Dans l’imaginaire collectif une guerre est synonyme de violence, d’explosions et d’affrontements sanguinaires et pourtant dans l’ombre, depuis la nuit des temps, se joue une autre guerre. Une bataille décisive et pourtant silencieuse, celle de l’espionnage et de la surveillance. En 1970, les prémices d’internet viennent augurer un changement drastique dans ces conflits, le prochain champ de bataille sera peuplé de serveurs, de téraoctet et de hackers. Un jargon incompréhensible pour l’instant mais qui, grâce à notre dossier sur les cyberguerres, vous sera bientôt familier.
Elles sont nombreuses ces inventions qui furent détournées pour en faire des armes. On maîtrise le feu ? Il est temps d’allumer des torches et de brûler la hutte du voisin ! On parvient à faire voler un homme dans un avion ? Prenons ce même avion, ajoutons-y des mitraillettes et allons tirer sur l’ennemi! Les exemples sont multiples, et Internet n’échappe pas à la règle, le champ de bataille du XXIème siècle sera aussi numérique.
Dans ce dossier vous ne verrez pas de héros sans reproche bravant l’adversité par sa force et son courage, ici nous allons plutôt narrer l’histoire des hommes de l’ombre qui font tomber des gouvernements, volent des secrets d’Etats sans que ceux-ci ne s’en rendent compte et ont le pouvoir de plonger un pays dans le noir complet d’un seul clic. Ici, pas besoin de muscle mais plutôt d’un cerveau, et un gros car contourner les défenses d’un système informatique n’est pas à la portée de n’importe qui.
Une cyberguerre, c’est une guerre de hackers. Ceux-ci sont les soldats qui prennent part au combat, une bataille où les armes ne sont ni des lances ni des fusils mais plutôt le DDOS, le WORM, le Virus et le VPN. Si ce jargon vous est familier, vous pouvez passer ce chapitre sinon… ne vous effrayez pas! La vidéo suivante est là pour simplifier au mieux ces concepts abstraits.
On considère que la cyberguerre commença vraiment au début des années 2000 avec la croissance exponentielle de la Toile. En 2016, l’ « Internet Security Threat Report » révèle qu’il y aurait plusieurs milliers de cyberattaques par seconde. Le problème avec de tels chiffres c’est l’impossibilité de s’imaginer vraiment ce que cela représente. Heureusement, la société de sécurité NORSE a créé une carte reprenant en temps réel les attaques informatiques en cours. Voici l’enregistrement de 10 minutes de cyberattaques à travers le monde. Attention aux yeux, feu d’artifice garanti :
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Durant les 15 dernières années se sont ainsi déroulées des centaines de milliers d’attaques. Résumons 3 évènements significatifs de cette cyberguerre:
Anonymous est certainement le groupe de pirates informatiques le plus célèbre et pourtant sans véritable structure. En effet, il s’agit d’un collectif dont tout le monde peut se revendiquer membre. Deux traits principaux permettent de distinguer un Anonymous d’un autre pirate. Le masque de Guy Fawks est utilisé comme logo symbolique ou pour protéger l’identité du hacker. Ce masque est une référence au film "V pour Vendetta" qui l’a rendu célèbre. Il symbolise la révolution et la liberté totale d’expression. Le second trait se situe dans la démarche, les membres du collectif Anonymous se voient aujourd’hui comme des justiciers du web réparant les torts à coups d’attaques informatiques. Toutes les actions du groupe se basent ainsi sur une idéologie commune de liberté totale et de défense des opprimés.
Cette organisation apparue en 2006 ne peut, par essence, pas s’éteindre par l’arrestation de certains de ses membres. Elle se revendique n’être qu’un concept, qu’une idée. La réplique culte suivante du film dont ils tirent leur masque résume leur idéologie :
En huit années d’existence on dénombre plusieurs dizaines d’opérations du collectif, s’attaquant de Facebook aux Néo-nazis en passant par les cartels de la drogue au Mexique. Leur impact sur l’Histoire du XXIème siècle est certain. Nous avons retenu trois attaques marquantes du collectif depuis sa création.
En 2008, le collectif lance sa première grande opération. La toute première cible majeure sera l’Eglise de Scientologie. Cette action fait suite à la tentative de censure d’une vidéo Youtube par les instances de scientologie. Une action qui déplaît fortement à certains pirates du groupe. Une semaine après la demande de retrait de la vidéo, le « Projet Chanology » est lancé. Ce nom de code mélange scientologie et « 4chan », le forum sur lequel les premiers Anonymous se sont rencontrés.
Bilan de l’opération : une série d’attaques DDoS contre les sites de la scientologie les rendant inutilisables. Ils lancèrent aussi une campagne de canulars téléphoniques et de fax complètement noirs aux centres de scientologie.
Les Anonymous manifesteront plusieurs fois de manière physique devant les différentes instances de scientologie. Une première pour le groupe et qui verra aussi l’apparition du masque symbole du collectif. Les manifestants se protégeant le visage afin d’échapper à des représailles éventuelles de l’Eglise de scientologie.
Avec l’affaire Wikileaks et ses multiples rebondissements, on s’attend à retrouver le collectif Anonymous impliqué de près ou de loin à l’affaire et c’est le cas. En 2010, après le refus de plusieurs services tels que Paypal, Visa ou MasterCard de garder Wikileaks comme client (ces services servaient pour les donations au bénéfice de la plateforme), la réponse des Anonymous n’a pas tardé. L’opération Payback est lancée.
Bilan de l’opération : de nombreuses attaques DDoS successives sur les sites Amazon, Paypal, MasterCard, Visa, et l’organisme financier de la Poste Suisse (tous étant accusés d’être « anti-Wikileaks). L’apogée de l’opération se déroulera le 8 décembre avec les sites de MasterCard et de Visa complètement paralysés.
Les réseaux sociaux et internet ont joué un grand rôle durant le printemps Arabe. Cette opération des Anonymous vient en soutien aux internautes tunisiens lors de leur révolution face au gouvernement de Ben Ali qui censurait internet pour étouffer la révolte grandissante. En plus d’attaquer plusieurs sites gouvernementaux, le collectif œuvre afin de fournir des astuces pour garder son anonymat sur la toile et de se protéger contre le gouvernement.
Bilan de l’opération : En plus des huit sites gouvernementaux mis hors service par Anonymous et celui de la télévision nationale TV7, le rôle du collectif fut déterminant dans la manière dont il a transmis sa connaissance sur la protection et l’utilisation optimale d’internet. Après la révolution le nombre de membres d’Anonymous tunisien serait passé d’une cinquantaine à plus de 4000.
Au contraire d’Anonymous, vous n’avez sans doute jamais entendu parler de Stuxnet. Pourtant à sa découverte il s’agissait du plus gros virus jamais vu et celui-ci est considéré comme la première « cyber-arme ». Une super-arme avec un seul but : attaquer une autre nation.
Tout commence en 2010 avec sa découverte. La société Symantec (un des leaders du marché en terme de protection informatique) mettra plusieurs mois à le neutraliser, alors que jusqu'alors tous les virus auxquels ils avaient été confrontés leur prenaient 5 à 20 minutes à déjouer. Une première arme informatique qui révolutionne le milieu de la cyberprotection.
Edward Joseph Snowden, probablement un des plus importants lanceurs d’alerte de l’Histoire, est au centre de l’épopée de la cyberguerre du XXIème siècle. Alors que l'activiste était assez méconnu du grand public ces dernières années, Hollywood s’est emparé de son histoire il y a quelques mois pour la raconter dans le film « Snowden » qui constitue un moyen abordable de comprendre la surveillance que nous subissons. Cette affaire a permis de rendre publique l’étendue de la surveillance ayant cours dans cette cyberguerre. Jusque-là seuls les théoriciens du complot imaginaient une telle surveillance.
Ces révélations concernent les méthodes de surveillance de la NSA et l’ampleur de celles-ci. Snowden révèle ainsi que la NSA enregistrait plus ou moins tout sur tout le monde. Parmi les différentes révélations, le public prend connaissance du logiciel PRISM, programme assez complexe mais qui fonctionne selon un principe simple : la copie totale du contenu venant de certains services selon le schéma ci-dessous.
Edward Snowden est depuis le 22 juin 2013 inculpé par le gouvernement américain pour espionnage, vol et utilisation illégale de biens gouvernementaux et vit en exile en Russie afin d’échapper à ces poursuites.
Comme nous l’ont montré Stuxnet et les révélations de Snowden, les hackers ne sont pas que des génies informatiques qui s’ennuient dans leurs garages. Le piratage est une pratique qui avec le temps a été institutionnalisée et sert d’arme ultra-effective pour les grandes nations de ce monde. Une épopée cybernétique qui n’a pas dit son dernier mot. Si la tendance continue, les affrontements du XXIème siècle seront de plus en plus digitalisés.