Le marquis de Sade


la plume la plus libertine de l’histoire de la littérature

Introduction

Romancier, homme politique et philosophe français, Donatien Alphonse François de Sade, surnommé « Le Marquis de Sade », a longtemps été rejeté en raison de la part accordée dans son œuvre à l’érotisme, régulièrement associé à des actes violents et cruels envers le partenaire.

Sur les septante-quatre années de sa vie, l’écrivain en a passé vingt-sept en prison ou en asile de fous pour scandales, dettes et outrance aux morales de son époque. Clandestine et interdite à la publication pendant le 19e siècle, son oeuvre sort de l’ombre au début du 20e siècle mais le Marquis restera le plus libertin et transgressif des écrivains.

Qui était le « Marquis de Sade » ?

Donatien Alphonse François de Sade est né le 2 juin 1740 à Paris.

Il passe les trois premières années de sa vie dans un hôtel sans ses parents. Élevé avec la conviction d’appartenir à une espèce supérieure, sa nature despotique et violente se révèle très tôt dans sa vie.

Jusqu’à ses dix ans, son éducation est confiée à son oncle, un abbé qui l’héberge dans le château de Saumane. À dix ans, Sade entre au Collège Louis-le-Grand, dirigé par les pères jésuites. L’établissement est à l’époque le mieux fréquenté et le plus cher de la capitale.

A 14 ans, il entre à l’École des chevau-légers de la garde du roi, en garnison à Versailles. Trois ans plus tard, il obtient le grade d’officier porte-drapeau et prend part à la guerre des Sept Ans contre la Prusse. À dix-neuf ans, il est reçu comme capitaine au régiment de Bourgogne. A cette période de sa vie, le Marquis a déjà une réputation de joueur et de débauché. Il fréquente les coulisses des théâtres et les maisons des proxénètes. Il épouse Renée Pélagie de Montreuil en mai 1763 mais il sera surveillé par la police et arrêté en octobre de la même année.

Ce qu’a fait le « Marquis de Sade »
entre scandales et littérature

La première diffusion du nom de Sade dans l’opinion publique n’a rien de littéraire puisqu’elle se fait par les scandales.

Premier d’une longue série, le scandale d’Accueil éclate en 1768. Sade aurait abusé d’une veuve de 36 ans, Rose Keller, qui mendiait. Il emmène la femme dans une petite maison où il l’attache au lit d’une chambre. Cruellement flagellée et blessée, elle est torturée jusqu’à l’orgasme.

En 1771, il entame une liaison avec sa jeune belle-sœur. Il participe ensuite à une orgie qui tourne mal: soupçonné d’avoir empoisonné des prostituées, il est condamné à mort. Il échappe aux poursuites jusqu’en février 1977, lorsqu’on l’enferme au château de Vincennes. Onze années de prison commencent pour le Marquis.




L’incarcération est frustrante. Sade cherche dans l’imaginaire des compensations à sa situation. En 1775, il entreprend la rédaction des « Cent Vingt Journées de Sodome », sa première grande œuvre. Pour éviter qu’on la lui retire, il en recopie le texte d’une écriture minuscule sur 33 feuillets de 11,5 cm et formant une bande de 12 mètres de long. Insoutenable pour la plupart, génial pour quelques-uns, le texte a de quoi choquer car il comprend meurtres, tortures et humiliations.

Echappant de justesse à la guillotine durant la Terreur, Sade n’a profité que de quelques années de liberté. Il fait la connaissance de Marie-Constance Quesnet, « Sensible », une comédienne de 33 ans qui ne le quittera plus. L’écrivrain est interné à l’asile de Charenton en 1803, où il est mort en 1814 d'une très probable maladie cardiaque.

Le comédien français Guillaume Gallienne s'est interessé à l'écrivain et lui consacre une émission sur les ondes de France Inter. Cliquez ici pour écouter l'émission dans laquelle la vie et la littérature de l'auteur sont décrites.

L’influence de l’auteur et la naissance du
« sadisme »

La production d’ouvrages clandestins pornographiques fut pour Sade une précieuse ressource financière : en 1799, « La Nouvelle Justine », suivi de « L’Histoire de Juliette », lui permet de payer ses dettes. Les ouvrages sont saisis mais la presse se déchaîne contre le marquis.

« La plus importante entreprise de librairie pornographique clandestine jamais vue dans le monde » selon Jean-Jacques Pauvert, éditeur et écrivain français qui refit naitre certaines oeuvres du Marquis. En effet, « Justine » scandalise et fait peur. Même les contemporains rejettent le livre sans appel. L’œuvre marque pourtant la naissance de la « mythologie sadienne ».




Apollinaire publie en 1909 une anthologie composés de textes sadiens en insistant sur les réflexions morales et politiques plutôt que sur les aspects scabreux. Il choisit de valoriser le savoir immense et le courage de « l’esprit le plus libre qui ait jamais existé ».

Deux dernières étapes vont mener Sade vers la reconnaissance: l’entrée en 1990 de ses oeuvres dans la Bibliothèque de la Pléiade (une des collections majeures de l’édition française qui constitue une référence en matière de prestige, de qualité rédactionnelle et de reconnaissance littéraire des écrivains) et la création en 2001 du prix littéraire français qui porte son nom pour récompenser « un authentique libéral qui sera parvenu à défaire les carcans de la littérature comme ceux de la politique ».

Le Marquis de Sade a disparu mais son patronyme, synonyme d’infamie, est rapidement entré dans le langage commun. Le néologisme « sadisme » apparaît dès 1834 dans le dictionnaire universel comme « aberration épouvantable de la débauche : système monstrueux et antisocial qui révolte la nature. »

Fin du 19e siècle, Krafft-Ebing, un médecin allemand, donne un statut scientifique au concept de sadisme comme antonyme de masochisme pour désigner une perversion sexuelle dans laquelle la satisfaction est liée à la souffrance ou à l’humiliation infligée à autrui.

Des films et des livres inspirés du Marquis

Au début du 20e siècle, période où démarre un processus de libération des corps et des sexes et où l’érotisme se manifeste en littérature, Sade suscite l'intérêt des scientifiques et des romanciers en raison du caractère précurseur de sa démarche. Certains grands noms de la littérature sont influencés par ses écrits, comme Victor Hugo et son « Notre Dame de Paris », Baudelaire ou encore Simone de Beauvoir.

Aujourd’hui, des romains érotiques, certes moins crus que ceux de l’époque, jouissent d’un certain succès auprès des femmes. « 50 nuances de Grey » est une romance érotique écrie par E. L. James. Cette trilogie vendue à plus de 125 millions d'exemplaires dans le monde, retrace la relation entre une jeune diplômée en littérature, Anastasia Steele, et un homme d'affaires, Christian Grey. Il contient des scènes érotiques avec des éléments de pratiques sexuelles impliquant la servitude, la discipline et différentes déclinaisons du sadisme et de l'initiation à la soumission sexuelle.

La philosophie sulfureuse de Sade a inspiré de grands cinéastes du 20e siècle. En 1930, Luis Buñuel crée un scandale en intégrant très librement « Les cent vingt journées de Sodome » dans « L'Âge d’or ». Jesus Franco s’inspire de Sade pour deux réalisations: « Justine » en 1969 et « Eugénie de Sade » en 1970. Le premier est certainement le film le plus fidèle de l'esprit de l’auteur.

Pasolini use de l’oeuvre sadienne pour dénoncer le fascisme mussolinien dans « Salò ou les 120 journées de sodome » en 1976. ll en profite aussi pour se moquer des effets pervers de la morale bourgeoise. Enfin Roland Topor et Henri Xhonneux mettent en scène l’homme et ses pulsions dans « Marquis ».

« Quills, la plume et le sang » est un film réalisé par Philip Kaufman en 2000. Il retrace les derniers mois de la vie de Sade au sein de l’asile de Charenton. Le scénario ainsi que les trois acteurs principaux ont été récompensés pour ce film plutôt bien reçu aux Etats-Unis.

Au début du 20e siècle, période où démarre un processus de libération des corps et des sexes et où l’érotisme se manifeste en littérature, Sade suscite l'intérêt des scientifiques et des romanciers en raison du caractère précurseur de sa démarche. Certains grands noms de la littérature sont influencés par ses écrits, comme Victor Hugo et son « Notre Dame de Paris », Baudelaire ou encore Simone de Beauvoir.

Finalement, pourquoi cet écrivain révolutionnaire a-t-il tant marqué les esprits? Même si sa vie privée fut contestable, Sade n’a pas vraiment été discret. Sa vie sexuelle a plus été rêvée que vécue pendant ces longues années en prison. Ses oeuvres sont fantasmatiques, exacerbées par l’enfermement. Le Marquis aura toujours désorienté les femmes mais ses lettres et récits sont sans équivalents dans la littérature.



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