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En termes chiffrés ? Un gros paquet d’argent
460 milliards d’euros à la fin 2018, soit 100 % des richesses produites pendant un an en Belgique. Cette dette, on tente vaille que vaille de la diminuer, mais elle n’existe pas pour le plaisir. Elle sert essentiellement aux entités fédérées (Régions et État fédéral) à financer des dépenses publiques.
« Il s’agit donc bien, c’est important à rappeler, de la dette de toutes les institutions publiques », explique Jean Deboutte, directeur de l’Agence fédérale de la dette.
À l'automne 2019, la dette valait 102 % du produit intérieur brut (PIB), soit les richesses créées sur un an par les différents agents économiques résidant sur le sol belge (ménages, entreprises belges ou d’origine étrangère, administrations).
Que finance la dette ? Dans les grandes lignes, les recettes fiscales (l’impôt collecté auprès des ménages et des entreprises), qui représentent environ l'équivalent de la moitié de notre dette publique (environ 225 milliards donc), servent à financer des dépenses de protection sociale (27%; pensions et allocations sociales), les soins de santé (14%), les affaires économiques (12 %; transport, etc.), l’enseignement (12%), l’ordre et la sécurité (3%), les loisirs (2%), etc.
Et le solde de la dette ? À la contribution au budget européen, au financement d’infrastructures, au fonctionnement de l’appareil de l’état, etc.
La charge de la dette, ce sont évidemment les intérêts.
Et cette charge est importante, même si elle a eu tendance à diminuer de manière drastique ces dernières années. Essentiellement en raison de la baisse des taux d’intérêt.
Alors qu’en 2005, la charge de la dette se chiffrait encore à 12,25 milliards d’euros, elle s’élève aujourd’hui à 8,66 milliards d’euros (données datant de fin 2018).
Par contre, la bonne nouvelle, qui vient tout juste d’être communiquée à la Première ministre Sophie Wilmès (MR), c’est que cette charge va diminuer davantage que ce qui était initialement attendu au mois de juin. Alors que les projections de l’ICN (BNB et Bureau fédéral du Plan) partaient du principe que la charge d’intérêts diminuerait à 7,41 milliards d’euros, de nouvelles estimations réalisées par l’agence fédérale de la dette avancent maintenant un montant de 6,48 milliards d’euros d’ici la fin de la législature. Nous aurions donc gagné un milliard. « Bien sûr, c’est compte tenu d’une situation qui reste favorable sur le front des taux d’intérêt », ajoute Jean Deboutte, directeur de l’Agence fédérale de la dette.
En moyenne, il faut savoir qu’une créance belge - une dette émise sur le marché car la Belgique a besoin d'argent - a une durée moyenne de 10 ans.
Au début des années 2010, la durée moyenne de la dette belge était de 6 ans. On a donc assisté ces dernières années à un allongement important, « ce qui rend la dette belge plus soutenable et plus résistante à un éventuel choc futur en matière de taux d’intérêt », selon Jean Deboutte.
Certes, mais ce faisant, on paie donc aussi des intérêts plus longtemps. Dans sa “revue économique” de septembre 2019, la Banque nationale de Belgique (BNB) a chiffré ce coût depuis 2010 de l’allongement de la durée moyenne de notre dette à 10 ans en moyenne : il se monte à 0,45% du PIB. Soit 2,1 milliards d’euros supplémentaires.
« Il faut raison garder, nuance Jean Deboutte. Si nous n’avions pas allongé la dette de 6 à 10 ans en moyenne, nous aurions dû refinancer 73 milliards d’euros l’an prochain, au lieu des 30 prévus. Quand on sait qu’on n’a jamais été plus haut qu’un refinancement de 45 à 48 milliards d’euros au moment de la crise financière (sauvetage des banques, NDLR), cela donne idée de l’effort qui aurait dû être consenti. » Quasi impossible, donc… « Et puis, les pays qui ont actuellement une dette avec une durée moyenne de 6 ans ont un taux d’endettement de 25% en moyenne (contre 100% en Belgique, NDLR)... Il ne faut pas se comparer à ces pays-là ».
Cela étant, si on a allongé dans une telle mesure, c’est parce la Belgique a émis des dettes sur le marché d’une durée de parfois 40 ou même 50 ans. Si on devait arrêter d’emprunter, on rembourserait notre dernière dette en 2066. Cela dit, des pays comme l’Autriche ont émis des dettes à 100 ans ! Ces pays, jugés très crédibles sur le marché de la dette, sont capables d’émettre des dettes avec de telles échéances : des investisseurs sont prêts à les acheter.
Oui et non
Non, parce que la Commission européenne nous a dans le viseur depuis quelques années pour notre taux d’endettement public, de 100 % du PIB, qui ne reflue pas assez rapidement. La Belgique, qui a vu son taux d’endettement culminer à 137,8 % du PIB en 1993, n’a – pour le dire crûment – pas spécialement bonne réputation en la matière.
Oui, la Belgique est malgré tout un bon élève dans une certaine mesure parce qu'elle a vu sa charge d’intérêt, exprimé en pourcentage du PIB, diminuer de manière importante. Sur la période 2010-2018, la Belgique a vu le taux passer de 3,6 % à 2,1 %. Seule l’Allemagne a fait mieux sur cette période, au sein des 19 pays de la zone euro. Pas si mal donc.
Non évidemment
Mais existe-t-il réellement une limite ? « Quand la Grèce, avec un taux d’endettement public de 132 % du PIB en 2011, se voit couper l’accès aux marchés, les taux d’intérêt à 10 ans avaient atteint un sommet de 35 % », explique Marc Touati, économiste français. « Aujourd’hui, le taux d’endettement public est de 180 % et les taux pointent à 1,5 %. »
« Au Japon, enchaîne Jean Deboutte, le taux d’endettement public est de 240 % et cela ne pose pas de problème parce que la dette est détenue essentiellement par les Japonais ». Sous-entendu : si problème il y a, c’est le petit épargnant qui trinquera.
Le même raisonnement peut valoir pour la Belgique : la dette est détenue pour 40 % environ par ses résidents, mais c’est surtout la manne gigantesque d’épargne en Belgique qui rassure (plus de 300 milliards). Bref, pour le dire un peu simplement, la limite à l’endettement est fixée par les marchés et par les agences de ratings qui notent la crédibilité des dettes émises par les Etats.
Cette crédibilité dépend de très nombreux facteurs (contexte politique, situation économique, niveau de dette, etc.), dont il est parfois très difficile de jauger l’importance réelle. Parfois, un petit changement dans les variables peut modifier radicalement le résultat de l’équation.