Ce monde qui vous attend quand la voiture électrique sera devenue incontournable
Et si l’on on arrêtait tout simplement de rouler à l’énergie fossile ? Loin d’être un simple fantasme. La quête du véhicule « zéro émission » s’accentue par la pression des institutions européennes et étatiques sur les constructeurs automobiles et par les avancées considérables de la technologie.
En 2025, le spécialiste de l’énergie Damien Ernst prévoit que « 90% des nouvelles voitures immatriculées seront électriques ». Si tel était le cas, à quoi ressemblerait le monde de demain ? On vous emmène vingt ans dans le futur, grâce à un récit de politique-fiction, appuyé par des interviews d’experts en énergie et de la motorisation automobile. Les situations décrites sont purement fictives, mais les informations détaillées et les citations d’experts sont avérées et actuelles.
A quoi ça ressemble, demain ?
Avril 2039, Bruxelles. L’air chaud remplit mes narines. L’inspiration est plus agréable, moins toxique qu’auparavant. D’où je suis, j’aperçois quelques voitures autonomes de niveau 5. Elles circulent sans un bruit, tout en respectant scrupuleusement les distances de sécurité. Aucun conducteur au volant, puisque c’est la machine qui décide de tout. Les passagers ont profité de leur trajet pour commencer leur journée de travail à l’intérieur de l’habitacle. Le véhicule n’appartient à personne. Il est à disposition de tous. Un smartphone, une appli, un touch ID. Le quatre-roues autonome emmène les citoyens où bon leur semble. Mais c’est lui qui commande.
C’est fou ce que ça a changé. La révolution a eu lieu il y a peu. Le plus frappant, c’est le silence. Le vrombissement incessant fait partie du passé. Les alertes smog se font de plus en rares. La quantité de gaz à effet de serre émise a chuté de plus de moitié par rapport à il y a vingt ans, grâce au mix électrique 100% vert en Belgique. Les émissions d’oxyde d’azote, présent en grande quantité dans les motorisations thermiques, ont connu une baisse fulgurante.
Le déclic ? Le progrès. L’instinct de survie. Ou un peu des deux. L’humanité a enfin lâché la bonne vieille voiture thermique, dont l’industrialisation avait été dopée par le constructeur automobile Henry Ford à l’aube du vingtième siècle. Ce n’était pourtant pas gagné, et le défi est encore loin d’être complètement relevé. Mais les géants de l’automobile se sont penchés sur une motorisation électrique durable.
"90% des nouveaux véhicules immatriculés seront électriques en 2025. La croissance va être énorme dans le secteur (...) Le véhicule autonome va arriver plus ou moins en même temps. On pourra, par exemple, l’appeler de notre domicile via notre smartphone et la voiture viendra nous chercher devant notre domicile pour partir faire des courses"
Comment l’électrique a réussi son pari
En cette belle journée de printemps, je lève les yeux au ciel, tout en marchant. Quelques nuages me protègent du soleil, une légère brise glisse sur ma peau. Dans mon champ de vision, les toits des maisons ornés pour la plupart de panneaux photovoltaïques. A l’horizon, des éoliennes tournoient à vitesse constante. Je détourne le regard et reprends ma route. Devant moi, le garage entrouvert d’une habitation m’offre une scène de vie quotidienne. Un Bruxellois sur le départ débranche son véhicule électrique. Il est huit heures et sa coquette citadine a chargé une bonne partie de la nuit pour le voyage qui l’attend.
C’est comme ça que ça fonctionne aujourd’hui pour 85% des personnes équipées d’une quatre-roues. La batterie se recharge grâce au surplus photovoltaïque de la maison et permet une gestion intelligente de l’énergie produite. Des parkings aménagés à proximité des éoliennes fonctionnent sur ce même modèle. En outre, le recours à l’énergie de la biomasse a également aidé à assurer la transition énergétique, depuis qu’on s’est passé du nucléaire. Il a fallu une petite révolution en matière de gestion du réseau pour supporter les bornes qui ont fleuri un peu partout. A l’hôpital, à l’université, au cinéma, les parkings sont équipés. A d’autres endroits, un système de chargement à induction permet de récupérer de l’énergie sans transpirer une goutte, mais pour un moindre rendement.
Cela imposait des conditions : renforcer le réseau à toute une série d’endroits et changer les mentalités afin d’éviter un potentiel black-out. L’hiver dernier, il a par exemple fallu rallumer momentanément les centrales au gaz pour pallier le risque de pénurie d’électricité.
Il aura fallu que la mobilité polluante coûte une fortune
Avant que le véhicule électrique ne devienne une évidence, le chemin fut long et périlleux. Certains le disaient «hors de prix», d’autres « plus polluant que le thermique ». C’est qu’ils n’avaient pas bien fait leurs calculs.
Les constructeurs automobiles, poussés dans le dos par les lois européennes au début des années 2020, ont bien dû virer de cap. Menacé de nonante-cinq euros d’amende par gramme excédentaire de CO2 émis et par voiture, ils ont fait le choix de la mobilité propre, qui s’est avéré plus judicieux. Moins coûteux.
Cette réalité alliée à l’évolution exponentielle des nouvelles technologies a provoqué une véritable chute du prix des batteries et des voitures aussi. La possibilité d’usines telles que l’avant-gardiste Gigafactory de Tesla dans le Nevada, entièrement alimentée par des énergies renouvelables, aura inspiré d’autres innovations en Europe.
"La voiture électrique est déjà, en 2019, plus rentable qu’une voiture essence en ville"
"Toutes les études démontrent qu’en 2022-2023, on va assister à la parité du coût entre la thermique et l’électrique"
A l’horizon 2023, la parité du prix entre les électriques et les thermiques fut observée. En 2025, c’était plié. Le prix d’un véhicule à batterie lithium-ion était devenu moins cher qu’une essence ou qu’un diesel. Il a fallu que la mobilité polluante coûte une fortune pour convaincre tous - ou presque tous - les usagers de la route. C’est désormais une perte d’argent d’investir dans autre chose que l’électrique.
L’argument de la pollution de l’électrique peut également être balayé d’un revers de main. Si des particules subsistent en raison du frottement des pneus et du freinage, le traitement du lithium par électrolyse, dans un contexte de production d’électricité verte, permet d’économiser 65% d’émissions de CO2 sur l’ensemble du cycle de vie du véhicule, par rapport à son ancêtre à carburant fossile.
"Il ne faut pas comparer le prix catalogue, mais le coût total d’utilisation. Une essence pour un usage urbain coûte et coûtera plus cher qu’une électrique, alors que le prix catalogue ce cette dernière est parfois de 50% plus cher"
Fini le credo « ma voiture, ma liberté »
Avril 2039, toujours à la capitale. Les jeunes, moins jeunes et plus âgés prennent les transports en commun, le vélo électrique, la voiture autonome partagée ou possèdent encore parfois leur propre véhicule électrique. Les bouchons ont fortement diminué, les automobilistes perdent moins de temps à se garer qu’il y a vingt ans. Les petites citadines étroites et légères sont devenues tendance depuis quelques années déjà. La grosse Tesla de luxe datant de la présidence de Donald Trump est passée de mode.
L’autonomie de l’électrique, hautement décriée à ses prémices, s’est accrue d’année en année. Mais, ceux qui faisaient la course à la grosse batterie se sont trompés de combat. Sa durée de vie atteint jusqu’à 20 à 30 ans. Au total, on peut parcourir un à deux millions de kilomètres. Lorsqu’il y a perte de puissance, on enlève la batterie et on la recycle. On en remet une nouvelle. Le détenteur d’un véhicule roulant au lithium-ion ne perd quasi plus de temps au garage. Toute une série de frais adossés aux véhicules thermiques ont disparu ou ont diminué drastiquement. La taxe de circulation, l’assurance, les frais d’entretien et le « carburant » sont par exemple bien moins onéreux.
"Une voiture qui peut rouler 250 kilomètres, c’est déjà suffisant pour un usage quotidien. La course à la grosse batterie est déplacée. L’avenir, c’est de limiter les trajets inutiles"
"On pourrait imaginer un système de location de véhicules qui nous amèneront où on veut. A l’heure actuelle, on achète une voiture pour tous types d’usage : le quotidien, partir en vacances, etc. Demain, on pourra en louer selon l’usage qu’on en fait"
Sur le plan social et économique, la petite révolution de la mobilité a eu ses conséquences. Des stations-services ont dû fermer quand on n’a pas pu les convertir en bornes de chargement. On en avait tout simplement plus besoin. Des restructurations ont eu lieu parmi les (ex)-géants pétroliers. Des hommes et des femmes ont perdu leur emploi.
C’est, somme toute, le meilleur complément en matière de mobilité, avec l’hybride rechargeable, qui connaît également un grand succès. Complément, car il a fallu changer de paradigme. Fini le credo « ma voiture, ma liberté ». Le ratio d’une voiture pour deux habitants qu’on a connu à la fin des années 2010 n’était plus tenable. Certains possèdent encore leur voiture, mais pas tous. L’attachement de l’être humain à sa voiture, ce réflexe de propriété privée n’a pas totalement disparu.
Certains irréductibles du carburant fossile ne s’en sont toujours pas séparés. Ceux-là veulent que ça ronronne. Mais depuis 2030, tout véhicule roulant au diesel est persona non grata dans la capitale, en raison des zones de basses émissions établies par le gouvernement bruxellois il y a deux décennies. L’essence a rapidement suivi le même chemin. D’ici 2050, il ne devrait en rester aucune trace à l’échelle nationale. Le parc automobile sera alors totalement renouvelé.
Crédits photos: Reporters / AFP / Belga
