François Hollande,
le président un peu gauche

BILAN

Le sketch, vieux de trente ans, de l’humoriste défunt Coluche défile sur l’écran géant installé au Parc des expositions du Bourget. "Attendez que la gauche passe en 2012, vous allez voir !" Cris d’enthousiasme. Il est 14h30. La salle est noire de monde. Yannick Noah entre en scène. "Puisqu’il faut changer les choses, aux armes citoyens" , chantent près de 25 000 militants socialistes, réunis pour acclamer leur candidat. Quelques minutes avant le cœur du spectacle, le public est chauffé à blanc, à coups de références au dernier président socialiste, François Mitterrand, et au prix Nobel de la paix Nelson Mandela.

Celui que tout le monde attendait fait son apparition. Costume sobre, cravate noire, sourire aux lèvres et démarche assurée, il déambule, telle une rock star, serrant une main par-ci, lançant un sourire par là. Avant de monter sur l’estrade pour raviver le "rêve français" . " Le changement, c’est maintenant. La justice, c’est maintenant. La République, c’est maintenant. Dans trois mois, nous ferons gagner la gauche" , lance alors François Hollande, ce 22 janvier 2012. Comme s’il savait déjà que, ce soir-là, il venait de tourner la page Sarkozy.

"Moi président"

Personne ne l’a vu venir, ce quinquagénaire rond, à l’allure pataude, étranger des fonctions ministérielles, connu plutôt pour arbitrer les querelles du Parti socialiste qu’il a dirigé pendant 11 ans. "Hollande, président de la République ? On rêve", ironisait même, en mai 2011, l’ancien ministre Laurent Fabius. Qui aurait cru alors qu’il remporterait la primaire socialiste ? Que Nicolas Sarkozy assisterait ensuite, impuissant et muet, à la litanie du "Moi, président de la République" qui scellera sa défaite ? Que celui qu’on surnomme "Flamby" ou "fraise des bois" s’imposerait face à "l’omni-président" le 6 mai 2012 ?

Certes, François Hollande "est doublement vainqueur par défaut, puisqu’il a bénéficié d’abord de la chute de Dominique Strauss-Kahn et ensuite du rejet de la droite" , comme le rappelle le politologue Eddy Fougier. Mais le natif de Rouen avait aussi compris depuis longtemps, et mieux que tout autre, ce à quoi les Français aspiraient : la normalité. Cela tombait bien, c’est ce qu’il avait de mieux à offrir, lui qu’on taxait de ne pas avoir l’étoffe présidentielle.

Un nouveau "Tonton"

Le discours du Bourget a touché au cœur un pays avide de sens, fatigué par la crise économique, las de la droite au pouvoir, indigné par le bling-bling présidentiel et les dérives des "éléphants" de la politique. Trente et un ans après le triomphe de François Mitterrand, la France avait surtout besoin d’un nouveau "Tonton". Et les socialistes, d’un nouveau souffle. "La gauche de nouveau, la gauche enfin, la gauche dans la joie" , écrivait, avec émotion, le journaliste Laurent Joffrin dans le "Nouvel Obs", le lendemain de la victoire de François Hollande.

"La gauche a cette image de générosité. Quand elle est au pouvoir, elle donne quelque chose."

Eddy Fougier

L’heure était venue de desserrer l’étau de la rigueur, relancer la croissance, combattre le chômage, redistribuer les richesses, donner plus de voix aux syndicats, réduire les inégalités de destin entre les Français, lutter contre les discriminations, investir dans l’éducation, rapprocher la politique du peuple, faire de la France "la nation de l’excellence environnementale" , raviver le couple franco-allemand, rompre avec la Françafrique, retirer les troupes françaises d’Afghanistan, etc., etc.

La liste des attentes n’en finit plus. Parce que François Hollande a beaucoup (trop) promis. Parce que les électeurs n’ont retenu de ses discours que ce qu’ils voulaient entendre. Parce que "la gauche a cette image de générosité. Quand elle est au pouvoir, elle donne quelque chose" , explique M. Fougier. "En 1936, elle a mis en place les congés payés. Mitterrand arrive en 1981 et augmente le salaire minimum, accorde une cinquième semaine de congés payés, fait passer la retraite de 65 à 60 ans. Ensuite, le Premier ministre Jospin diminue le temps de travail hebdomadaire à 35 heures."

Un "New Deal" qui n'est jamais venu

C’était au tour de François Hollande de donner, donc. "Il y avait l’espoir d’une politique nouvelle. Il fallait faire un geste politique important, un peu comme ce qu’avait fait Roosevelt avec le New Deal, c’est-à-dire, prendre très vite, pendant les 100 premiers jours, des mesures importantes, spectaculaires, qui lancent le quinquennat sur une voie réformatrice indiscutable. Ce n’est pas du tout ce qui a été fait. L’effet initial a été manqué" , note Laurent Joffrin. Et la magie est retombée aussi vite qu’elle s’est installée. Dès le sommet européen de juin 2012, lorsque celui qui devait détourner l’Europe - et par la même occasion la France - de la voie de l’austérité en renégociant le traité budgétaire, se contentera d’un pacte de croissance non contraignant et chichement doté.

"Un choix a été fait : celui de la politique de l'offre, avec un transfert massif aux entreprises. Or, cela ne se traduit pas tout de suite par de l'investissement et de l'emploi."

Bruno Ducoudré

Pendant des mois, le cadeau de la gauche s’est fait attendre. Avant de finir dans les mains du patronat en novembre 2012, emballé dans un Pacte de compétitivité qui marquera le tournant libéral de la présidence, entériné deux ans plus tard avec le Pacte de responsabilité. "Dans une économie, vous avez l’Etat, les entreprises et les ménages. Parmi ces trois, le choix a été fait de respecter les engagements auprès de la Commission européenne, donc de diminuer le déficit public, ce qui nécessite soit d’augmenter les impôts, soit de faire des économies de dépenses. Ensuite, de rétablir la situation des entreprises. Donc, s’il n’y a pas beaucoup de croissance, vous ne pouvez pas, en plus, soutenir les ménages, dont le pouvoir d’achat diminue" , explique Bruno Ducoudré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

Selon l’OFCE, les politiques menées auront renfloué le portefeuille des entreprises de 20 milliards d’euros sur cinq ans. Et infligé aux ménages un choc fiscal de 35 milliards d’euros. "Il était vraisemblable que le hollandisme soit un sarkozysme à visage humain. Mais non seulement les gens devaient payer plus d’impôts mais, en plus, on ne leur disait pas que c’était le cas et on ne leur expliquait pas pourquoi" , observe M. Fougier.

La malédiction de la courbe du chômage

Sans doute le président espérait-il que les patrons lui rendent la pareille, en augmentant leur nombre d’employés, et que la courbe du chômage finisse par s’inverser. Mais cette prophétie - à laquelle François Hollande n’a cessé de croire, au point d’y lier, sans que personne ne le lui demande, sa candidature à un second mandat - ne se réalisera qu’à la fin de l’année 2016. Les mesures visant notamment les jeunes - comme les emplois d’avenir - n’auront servi qu’à colmater, tant bien que mal, les brèches d’une génération qui voit ses ambitions prendre l’eau. Et si 720 000 emplois ont été créés, 3,48 millions de Français sont toujours inscrits sur les listes de Pôle emploi en métropole, soit 556 000 de plus qu’au début du quinquennat.

La pilule est donc difficile à avaler pour ceux qui pensaient avoir élu l’ennemi autoproclamé de la finance. D’autant que la taxe à 75 % sur les revenus supérieurs à 1 million d’euros, promesse emblématique du président, s’est transformée en une saga interminable, avant d’être enterrée discrètement fin 2015, au grand soulagement des socialistes eux-mêmes. Et que la réforme du code du travail, menée en 2016 par la ministre Myriam El Khomri, a été passée en force (via un recours à l’article 49.3 de la Constitution), après treize journées de manifestations, actant définitivement le divorce entre le PS, ses frondeurs et les syndicats.

Plus social-démocrate que socialiste

Aux yeux du politologue Thomas Guénolé, François Hollande aura été "jusqu’au bout dans la conversion du Parti socialiste aux politiques économiques de la droite" . Mais le Corrézien, héritier de Jacques Delors plutôt que de Mitterrand, plus social-démocrate que socialiste, aurait-il pour autant vendu son âme au diable de la finance et des puissants ? "Ceux qui se sentent trahis ne connaissent pas Hollande. Ceux qui pensaient qu’il allait jouer les révolutionnaires ou refaire l’expérience de 1981 n’avaient pas lu son programme. Pour l’extrême gauche, tout ce qui n’est pas d’extrême gauche est de droite" , tranche Laurent Joffrin.

"L’Etat providence français est l’un des plus développés d’Europe. Il a été maintenu et même étendu sous Hollande"

Laurent Joffrin

Si la politique de l’offre a marqué pour beaucoup la fin de "l’esprit du Bourget", le président n’a pas tourné complètement le dos aux plus démunis. Les "35 heures" ont été protégées, la retraite à taux plein dès 60 ans a été rétablie pour ceux qui ont commencé à travailler jeunes, un compte pénibilité a été créé pour permettre aux salariés soumis à des tâches éprouvantes de partir plus tôt à la retraite, le système du tiers payant a été généralisé pour améliorer l’accès des Français aux soins de santé, la hausse des loyers a été encadrée à Paris et dans quelques villes volontaires, 60 000 postes ont été créés dans l’éducation… Autant de mesures adoptées dans l’indifférence des citoyens à l’affût d’une mesure révolutionnaire, désillusionnés par une politique économique de droite qui ne dit pas son nom.

Aussi les médias, occupés à suivre les polémiques, revirements et hésitations autour de telle ou telle réforme, ont-ils peu évoqué ces quelques avancées. D’autant que le "Hollande bashing" était bien plus vendeur, au point de finir en librairie. "Merci pour ce moment", le brûlot de l’ex-Première dame Valérie Trierweiler, qui dresse le portrait d’un dirigeant "qui n’aime pas les pauvres" , ces "sans-dents" , et trompe sa compagne, a fait un carton.

Et avant elle, c’est Cécile Duflot, ancienne ministre du Logement, qui réglait ses comptes avec celui qu’elle décrit "comme le président de personne" dans son livre "Voyage au pays de la désillusion". "Le ‘Hollande bashing’ a été lancé par les élites et les éditorialistes de droite qui ont deux clés de lecture quand la gauche est au pouvoir. Un : tant qu’elle ne fait pas la même politique économique que la droite, elle est archaïque, et si elle le fait, elle ne va pas assez loin. Deux : tout responsable politique de gauche est a priori incompétent. Sauf qu’avec Hollande, ça prend très bien. Parce que la personne est effectivement brouillonne, approximative, erratique, pas du tout claire sur ce qu’elle fait et compte faire. C’est une présidence bricolée et ça se voit très vite" , estime M. Guénolé.

Plus de transparence, pas de communication

Le président, rongé par une popularité en chute libre et constamment sur la défensive, n’a pas su vendre ses réussites. "Or, faire c’est aussi important que faire savoir en politique" , rappelle M. Joffrin. Une fois élu, le chef d’Etat a baissé de 30 % ses rémunérations, celles du Premier ministre et des membres du gouvernement, alors que son prédécesseur s’était augmenté de 172 %. Mais cette présidence qui se voulait "normale", en rupture avec la "peopolitique" et le luxe, traînera derrière elle l’image d’Aquilino Morelle, conseiller à l’Elysée, contemplant de haut un homme en train de cirer ses précieuses chaussures. Et celle d’un chef d’Etat juché sur son scooter pour se rendre chez sa maîtresse.

La fin du cumul des mandats s’appliquera bel et bien dès 2017, mais les allers-retours de Jean-Yves Le Drian entre la région de Bretagne et le ministère de la Défense finiront par éclabousser cette promesse pourtant tenue.

L’électrochoc de l’affaire Cahuzac s’est traduit par des efforts importants pour moraliser la vie politique, mais beaucoup retiendront surtout le scandale d’un ministre du Budget accusé de fraude fiscale. "Alors que des mesures qui améliorent la transparence politique et limitent le poids des lobbys dans l’élaboration des textes législatifs ont des effets positifs sur l’efficacité économique, puisqu’on passe des meilleures lois qui favorisent moins des groupes d’intérêts particuliers" , explique Pierre Cahuc, économiste et professeur à l’Ecole polytechnique.

Mariage pour tous, Manif pour tous

Même l’ouverture historique du mariage et de l’adoption aux couples homosexuels a été minée par l’émergence inattendue d’une France ultraconservatrice et décomplexée. De l’eau avait pourtant coulé sous les ponts depuis les tensions autour du Pacs dans les années 90 et la loi Taubira apparaissait comme une évidence dans une société censée avoir accepté, voire banalisé l’homosexualité. Mais face à un pouvoir incapable d’assumer, clarifier et défendre sa propre réussite, se sont érigés une droite aux aguets et des centaines de milliers de protestataires, réunis sous le nom de La Manif pour tous.

Les cris "d’une maman, un papa" ont pris le pas sur les balbutiements de l’Elysée. Et celui qui devait rester dans les annales comme le héros de la communauté LGBT sera aussi celui qui a reculé face à la rue, en abandonnant l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes.

Une empreinte verte sur la France ...

A plusieurs reprises, le président le plus impopulaire de l’histoire de la Ve République aura baissé les bras face aux contestataires.

La grogne des "bonnets rouges" qui a embrasé la Bretagne a eu raison de l’écotaxe sur les poids lourds, censée mettre en œuvre le principe du "pollueur payeur". Un échec qui restera en travers de la gorge des écologistes et vaudra une amende d’un milliard d’euros à l’Etat, au regard du contrat déjà passé avec la société Ecomouv’ pour gérer le système. "Cette histoire est une pitrerie. On plie là-dessus, alors que la Suisse le fait depuis longtemps et qu’on n’a pas plié sur la loi du travail. On voit où sont les priorités" , regrette Dominique Bourg, professeur à l’Université de Lausanne et chercheur sur l’éthique du développement durable.

Il n’empêche que le locataire de l’Elysée n’a pas totalement à rougir de son bilan écologique. "On n’a pas changé de modèle social, on n’a pas basculé vers une société écologique. François Hollande n’avait pas promis de choses radicales de toute façon. Mais on a avancé vers une société dont les impacts environnementaux sont moins forts" , note Dominique Bourg. Ainsi, le 7 avril, l’organisme WWF saluait-il l’exemplarité de la stratégie "bas carbone" française, plaçant l’Hexagone en tête du classement des pays membres de l’Union européenne. Et si la diminution à 50 % de la part du nucléaire dans la production d’énergie française a peu de chances de se réaliser pour 2025 - la fermeture de Fessenheim ne sera effective qu’en 2018, ce qui fait qu’aucune centrale n’aura été fermée sous le quinquennat hollandais -, reste que la loi de transition énergétique s’ajoute à la liste des promesses tenues du président.

... et le monde

Alors que ses détracteurs moquaient l’échec du projet visant à créer une organisation mondiale de l’environnement, comme annoncé dans le discours du Bourget, la France a redoré son blason environnemental en organisant la 21e conférence de l’Onu sur le climat, le 12 décembre 2015 à Paris. Amener 195 nations à s’accorder sur une limitation de leurs émissions de gaz à effet de serre n’était pas gagné d’avance. D’aucuns prédisant un naufrage à la manière de celui qui avait emporté le sommet Climat de Copenhague six ans plus tôt. C’était sous-estimer l’obstination du ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, et de François Hollande, qui se sont investis dans un travail diplomatique de longue haleine. Résultat : le compromis fut le maître mot de la COP21, où grandes nations, Etats industrialisés, pays moins développés et insulaires se sont engagés à limiter la hausse de la température mondiale bien en deçà des 2°C. Reste à voir si les actes suivront les paroles, ce qui est loin d’être garanti… Encore moins depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux Etats-Unis.

L'accord de la COP21 "ne veut pas dire que le climat est sauvé, mais c'est le moins mauvais accord qu’on pouvait avoir"

Dominique Bourg

La diplomatie comme échappatoire

C’est d’ailleurs dans le domaine de la politique internationale que François Hollande récolte le moins de critiques. Comme si la malédiction de l’impopularité et du "Hollande bashing" s’arrêtait aux portes de la France pour le laisser s’épanouir dans ses actions militaires et diplomatiques. "Il n’a pas fait de catastrophes, alors qu’il aurait pu en faire. Compte tenu de la difficulté de gouverner, c’est déjà bien" , analyse Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’Institut français des relations internationales.

"Il a été dans la continuité d’une politique classique du Parti socialiste, assez pro-américaine, interventionniste."

Philippe Moreau Defarges

Avec le succès de l’opération Serval lancée en 2013 contre les djihadistes au Mali, le président "normal" démontre qu’il est capable de poser rapidement un acte fort et efficace. De quoi trancher avec l’image d’un chef d’Etat irrésolu et brouillon qu’il véhicule sur le plan intérieur. Et sa détermination à intervenir en Syrie, après un rapport de l’Onu confirmant l’utilisation d’armes chimiques par le pouvoir, le fera même apparaître comme un homme de principes, prêt à tenir ses engagements, en contraste avec la volte-face du président américain Barack Obama qui a effacé sa propre "ligne rouge".

"La mort habite la fonction présidentielle"

Si François Hollande se complaît dans son costume de chef des armées, jamais il n’aurait cru voir la France frappée si fort sur son propre sol. "Voilà ce qui vous change, la mort habite la fonction présidentielle" , confiait d’ailleurs en mars le dirigeant d’une nation meurtrie par plusieurs attentats, les uns plus sanglants que les autres. "Hollande a bien géré cette période troublée. Le pays n’est pas parti à feu et à sang comme certains le craignaient. La société a tenu bon" , souligne M. Fougier.

"Peut-être qu’avec le temps l’histoire accordera un plus grand crédit à cette présidence"

Eddy Fougier

Le Corrézien a su trouver les mots et les symboles - comme la marche, au lendemain de l’attentat de "Charlie Hebdo", aux côtés de 44 chefs d’Etat venus du monde entier et de 3,7 millions de Français - pour apaiser ses citoyens.

Sauf que, face à l’horreur, les mots n’auraient pu suffire. A chaque nouveau drame, l’arsenal sécuritaire a donc été élargi, à travers le renforcement des services de renseignement, la création d’emplois dans la police et, in fine , l’instauration, au lendemain des attentats du 15 novembre 2015, d’un état d’urgence toujours en place aujourd’hui. Avec le risque à terme, de tomber à court de mesures. Et de se retrouver à fouiller dans les placards d’idées de la droite et de l’extrême droite. En proposant l’inscription de la déchéance de nationalité dans la Constitution et son extension aux binationaux, le président "normal" a fait le pas de trop. "Je pensais qu’elle pouvait nous unir alors qu’elle nous a divisés" , a-t-il regretté par la suite.

"Le mauvais président au bon moment"

Cette idée provoquera la démission de la ministre de la Justice, Chrisiane Taubira - sur cinq ans, ils auront été huit à quitter l’exécutif en dénonçant la politique menée -, et finira de briser un Parti socialiste qui n’a cessé de s’émietter face à un homme qui a gouverné contre son propre camp.

Pourtant, ce quinquennat aurait pu être le moment de la gauche. "Lorsqu’il est arrivé au pouvoir, il a la présidence, le prestige d’être le premier après Mitterrand, la légitimité d’avoir gagné la primaire socialiste, la réjouissance d’une société enfin débarrassée de la droite. La gauche a le poste de Premier ministre, elle a une majorité à l’Assemblée nationale, au Sénat, une majorité des régions et des départements. C’était le mauvais président au meilleur moment pour faire de grandes réformes" , regrette Thomas Guénolé.

"Il a eu tous les leviers et il s’est retrouvé à accumuler les coups foireux, les manœuvres ratées. Quelle tristesse..."

Thomas Guénolé

Paru en décembre 2016, le livre "Un président ne devrait pas dire ça", dans lequel deux journalistes du "Monde" relatent ses confessions intimes, sonnera l’hallali pour un homme qui se trouvait déjà seul au milieu d’un champ de ruines. Et François Hollande terminera son histoire avec les Français comme il l’a commencée : en créant la surprise. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, le chef de l’Etat en exercice s’est refusé à redemander la confiance perdue de ses citoyens, mettant ainsi lui-même fin à sa descente aux enfers.

Maria Udrescu