A la conquête de l'or en Inde

Les Red Lions n'ont jamais semblé aussi bien placés pour briller en Coupe du monde

Les Red Lions ont entamé leur Coupe du monde à Bhubaneswar en remportant une victoire compliquée, ce mercredi, face au Canada (2-1) grâce à des buts deDenayer et Briels.

Ce n'est que la sixième participation (sur 14 possibles) de l'équipe belge, qui n'a encore jamais réussi, comme nous allons le voir, un résultat probant dans cette compétition.
La Coupe du monde de hockey est une création plutôt récente. Sa première édition remonte à 1971, à une époque où son homologue de football existait déjà depuis 41 ans ! Au début, elle était organisée tous les deux ans, les années impaires. Mais dès 1978, on passa à un rythme plus classique d'une fois tous les quatre ans, les années paires (non olympiques). Ce qui fait que les Coupes du monde de football et de hockey sont toujours disputées la même année.

1973 : un bon premier tour, puis plus rien

En 1973, le hockey se disputait toujours sur herbe tendre. Après avoir raté leur qualification pour la première édition, qui se disputait à Barcelone, les Belges participèrent à la deuxième, chez leurs puissants voisins hollandais, à Amstelveen. Dans la poule B, leur premier tour fut d'excellente facture derrière les intouchables de l'époque, Pakistan et Pays-Bas, ces derniers allaient d'ailleurs remporter l'épreuve. La Belgique se classa troisième, devant l'Angleterre, l'Argentine et la Malaisie. "C'était déjà une belle performance de jouer dans la poule 5 à 8" se souvient Jean-Claude Moraux, qui participa à l'épreuve. "C'est surtout physiquement que nous avons craqué. A l'époque, les troisièmes des poules se rencontraient, on ne jouait pas encore des matches croisés contre le 4e de l'autre poule. Nous avons été battus 5-0 par l'Espagne, puis 3-1 par les Néo-Zélandais dans le match pour la 7e place".

Jean-Claude Moraux (ici sous le maillot de la grande équipe d'Uccle Sport) a participé aux Coupes du monde de 1973 (Amstelveen) et 1978 (Buenos Aires). A chaque fois, les Belges commencèrent bien et finirent de manière catastrophique, trahis par leur condition physique.

Jean-Claude Moraux (ici sous le maillot de la grande équipe d'Uccle Sport) a participé aux Coupes du monde de 1973 (Amstelveen) et 1978 (Buenos Aires). A chaque fois, les Belges commencèrent bien et finirent de manière catastrophique, trahis par leur condition physique.

N'empêche, avec une 8e position, bien supérieure à son classement de l'époque, la Belgique pouvait considérer son parcours comme réussi.

1978 : un sacré goût de trop peu

Il fallut à nouveau attendre deux éditions pour retrouver les Belges - qui s'appelaient encore à l'époque les Diables Rouges, comme leurs homologues footballeurs, et ce jusqu'en 2007 - en Coupe du monde, cette fois à Buenos Aires. Cette dernière Coupe du monde sur gazon naturel - les JO de Montréal s'étaient déjà disputés deux ans plus tôt sur terrain synthétique - fut celle de toutes les frustrations car les Belges, en dépit d'un niveau de jeu élevé, terminèrent derniers d'une épreuve qui se joua pour la seule fois de son existence à 14 équipes. Ils furent derniers de la poule tout en totalisant quatre points, exactement autant que cinq ans plus tôt ! Et dans ces quatre points, il y avait une victoire 1-0 contre l'Angleterre, et un match nul 3-3 contre l'Allemagne qui allait disputer les demi-finales. "Contre l'Inde, nous avons connu un match dramatique" se souvient à nouveau Jean-Claude Moraux. "A une minute de la fin, le score était toujours vierge et nous avons eu une occasion incroyable de scorer, que nous avons ratée. Sur la contre-attaque, l'Inde a inscrit le seul but du match, à quelques secondes du coup de sifflet final. Nous avons littéralement perdu deux points en une seule minute". Comme d'habitude en fait, la condition physique des Belges déclina au fur et à mesure du tournoi, et un drame contre la Pologne (défaite 7-4) eut raison de leurs ambitions. "Nous avons donc joué le match pour l'avant-dernière place, contre l'Italie qui avait terminé dernière avec zéro point, un but marqué et 28 encaissés dans l'autre poule. Nous avons dominé tout le match, mais la balle n'est pas rentrée et finalement nous nous sommes inclinés 2-1". Ce qu'on appelle boire le calice jusqu'à la lie !

1994 : mission accomplie, mais beaucoup de regrets

Il fallut ensuite attendre 16 ans pour revoir les Belges disputer l'épreuve. En 1982, ils furent barrés à la dernière minute de la Coupe intercontinentale, l'Irlande inscrivant le but de la qualification dans les dernières secondes. Ils pensèrent ensuite pouvoir participer au tournoi en tant que première réserve, vu la situation politique en Pologne, mais les Polonais avaient su quitter leur pays à temps avant la fermeture des frontières, et participèrent bel et bien à l'épreuve.
Bref, nous voici en 1994. Une qualification un peu miraculeuse, aux strokes, contre la Malaisie, lors de la Coupe intercontinentale de Poznan en 1993. La Belgique se déplaçait à Sydney avec une équipe d'amateurs, qui avaient tous dû prendre congé pour se rendre aux antipodes le plus tard possible. Et pour certains, ce fut avant tout l'occasion de visiter un pays dans lequel ils ne reviendraient jamais (28 heures de voyage, tout de même…) Le staff, composé d'Alain Geens et de son adjoint Jean-Claude Moraux, eut fort à faire pour maintenir la discipline et la condition physique dans le groupe. Les ambitions étaient tout simplement d'éviter la dernière place.

Alain Geens a emmené ceux qu'on appelait encore les Diables Rouges à la Coupe du monde de Sydney, en 1994. L'objectif était d'éviter la dernière place et il fut atteint, non sans passer par quelques dégelées mémorables.

Alain Geens a emmené ceux qu'on appelait encore les Diables Rouges à la Coupe du monde de Sydney, en 1994. L'objectif était d'éviter la dernière place et il fut atteint, non sans passer par quelques dégelées mémorables.

Le tournoi commença par un match typique : contre nos voisins du Nord, qui allaient perdre la finale aux strokes contre le Pakistan, la Belgique ouvrit la marque sur un pc… mal donné. Les Pays-Bas durent attendre la dernière minute avant le repos pour prendre l'avance sur un pc bidon, du genre que l'on n'accorde qu'aux grandes équipes - la vidéo n'existait pas à l'époque. En deuxième mi-temps, ce fut l'avalanche et les Belges perdirent 8-1 ! La suite fut du même calibre : 6-0 contre l'Allemagne, 7-2 contre la Corée. La Belgique termina dernière de sa poule, avec un petit point arraché contre l'Inde et de très loin la plus mauvaise défense du tournoi avec 26 buts encaissés (dans l'autre poule, la Biélorussie n'en avait pris que la moitié !)
Les matches de classement auraient pu permettre aux Belges de faire mieux que leur objectif initial : contre l'Espagne, qui avait raté son tournoi et noyé son chagrin la veille dans le port de Sydney, les Belges s'inclinèrent aux strokes, après en avoir raté trois au total, dont un en cours de match. Finalement, les Diables Rouges remportèrent leur seule victoire du tournoi dans le match pour la 11e place, disputé à l'aube et devant une tribune vide, contre la Biélorussie d'un certain Vitali Kholopov. 1-0, pc d'Eric Vander Gracht à 11 minutes de la fin. L'objectif était atteint, mais il y avait eu beaucoup de regrets et cela allait amener Alain Geens à privilégier désormais les athlètes plutôt que les techniciens.

2002 : chronique d'un désastre annoncé

Il n'y eut pas de Belges à la Coupe du monde de 1998, à Utrecht. En Coupe intercontinentale, nos compatriotes ratèrent leur qualification en match de poule contre la Nouvelle-Zélande, contre laquelle ils menèrent entre la 2e et la 63e minute, avant de craquer complètement dans la fournaise de Kuala Lumpur et d'encaisser trois buts en sept minutes. Mais par contre, ils se qualifièrent en 2001 à Edimbourg pour la Coupe du monde qui se déroulait, également à Kuala Lumpur, début 2002.
La qualification pour cette épreuve avait déjà tenu du miracle. En match de poule, les Belges n'avaient fait que match nul contre la France, avaient perdu contre l'Argentine et étaient à la merci d'une victoire française contre le petit Poucet de la poule, le Bangladesh. Cinq buts auraient suffi aux Coqs, qui menaient déjà 4-0 au repos… avant de perdre la deuxième mi-temps. Un miracle, n'ayons pas peur des mots.

Marc Coudron a disputé deux Coupes du monde dans sa vie : celle de Sydney en 1994 et celle de Kuala Lumpur en 2002. Dans les deux cas, les Belges terminèrent en queue de peloton.

Marc Coudron a disputé deux Coupes du monde dans sa vie : celle de Sydney en 1994 et celle de Kuala Lumpur en 2002. Dans les deux cas, les Belges terminèrent en queue de peloton.

Le nouveau coach des Belges, le Sud-Africain Giles Bonnet, qui avait débarqué juste après la qualification, avait annoncé la couleur : l'objectif était de se qualifier pour les JO de Madrid en 2004, et toutes les compétitions d'ici là allaient servir de test. Donc aussi la Coupe du monde de 2002. "We are going to play the Bottom 4" avait d'ailleurs annoncé le Sud-Africain, qui procéda à de nombreux tests, mais commit entre autres l'erreur de ne pas désigner plus d'un tireur de pc pour cette épreuve. Certes, à cette époque, le sleep de Joeri Beunen était un des meilleurs du monde, mais personne n'est jamais à l'abri d'une blessure, surtout en exécutant le mouvement bizarroïde du sleep. Et ce fut hélas le cas. Les Belges perdirent toutes leurs rencontres de poule et seule une victoire contre la Pologne dans le premier match croisé leur permit d'éviter la cuiller en bois. Avec une 14e place sur 16, les Belges égalaient leur plus mauvaise performance, celle de 1978.

2014 : le drame contre l'Angleterre

En 2006, la Belgique rata à nouveau sa qualification en Coupe du monde. Dans la "petite" ville chinoise de Changzhou (3 millions d'habitants à l'époque, quand même), enveloppée de smog jour et nuit, qui abritait le World Cup Qualifier - l'héritier de la Coupe intercontinentale - les Belges ratèrent la deuxième place de leur poule en s'inclinant contre l'Angleterre lors du dernier match, puis enchaînèrent avec une défaite aux strokes contre les Français dans le premier match de barrage. La Fédération songea alors sérieusement à limoger Bonnet, mais le Sud-Africain se maintint encore en poste un peu plus d'un an. Un an de perdu pour le hockey belge qui vit alors débarquer Adam Commens comme coach. Celui-ci reconstruisit le temple en moins de deux mois et offrit une 3e place aux Belges au Championnat d'Europe de Manchester, ce qui leur valait aussi leur retour aux JO après 32 ans et le début de leur ascension irrésistible vers le top mondial.
En 2010, les Belges avaient de bonnes perspectives de se retrouver à Mönchengladbach, mais ils avaient raté la qualification directe au Championnat d'Europe d'Amsterdam, avant de se faire battre en barrages à Quilmes, en Argentine, contre l'équipe locale. Un match où les Belges menaient pourtant 3-1 à un quart d'heure de la fin avant de tirer sur le montant…

C'est donc en 2014 que l'on revit ceux qui étaient devenus les Red Lions, à la Coupe du monde de La Haye. Entre-temps, la Belgique faisait partie du top mondial, classée n°5 au classement FIH, et venait de terminer 2e du Championnat d'Europe qu'elle organisait à Boom neuf mois plus tôt. Bref, les attentes étaient très hautes. Malheureusement, la malchance s'en mêla.
D'abord, Loïck Luypaert, tireur de pc mais qui formait aussi une très performante charnière centrale de la défense avec son compère Arthur Van Doren, se blessa quelques semaines avant l'épreuve. Ensuite, Felix Denayer connut des ennuis de santé pendant le tournoi. Deux joueurs clés en moins, cela fragilisait déjà l'équipe.

Tout alla bien jusqu'au dernier match de poule : victoires contre l'Inde, la Malaisie et l'Espagne pour une seule défaite contre l'Australie, qui allait survoler l'épreuve - ce fut d'ailleurs sa plus petite victoire. Comme en 2006 à Changzhou, un match nul suffisait contre l'Angleterre au dernier match. Un match nul que les Belges tenaient d'ailleurs encore à quatre minutes de la fin, avant d'encaisser un stroke résultant d'une erreur d'arbitrage, alors qu'ils venaient de gaspiller leur recours à la vidéo quelques minutes plus tôt. Trop râlant.

Et la perfide Albion en profita bien sûr pour fermer la porte au nez des Belges, qui durent se contenter d'un match pour la 5e place, qu'ils remportèrent contre les Allemands encore plus déçus qu'eux : 4-2. De quoi quitter l'épreuve en beauté sur leur meilleur résultat de tous les temps. Jusqu'ici, en tout cas…

Les forces en présence

Comme on pourra le voir en consultant ce classement actualisé, les Belges ont encore progressé depuis la dernière Coupe du monde. Ils pointent désormais à la troisième place mondiale. Ceci leur confère évidemment le statut de favori pour arriver en demi-finale (et battre par le fait même leur record de l'épreuve) mais à ce niveau, rien n'est simple.

D'abord, le classement mondial est très serré. Ensuite, on peut raisonnablement désigner cinq ou six équipes qui ont toutes une chance de l'emporter. Voyons cela de plus près.

L'Australie, tenante du titre

Personne n'a oublié la leçon de hockey stratosphérique - le terme n'est même pas exagéré - dispensée par l'Australie il y a quatre ans au pays hôte, qui a mis des mois à s'en remettre : 1-6 ! L'Australie est non seulement tenante du titre - ce qui ne veut pas dire charrette car en quatre ans beaucoup d'eau coule sous les ponts - mais est aussi toujours numéro 1 mondiale. Elle semble quelque peu sur le déclin ces derniers mois, mais n'en reste pas moins une équipe redoutable, la plus physique de toutes - on frise à chaque match l'intimidation avec des adversaires qui n'hésitent pas à vous marcher sur le pied. Un gros morceau, en tout cas. Mais les Belges l'ont déjà battue plusieurs fois, depuis leur première (double) victoire à Rotterdam en 2013. La dernière en date, c'était aux Jeux de Rio : 1-0 en poule.

L'Argentine, championne olympique

Point n'est besoin de raviver des souvenirs douloureux : aux Jeux de Rio, les Belges ont conquis la médaille d'argent mais leur rêve s'est brisé en finale contre l'Argentine. La plupart des joueurs avaient d'ailleurs peine à retenir leurs larmes car ils savaient qu'une aussi belle occasion de gagner les JO ne se présenterait plus avant longtemps.
L'Argentine est une équipe non seulement technique, mais roublarde, qui excelle dans l'art de casser le jeu une fois qu'elle mène à la marque. Les Argentins, on les connaît presque tous, la moitié des joueurs jouent ou ont joué en Belgique. Le revers de la médaille saute aux yeux : eux aussi nous connaissent par cœur. L'équipe est plutôt vieillissante et a connu de sérieux problèmes internes avec la démission, puis le retour avorté de son coach Carlos Retegui. Bref, on ne sait pas quel sera exactement l'état de forme du n°2 mondial, qui a en outre commencé son opération rajeunissement. Une chose est certaine : l'Argentine, c'est aussi Gonzalo Peillat, actuellement le meilleur tireur de pc du monde et d'ailleurs meilleur buteur de l'édition 2014.

Les Pays-Bas, champions d'Europe

On pourrait reprendre mot pour mot la première phrase du paragraphe précédent : la finale du dernier Championnat d'Europe reste un autre souvenir douloureux pour nos couleurs, qui après avoir donné la leçon aux Bataves en match de poule (un succès 0-5, historique) menaient également 0-2 au repos de la finale, disputée à Amstelveen. Lorsque Robbert Kemperman réduisit l'écart sept minutes après le repos, les 10000 spectateurs qui garnissaient les travées du Wagener Stadion, étrangement silencieux jusque-là devant la démonstration belge, se réveillèrent et firent trembler le stade sur ses bases. Les Belges encaissèrent le but égalisateur sur le coup du troisième quart-temps et ne sortirent plus jamais la tête de l'eau, s'inclinant sur le même score qu'en finale olympique après avoir pareillement sorti leur gardien dans les dernières minutes.
Le récent match amical entre les deux équipes a encore montré qu'il y avait peu de différence entre elles. Les Bataves se sont imposés 3-4, mais il manquait tout de même quatre joueurs côté belge. En tout cas, on est loin des scores des années 90 et les Belges se souviennent de leur match de référence en demi-finale des JO, où ils avaient battu les Hollandais 3-1 avec la manière.

L'Allemagne, la plus titrée

Tout le monde connaît l'aphorisme de Gary Lineker ("Le football est un jeu qui se joue à 11 contre 11 et à la fin, ce sont les Allemands qui gagnent"), qui s'applique au football mais s'est longtemps conjugué au hockey aussi. L'Allemagne a le plus beau palmarès mondial si l'on se réfère aux trois compétitions principales : 4 JO, 2 Coupes du monde, 9 Championnats d'Europe. Le dernier de ces succès a été forgé en terre belge, en 2013, à Boom. Depuis lors, l'équipe allemande a enregistré son plus mauvais résultat en Coupe du monde (6e à La Haye) et au championnat d'Europe (4e à Amstelveen). Avec pour conséquence une chute à la 6e place du classement mondial - au moment de constituer les poules, elle était encore 5e. Est-ce rebondir pour mieux sauter ? Les Teutons sont encore riches en joueurs de talent et leur jusqu'au boutisme reste légendaire, mais leurs cadres semblent assez vieillissants. C'est en tout cas un outsider possible, qui pourrait d'ailleurs se dresser sur la route des Belges en quart de finale. Raison de plus pour s'intéresser de près à ce qu'ils feront à Bhubaneswar.

L'Inde, pays organisateur

On a coutume de dire qu'il y a deux Indes, celle qui joue chez elle et celle qui joue en déplacement. Si la deuxième n'a plus réalisé un résultat probant depuis pratiquement que le hockey se joue sur une surface artificielle, la première peut surprendre n'importe qui dans un bon jour. La différence est facile à saisir : ce sont jusqu'à 25 000 spectateurs vociférants (15 000 à Bhubaneswar), qui font un boucan d'enfer au point d'empêcher les joueurs de communiquer entre eux sur le terrain à moins d'avoir une oreillette - ce qui n'est permis qu'aux arbitres. En parlant d'arbitres, justement, heureusement que la vidéo existe, mais elle n'est pas disponible pour toutes les phases et un arbitre terrorisé peut aussi orienter un match par des petits coups de sifflet anodins. L'Inde avait autrefois une grosse difficulté à rassembler tous les joueurs en un même point et à bâtir une équipe autour de joueurs de confession différente, dans un pays où les traditions ont la vie dure. Mais ces difficultés appartiennent au passé. En outre, les Indiens ont un autre avantage, potentiel mais qui s'avère souvent bien réel : les visiteurs sont sujets à des intoxications alimentaires contre lesquelles leur corps est immunisé de naissance. Raison pour laquelle toutes les équipes ont exigé d'avoir deux joueurs de réserve à leur disposition, en cas de maladie. Lors du dernier tournoi disputé à Bhubaneswar, six joueurs allemands avaient été malades en même temps. Sans commentaire !

Une surprise ? Peu probable

D'autres équipes au riche palmarès ne peuvent en aucun cas être sous-estimées, comme l'Angleterre ou l'Espagne, mais dans l'état actuel des choses, une victoire de leur part s'apparenterait à une grosse surprise.

Les Belges ont une première chance

On l'a dit, les Belges ont une chance de premier ordre de réaliser leur meilleur résultat de tous les temps à Bhubaneswar. Voyons pourquoi.

Une équipe plus forte que jamais

On l'a dit et répété jusqu'à satiété : les Belges en ont marre des médailles d'argent. Cela peut sonner prétentieux, mais ils vont en Inde pour la victoire finale. Et sans complexes.
D'abord, ils ont déjà battu toutes les équipes.
Ensuite, ils ont des stars dans toutes les lignes.
Enfin, ils sont au complet. Ils ont dû laisser des joueurs talentueux à la maison (on parle évidemment de Tanguy Cosyns, mais aussi d'Anthony Keusters, ou des jeunes Augustin Meurmans et Antoine Kina qui auront leurs yeux rivés sur les réseaux sociaux en espérant être convoqués en dernière minute).
D'ailleurs, à ce niveau, tous les joueurs sont unanimes :

Une poule abordable pour commencer

Le principe du serpentin utilisé depuis des lustres par la FIH peut parfois conduire à des groupes déséquilibrés. C'est notamment le cas dans le groupe D qui regroupe deux anciens champions du monde, les n°4 et 5 mondiaux, les Pays-Bas et l'Allemagne.
Ce n'est pas le cas de la poule des Belges (C). Après avoir bataillé pour vaincre les Canadiens (2-1) ce mercredi, nos hockeyeurs affronteront, outre le pays organisateur contre lequel la première place de la poule devrait se jouer en toute logique, l'Afrique du Sud, 15e mondiale.
Les Belges ne devraient pas puiser dans leurs réserves pour faire le plein contre le pays africain. Reste que l'Inde aura l'avantage de disputer le dernier match de la poule et de savoir, le cas échéant (par exemple en cas de match nul précédent contre la Belgique) combien de buts elle doit marquer contre le Canada. Un avantage non négligeable.
La première place de la poule vaut qualification directe pour les quarts de finale (dans le cas des Belges, ce serait le 13 novembre) tandis qu'une deuxième ou troisième place en poule vaut un match de barrage (sorte de faux huitième de finale) contre le troisième ou deuxième de la poule d'à côté, en l'occurrence celle des Pays-Bas, de l'Allemagne, de la Malaisie et du Pakistan.

Un ennemi : l'ennui

La formule du tournoi est assez particulière. Si les matches se jouent au compte-gouttes dans les groupes éliminatoires (jusqu'à six jours entre deux rencontres !), la phase finale verra certaines équipes disputer trois matches en quatre jours. Autant dire qu'il faudra quelque peu s'économiser. Et éviter l'ennui au début du tournoi (après, il ne restera plus le temps de s'ennuyer). Sans compter qu'en Inde, l'intoxication alimentaire guette à tous les coins de rue. Quand les joueurs prennent leur douche, ils gardent les lèvres hermétiquement closes. Pas question de chanter Luis Mariano !

Une pléiade de stars

Et la Belgique a une vraiment bonne équipe. C'est simple, il y a des stars dans toutes les lignes. Petit tour d'horizon.

Au but ? Simplement le meilleur gardien du monde, Vincent Vanasch. Et s'il venait à se blesser, nous avons Loïc Van Doren, un grand talent en devenir.

Derrière ? Encore tout simplement le meilleur joueur du monde 2017, Arthur Van Doren. Une classe incroyable, un placement sans faille. Il forme avec Loïck Luypaert une charnière centrale qui fonctionne très bien, et qui nous avait tant manqué en 2014. Sur les flancs, Manu Stockbroekx et Gauthier Boccard sont les prototypes du défenseur moderne, n'hésitant pas à monter en ligne pour créer le surnombre et capables tous deux de marquer un but, souvent de grande classe. Comme doublure, Arthur De Sloover, l'autre Arthur à peine moins royal, est un roc et Alexander Hendrickx peut débloquer une situation grâce à son pc.

Au milieu ? Les Belges n'ont sans doute pas loin du meilleur entrejeu du monde avec John-John Dohmen (meilleur joueur du monde en 2016), Felix Denayer, Simon Gougnard et Victor Wegnez, un des meilleurs acteurs des matches de préparation, vif-argent et battant en diable. Nico De Kerpel peut être utilisé dans toutes les positions - excepté au but, quand même. Mais dans la sélection, il était annoncé comme médian. Ce qui ne l'empêche pas de savoir marquer et d'avoir un bon pc, lui aussi.

Devant ? Des joueurs très complémentaires, avec chacun leurs qualités. Florent van Aubel sait tout faire avec une balle, Tom Boon est le roi des buteurs, Cédric Charlier pèse comme peu d'autres sur une défense et peut en transpercer une rien qu'à l'énergie. Sebastien Dockier sait réaliser des gestes compliqués et est souvent à la bonne place. Et que dire de Thomas Briels, le capitaine, le seul Red Lion avec quatre médailles (Manchester 2007, Boom 2013, Rio 2016, Amstelveen 2017) ? Des joueurs au sommet de leur art.

Un coach calme et lucide

Last but not least, les Red Lions disposent aussi d'un des meilleurs coaches de la planète, qu'ils ont d'ailleurs choisi eux-mêmes. Shane McLeod, né en Nouvelle-Zélande mais marié à une Belge, connaît notre hockey et nos joueurs par cœur. Il est tactiquement très fort et sait réagir à des situations imprévues avec un calme olympien. Ce n'est certes pas lui qui va marquer des buts, mais il est un des éléments clés du succès.

Shane McLeod, le plus Belge des Néo-Zélandais, accompagne les Red Lions depuis 3 ans.

Shane McLeod, le plus Belge des Néo-Zélandais, accompagne les Red Lions depuis 3 ans.


Des points faibles ?

Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, alors ? Pas si évident. Pendant les matches de préparation, les Lions ont connu quelques périodes de flottement, concédant parfois plusieurs buts (ou occasions de but) en peu de minutes. La capacité à réagir après avoir encaissé un but fait souvent la différence dans les moments cruciaux. Il n'y a plus de coach mental spécifique, ce qui peut s'avérer un handicap. Et enfin le pc - déjà le principal souci à Rio - ne semble pas s'être beaucoup amélioré depuis lors en dépit de quatre tireurs potentiels. A moins, et ce ne serait pas étonnant, que les Lions n'aient préparé des variantes qu'ils garderaient secrètes jusqu'au moment crucial. Suspense, suspense…

Le calendrier de la compétition

Crédit photo :
Bernard Demoulin
Belga : Sébastien Techy, Laurie Dieffembacq
Reporters : Friso Gentsch (Dpa), Yan Yan (Xinhua), Imago Sport