Ce qui quitte la Floride ce samedi d'avril n'est pas un vaisseau mais un assemblage. Trois engins distincts, construits par des équipes différentes, dans des usines différentes, pour des métiers différents. L'un devait rentrer. Un autre devait mourir en chemin. Le troisième devait se poser sur la Lune et n'a jamais touché son sol.
Au sommet, le module de commande Odyssey, un cône de trois mètres cinquante habillé d'un bouclier ablatif. C'est la seule pièce conçue pour survivre à la rentrée atmosphérique. Trois couchettes, un tableau de bord, six hublots, et un volume habitable inférieur à celui d'une berline familiale.
Sous lui, le module de service : un cylindre de sept mètres bourré d'ergols, de piles à combustible, de réservoirs cryogéniques et d'un moteur de rendez-vous capable de quatre-vingt-onze kilonewtons de poussée. Il fournit l'électricité, l'eau, l'oxygène et l'impulsion. Il est aussi, dans l'architecture d'Apollo, la pièce que personne ne peut réparer : le tableau de bord n'a aucune fenêtre sur lui.
Enfin Aquarius, le module lunaire, replié dans son carénage puis extrait par une manœuvre de transposition trois heures après le décollage. Une cabine pressurisée pour deux hommes, un étage de descente en aluminium et feuilles de Kapton doré, quatre pattes, deux moteurs. Sa mission prévue : quarante-cinq heures d'autonomie, deux occupants, un aller-retour vers la surface de Fra Mauro.