaire gastronomique », ils s’empiffrent jusqu’à ce que mort s’ensuivent. Il en résulte une scène de pétomanie mémorable suivie d’une explosion des canalisations de la maison du crime pour cause de sanitaires bouchés.

Marcello Mastroianni, Philippe Noiret, Michel Piccoli, Ugo Tognazzi et Andréa Ferréol figurent à l’affiche de ce film, critique de la société de consommation pour les uns, charge contre la bourgeoisie capitaliste pour les autres. Peu de spectateurs quittent la salle à la fin de la projection cannoise, mais les huées fusent une fois les lumières rallumées. « C’est un scandale, ça gagne du pognon sur le dos du pauvre populo », lance une spectatrice. « Dégueulasse », enchaîne un autre. Le film reçoit le Prix de la Critique Internationale du Festival de Cannes 1973. Il sera à nouveau projeté sur la Croisette 40 ans plus tard en présence de Michel Piccoli et Andréa Ferréol. La séance se terminera, cette fois, sous les applaudissements du public.



« Lacombe, Lucien », film de Louis Malle sorti en 1974, est venu balayer l’image d’une France unanimement résistante contre les nazis. C’est l’histoire d’un adolescent qui se voit refuser l’entrée dans le maquis car les résistants le jugent trop jeune pour lutter dans l’ombre contre l’ennemi. Par dépit, Lucien se tourne alors vers la Gestapo française qui l’accueille à bras ouverts. Jusqu’au jour où il tombe amoureux d’une femme juive…

L’œuvre est bien accueillie par la critique à sa sortie. Il faut attendre quelques semaines pour que les journaux français fassent monter la polémique. Pour les uns, le film est trop partial dans sa description de l’Occupation. Louis Malle ferait même l’apologie de la Collaboration. Pour les autres, le réalisateur évoque, à tort ou à raison, un sujet tabou qui brise la réconciliation nationale voulue par de Gaulle après la Deuxième Guerre mondiale.



Ce film de Martin Scorsese, adapté du roman éponyme de l’écrivain grec Níkos Kazantzákis, propose un autre regard sur la vie de Jésus. Le récit prend de nombreuses libertés avec le Nouveau Testament, surtout quand le Christ avoue son attirance pour Marie-Madeleine. Dès la sortie en France, c’est le scandale. « On ne peut pas faire de Jésus, qui est l’ami et le vivant pour tous les croyants, l’objet de fantasmes […]. C’est manquer de respect. Ce n’est pas l’œuvre d’art qui est en question, mais c’est le respect d’autrui », s’emporte Mgr Lustiger, alors archevêque de Paris.

En France toujours, certains catholiques militent contre la diffusion du film. Le 28 septembre 1988, date de la sortie, 17 salles osent le programmer. Le 19 octobre, seuls 2 cinémas parisiens tiennent encore bon. Mais un incendie criminel embrase l’Espace Saint-Michel, à Paris. L’attentat fera plusieurs blessés. Les auteurs écoperont de peines légères quelques années plus tard.



Dans « Basic Instinct », on découvre l’histoire de Nick Curran (Michael Douglas), officier de police qui enquête sur le meurtre d’une star du rock. Au fil de son enquête, Nick lie une relation torride avec Catherine Tramell (Sharon Stone) qui n’est autre que la principale suspecte du crime.

Ce qui choque les spectateurs, ce sont les scènes de sexe et la mise en scène de la violence. Personne n’a oublié le moment où le personnage incarné par Sharon Stone décroise et recroise lentement ses jambes nues lors d’un interrogatoire. De quoi alimenter bien des fantasmes. L’actrice entre alors dans la légende des stars féminines les plus sexy des années nonante.

Si l’accueil de la critique est plutôt froid, le public, lui, apprécie le film. « Basic Instinct » est un succès au box office international avec une recette dépassant les 350 millions de dollars. La suite, sortie en 2006, ne connaîtra pas le même destin.



Film pornographique ou film (très) explicite ? « Baise-moi » raconte l’histoire de Nadine, fan de porno et adepte de la prostitution qu’elle pratique pour son plaisir. Nadine a un ami, Francis, qui finit assassiné dans la rue par des inconnus. Nadine a aussi une colocataire qu’elle ne supporte plus au point de l’étrangler. Un jour, Nadine rencontre Manu, une autre femme avec qui elle va vivre la grande vie, entre partouzes et tueries.

A sa sortie en France, le 28 juin 2000, le film est interdit aux moins de 16 ans. L’association catholique « Promouvoir » s’en inquiète et pointe les nombreuses scènes de violences et de sexe non simulées. « Baise-moi » se voit finalement retirer son visa d’exploitation sur décision du Conseil d’Etat et disparaît des salles obscures. Il faut attendre un an et un décret publié le 12 juillet 2001 par le ministère de la Culture français pour que l’œuvre soit « réhabilitée » en étant interdite aux moins de 18 ans.



Les dernières heures de la vie du Christ racontée de manière crue et violente. Jésus, joué par Jim Caviezel, apparaît le visage en sang, la chair à vif après les coups de fouet des autorités juives. L’acteur a lui-même souffert lors du tournage : la lourde croix qu’il portait lui est tombée dessus au point de lui déboîter l’épaule. Pour Mel Gibson, le réalisateur, l’authenticité du film nécessitait que les dialogues soient exclusivement interprétés en araméen et en latin.

Le film arrive dans les salles américaines le jour du mercredi des Cendres, qui marque le début du Carême pour les catholiques. En Belgique, il sort quelques jours avant la fête de Pâques. Résultat : un immense succès au box office avec 370 millions de dollars de recettes, ce qui en fait l’un des films les plus rentables de l’histoire du cinéma américain.

Mel Gibson est aussitôt critiqué pour sa vision dogmatique de la Passion du Christ. Certains voient dans le récit, qui insiste sur la responsabilité des juifs dans la mort de Jésus, un message antisémite flagrant. Le réalisateur a toujours réfuté cette lecture. Dans sa note d’intention, il explique que son souhait était de « créer une œuvre d’art et de stimuler le débat et la réflexion parmi des publics d’horizons différents. »



Tiré du roman graphique « Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh, « La vie d’Adèle » remporte la Palme d’or au Festival de Cannes 2013. Adèle (jouée par Adèle Exarchopoulos) s’interroge sur son orientation sexuelle. Un temps séduite par un garçon, elle rencontre Emma (Léa Seydoux), une artiste peintre en devenir. La passion les emmènera au-delà de tout ce qu’elles imaginaient.

Une polémique naît un peu avant la sortie du film. Le réalisateur Abdellatif Kechiche est accusé d’avoir maltraité ses techniciens et ses actrices. Il aurait pris l’habitude de tourner pendant de longues heures et de changer sans cesse d’avis. Le tournage aura duré deux fois plus longtemps que prévu… malgré un budget de départ inchangé. Dans une interview au « Daily Beast », Adèle Exarchopoulos raconte : « On a passé dix journées entières à tourner la scène de sexe principale avec Léa, alors qu'on ne s'était quasiment jamais croisées. C'était très embarrassant. » Et Léa Seydoux de confirmer : « Heureusement que nous avons eu la Palme d’Or parce que c’était horrible. » Le duo finira par calmer le jeu en mettant ces propos sur le compte de « l’humour ».

Dernier round, en décembre 2015 : l’association « Promouvoir » (la même qui avait fait interdire le film « Baise-moi ») s’oppose à la présence en salles de « La vie d’Adèle ». La cour administrative d’appel de Paris accèdera à cette plainte et demandera à la ministre de la Culture Fleur Pellerin de « procéder au réexamen de la demande de visa » de l’œuvre primée à Cannes. Surprise : Abdellatif Kechiche juge la décision « plutôt saine ». « Je n’ai jamais pensé que mon film pouvait être vu par des gamins de 12 ans, et je déconseille personnellement à ma fille de le voir avant qu’elle ait 14 ou 15 ans », ajoute-t-il alors.



A ma gauche, Marvela, une ado qui fait partie des Black Bronx. A ma droite, Marwan, un membre des 1080 (code postal de Molenbeek), la bande rivale. Une histoire d’amour se tisse dans une énième déclinaison de Roméo et Juliette sur fond de rivalités entre bandes urbaines.

Au-delà du pitch appartenant à la catégorie des pitches les moins originaux de l’histoire du cinéma, il y a une polémique. Celle-ci naît le 11 novembre 2015 quand une séance est annulée au Kinepolis de Bruxelles. Des spectateurs ont perturbé la projection. Comme « Black » était interdit aux moins de 16 ans, des adolescents ont fait mine d’acheter un billet pour voir un autre film… avant de s’engouffrer dans la salle qui leur était en principe interdite. La direction du Kinepolis a fait appel à la police, avant de renforcer la sécurité autour de son complexe cinématographique bruxellois dans les jours qui ont suivi.

D’autres cinémas à Bruxelles ou en Wallonie avaient choisi de ne pas mettre « Black » à l’affiche. Soit par crainte ouverte de trouble, soit en assurant que le film ne correspondait pas leurs habitudes de programmation.